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ClimatEnergie & Environnement

Projet gazier controversé : le difficile jeu d’équilibriste du gouvernement australien

Photo de Agathe Perrier

Agathe Perrier

Publié le 28 mai 2025 à 15:29 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:25

Le ministre de l'Environnement, Murray Watt.

Le ministre de l'Environnement, Murray Watt.

AAPIMAGE via Reuters Connect

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18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'exécutif a approuvé ce mercredi la prolongation d'activité d’un de ses sites gaziers les plus polluants. Un exemple qui illustre les difficultés du pays à se détacher des énergies fossile pour pleinement mener ses ambitions climatiques.

Il devait fermer en 2030, ce sera finalement au plus tard en 2070. Le complexe industriel North West Shelf, situé au nord-ouest de l'Australie et exploité par l'entreprise Woodside Energy, a obtenu du gouvernement australien une prolongation de son activité de 40 ans. C'est le ministre de l'Environnement, Murray Watt, qui l'a annoncée ce mercredi. Anticipant les levées de boucliers des défenseurs de la planète, il a précisé que ce délai supplémentaire était « sujet à des conditions strictes » établies pour limiter l'impact des émissions de gaz à effet de serre.

Il faut dire que le site est l'une des plus grandes sources de pollution du pays. Comprenant plateformes offshore, pipelines sous-marins et installations de transformation des hydrocarbures, il pompe plus de 10 millions de tonnes de gaz liquéfié (GNL) et de pétrole chaque année — c'est d'ailleurs l'un des plus importants sites mondiaux pour la production de GNL.

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La neutralité carbone toujours en ligne de mire

Pour autant, l'Australie assure que la prolongation de ce projet gazier ne remet pas en question son engagement d'atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. Un avis que ne partagent pas des dirigeants de plusieurs pays océaniens, qui ont exhorté le gouvernement australien à revenir sur sa décision.

« La prolongation de North West Shelf verrouillerait les émissions jusqu'en 2070, ce qui menacerait notre survie », a déclaré plus tôt cette semaine Maina Talia, le ministre du Changement climatique des Tuvalu, micro-État polynésien de quelque 11 000 habitants.

Nombre des pays d'Océanie voient déjà leur littoral menacé par la montée du niveau de la mer. Un phénomène qui s'accentuerait encore si le réchauffement climatique, nourrit par les émissions de gaz à effet de serre, n'était pas contenu. « Les dirigeants du Pacifique l'ont dit clairement : il n'y a aucun avenir pour nos nations si le développement des combustibles fossiles continue », a martelé le ministre de cet archipel voué à disparaître d'ici moins d'un siècle, selon les experts, et dont deux des neuf récifs coralliens ont déjà été engloutis.

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À contre-courant des ambitions affichées

Cette annonce a de quoi surprendre tant l'Australie s'affiche volontariste sur la protection du climat. Le Premier ministre travailliste, Antony Albanese, a de nouveau remporté les élections législatives, début mai, après avoir fait de l'environnement l'un des thèmes phares de sa campagne, avec le pouvoir d'achat. C'était aussi le cas lors de sa victoire sur le fil à l'occasion du précédent scrutin de 2022. Le dirigeant de centre gauche s'est toujours engagé à réduire les émissions de l'Australie de 43 % d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005, en vue d'atteindre des émissions nettes nulles à horizon 2050.

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Pour y parvenir, le gouvernement a mis le paquet sur le développement des énergies renouvelables, avec l'ambition que le pays devienne une « superpuissance » en la matière. Ce qui a déjà porté ses fruits. Les énergies renouvelables ont fourni 46 % du total de l'électricité sur le dernier trimestre 2024, selon les chiffres de l'opérateur australien du marché de l'énergie (AEMO), contre 32 % en 2022.

L'exécutif ne compte pas en rester là. Au printemps 2024, il a présenté son « plan climat » — baptisé « Future Made in Australia Act » — qu'il a doté de 13,9 milliards de dollars (12,3 milliards d'euros) rien que pour l'exercice 2024-2025. Une somme allouée aux secteurs des panneaux solaires et des carburants bas carbone, à des réductions fiscales pour les minerais essentiels et à d'autres domaines prioritaires comme les technologies de réduction des émissions. Parmi les projets phares qu'il porte : une ferme solaire géante, la plus grande du monde selon ses dires. Baptisée « SunCable », cette installation inédite doit commencer à produire de l'énergie à partir de 2030.

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Énième paradoxe

Reste que ce n'est pas la première fois que les autorités australiennes prennent une décision allant à l'encontre de leur politique environnementale. Le Premier ministre australien l'assume d'ailleurs pleinement. Il a expliqué cette semaine que le GNL permettrait de combler les besoins énergétiques du pays en attendant que davantage de capacités en énergie renouvelable soient raccordées au réseau électrique australien. « On ne peut pas avoir d'énergies renouvelables si l'on n'a pas de capacités qui se renforcent. C'est aussi simple que cela », a-t-il balayé.

C'est ainsi que, en parallèle des annonces de projets bas carbone, d'autres concernant des infrastructures minières ou des industries polluantes ont été présentés ces dernières années. Il y a tout juste un an, décision a été prise de repousser la fermeture de la plus grande centrale électrique au charbon du pays. En février dernier, le gouvernement a confirmé un investissement de plus d'un milliard d'euros pour moderniser une aciérie stratégique du sud du pays. Si l'exploitation est censée se poursuivre avec des méthodes moins polluantes, il n'empêche que la sidérurgie est reconnue comme l'une des industries les plus émettrices de gaz à effet de serre.

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Une liste d'exemples loin d'être exhaustive. Qui illustre finalement les difficultés de l'Australie à concilier prise d'indépendance à l'égard des combustibles fossiles et ambitions audacieuses en matière d'énergies renouvelables. Une problématique commune à de nombreux pays de par le monde.

Agathe Perrier

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