[Mise à jour] Article publié initialement à 7:00 le 27/05, puis mis à jour à 12:13 avec les précisions de Framatome sur les salariés de TVEL.
Alors que Bruxelles a récemment publié sa feuille de route pour se défaire définitivement du gaz russe d'ici à fin 2027, sa désintoxication à la filière nucléaire russe s'annonce bien plus ardue. Preuve en est : contrairement au gaz, la Commission européenne ne s'est pas risquée à graver dans le marbre un échéancier pour sortir de cette dépendance.
L'étonnant mariage entre Framatome, la filiale d'EDF spécialisée dans la conception de chaudières nucléaires et l'assemblage de combustibles, et le géant Rosatom, qui alimente directement l'appareil de guerre de Moscou contre Kiev, illustre parfaitement cette servitude dans laquelle est empêtré le Vieux Continent. Cette union controversée est censée aboutir à la naissance d'une nouvelle ligne de production en Allemagne. Mais alors que la décision des autorités locales et fédérales se fait toujours attendre, les critiques de la société civile, elles, se multiplient et animent les débats dans un pays ayant tourné le dos à la fission nucléaire.
Ce rapprochement franco-russe remonte au début des années 2020 à travers une joint-venture baptisée Hexagonal Fuel SAS (HFS), contrôlée à 75% par Framatome, et à 25% par Rosatom. « La remise de la lettre au gouvernement allemand afin de mettre en place cette joint-venture visant à lancer une nouvelle ligne de production dans la ville de Lingen (Basse-Saxe) date du 10 mars 2022 », précise Teva Meyer, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de la géopolitique du nucléaire civil. Soit deux semaines après l'invasion russe de l'Ukraine.