Près d'un tiers des Français ont eu froid l'hiver dernier pour limiter leur facture de chauffage
latribune.fr
75% des ménages interrogés dans le Baromètre énergie-info 2024 ont déclaré avoir restreint le chauffage dans leur logement pour ne pas avoir des factures trop élevées.
Un tiers des Français ont souffert du froid dans leur logement l’hiver dernier, selon le Médiateur de l'énergie. Le montant des factures est la principale raison pour laquelle les ménages ont limité le chauffage de leur habitation.
30% des Français ont souffert du froid dans leur logement durant l'hiver 2023-2024, contre 14% en 2019-2020. C'est ce qu'il ressort du Baromètre énergie-info 2024, publié ce lundi par le Médiateur national de l'énergie. Pourtant, les températures ont été « en moyenne supérieures à la normale la majeure partie de l'hiver », d'après le bilan définitif de Météo France sorti au printemps dernier. « L'hiver 2023-2024 se classe au 3e rang des hivers les plus doux depuis 1900 » avec une température moyenne de 7.8°C, supérieure à la normale de 2°C, est-il même indiqué.
La raison pour laquelle les Français ont eu froid n'est pas à chercher du côté de la météo mais des factures. 75% des ménages interrogés ont en effet déclaré avoir restreint le chauffage dans leur logement pour limiter leurs dépenses. Les motivations financières ont d'ailleurs été le principal motif des changements de comportement des Français. Elles sont citées par 88% des répondants, loin devant les considérations environnementales (44%).
Pour le Médiateur de l'énergie, « la précarité énergétique est toujours forte » aujourd'hui. Mais elle est d'après ses chiffres « un peu moins présente dans les esprits ». C'est en effet une « préoccupation majeure » pour 85% des personnes logeant dans les 2.007 foyers interrogés dans le baromètre. Contre 89% des répondants lors des deux éditions précédentes.
Reste que pour 28% des consommateurs, les factures d'énergie sont tellement élevées qu'ils ont du mal à les payer. Et les conséquences sont loin d'être anodines en cas d'impayés : le foyer risque une coupe d'électricité de la part de son fournisseur. Sauf si ce fournisseur a décidé de ne plus pratiquer de coupures ou si le foyer est bénéficiaire du chèque énergie. Alors, plutôt que de ne plus avoir de jus, la puissance électrique dans le logement est réduite à 1 kilovoltampère.
Ce qui se révèle non pas « mieux » mais « moins pire ». Car les ballons d'eau chaude électriques dépassent généralement cette limite et « les chauffages électriques encore plus », indique Frédérique Feriaud, directrice générale des services du Médiateur national de l'énergie. Puissance réduite veut aussi dire plus de machines à laver et la nécessité d'aller à la laverie. Ou encore un disjoncteur qui saute souvent dans les premiers jours le temps de comprendre quels appareils peuvent être utilisés.
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Le nombre d'interventions pour impayés a dépassé le million en 2023, selon le Médiateur de l'énergie. En hausse de 3% par rapport à l'année précédente et de +49% comparé à 2019. Le nombre de coupures a baissé de 18% sur un an, avec 265.000 coupures d'électricité et de gaz actées. En revanche, les réductions de puissance d'électricité ont augmenté de 15%, à 736.000.
Les foyers en difficulté peuvent légèrement souffler depuis le 1er novembre dernier et l'instauration de la trêve hivernale. Jusqu'au 31 mars prochain, les fournisseurs d'énergie ne peuvent pas interrompre leurs services. Pas de coupures possibles pendant les cinq prochains mois donc, mais les réductions de puissance restent, elles, possible.
Service minimum plutôt que coupures
Frédérique Feriaud préconise « l'interdiction complète des coupures d'électricité en cas d'impayés ». « L'électricité est un produit de première nécessité et pour autant, parfois, on a le sentiment qu'en pratique ce n'est pas considéré comme tel », regrette-t-elle.
Il faut« un service minimum avec une puissance réduite pour faire fonctionner des appareils électriques essentiels, comme le frigo ou un téléphone pour appeler les services sociaux », estime-t-elle.
Un avis partagé par Hélène Denise, chargée de plaidoyer lutte contre la précarité énergétique à la Fondation Abbé Pierre. Selon elle, « l'énergie devrait être reconnue comme un bien de première nécessité », comme l'eau. En cas d'impayé des factures d'eau d'ailleurs, un foyer n'est pas soumis à des coupures. À la place, une procédure de recouvrement est engagée.
La fondation Abbé Pierre s'inquiète en outre de l'arrêt de l'envoi automatique des chèques énergie à leurs bénéficiaires. Cette mesure est envisagée par le gouvernement en raison de la disparition de la taxe d'habitation qui servait au calcul du chèque. Quelque 2,5 millions de personnes pourraient être concernées.
« Il y a un risque important que les individus n'aient pas recours à ce chèque énergie et les fournisseurs ne seront plus en mesure d'identifier les ménages fragiles » et donc de leur octroyer ces protections spéciales, souligne Hélène Denise.
L'association de consommateurs CLCV craint elle aussi l'exclusion, « pour non-recours, d'un grand nombre de ménages très modestes du dispositif ».