Nucléaire tchèque : KHNP rafle la mise face à EDF, un coup dur pour l'ambition française
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La centrale nucléaire de Dukovany, dans le sud de la République tchèque.
Jiří Sedláček
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La centrale nucléaire de Dukovany, dans le sud de la République tchèque.
Jiří Sedláček
Le gouvernement tchèque a confirmé ce mercredi la signature d'un contrat majeur avec la société sud-coréenne Korea Hydro & Nuclear Power (KHNP) pour la construction de deux nouveaux réacteurs nucléaires à la centrale de Dukovany. Cette annonce, faite par le Premier ministre Petr Fiala, marque un dénouement attendu, mais non moins retentissant pour le groupe français EDF, dont la candidature a été écartée après un processus d'appel d'offres long et complexe. Cette décision intervient après la levée par la justice tchèque d'une injonction qui avait temporairement suspendu la signature du contrat, à la suite d'une plainte déposée par EDF.
Le projet de Dukovany, visant à garantir la sécurité et l'autonomie énergétique du pays, est stratégique pour la République tchèque. Avec l'objectif de remplacer des réacteurs vieillissants, ces nouvelles unités devraient permettre au nucléaire de représenter jusqu'à 50 % de la production électrique nationale d'ici 2050, dans un contexte de sortie progressive du charbon et de diversification des sources d'approvisionnement, notamment face à la dépendance passée aux hydrocarbures russes.
Initialement, trois géants de l'industrie nucléaire étaient en lice : EDF, KHNP et l'américain Westinghouse. Ce dernier s'est retiré de la course en début d'année, laissant la scène à un duel final entre le consortium français et le Sud-Coréen. Les enjeux étaient considérables, dépassant la seule valeur financière du contrat pour englober des considérations d'influence géopolitique et technologique sur le marché européen de l'énergie.
Les autorités tchèques ont justifié leur choix de KHNP en jugeant leur offre plus avantageuse, tant sur le plan technique qu'économique. Sans divulguer tous les détails des offres, Prague a clairement privilégié la proposition qui semblait la plus robuste et la plus alignée avec ses exigences nationales. KHNP aurait notamment proposé de construire les deux unités pour environ 200 milliards de couronnes tchèques chacune (environ 8 milliards d'euros) et s'est engagé à attribuer 60 % des travaux à des entreprises tchèques, un argument de poids pour l'économie locale.
Pour EDF, cette décision représente un revers notable dans ses ambitions d'expansion sur le marché européen du nucléaire. Le groupe français, engagé dans la relance de son programme de construction de réacteurs EPR et la conquête de nouveaux marchés à l'export, voit un contrat majeur lui échapper. Ce coup dur pourrait contraindre EDF à réévaluer sa stratégie commerciale internationale et à intensifier ses efforts sur d'autres fronts, dans un marché mondial de l'énergie nucléaire de plus en plus compétitif et fragmenté par l'émergence de nouveaux acteurs et de technologies alternatives.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

À l'inverse, pour KHNP, l'obtention de ce marché en République tchèque est une victoire stratégique majeure. Elle consolide la position du groupe sud-coréen sur la scène internationale et renforce sa réputation en tant que fournisseur fiable de technologies nucléaires avancées. Cette réussite ouvre également des perspectives pour de futurs projets en Europe et au-delà, démontrant la capacité des entreprises sud-coréennes à rivaliser avec les acteurs établis dans des secteurs de haute technologie. La Corée du Sud se positionne ainsi comme un acteur clé dans la transition énergétique mondiale.
La plainte initiale d'EDF auprès de l'Autorité de la concurrence et le recours judiciaire, bien que finalement levés, soulignent les tensions inhérentes à de tels processus d'attribution. La question des requêtes juridiques potentielles de la part d'EDF, malgré la signature du contrat, reste une zone d'ombre. Il sera déterminant d'observer si le groupe français décide de poursuivre ses actions en justice ou s'il accepte cette décision, se concentrant sur d'autres marchés. Un contentieux prolongé pourrait en effet affecter la relation entre la France et la République tchèque, et avoir des répercussions plus larges sur la coopération européenne dans le domaine de l'énergie.
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Cette affaire met en lumière la complexité croissante des marchés publics dans le secteur nucléaire, où les considérations techniques, économiques, politiques et géopolitiques s'entremêlent. Les gouvernements sont de plus en plus attentifs aux retombées économiques et industrielles locales des projets, favorisant des partenariats garantissant des transferts de technologie et des emplois dans leur territoire. La compétition pour la construction de nouveaux réacteurs devrait rester vive dans les années à venir, alors que de nombreux pays cherchent à diversifier leurs sources d'énergie et à réduire leurs émissions de carbone pour atteindre leurs objectifs climatiques. Le chantier à Dukovany devrait démarrer en 2029, pour une mise en service du premier réacteur en 2036.
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