Pénuries de carburant en France, Macron lance un appel au calme

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Des automobilistes font la queue pour remplir leur reservoir d'essence aux pompes de la station-service auchan de petite-foret[reuters.com]
(Crédits : Pascal Rossignol)

PARIS/PRAGUE (Reuters) - Emmanuel Macron a appelé vendredi les Français "au calme" face aux pénuries de carburant dans le pays, en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France principalement, et exhorté à "la responsabilité" les salariés de TotalEnergies et ExxonMobil en grève pour des revalorisations salariales.

S'exprimant lors d'une conférence de presse au terme du sommet européen de Prague, le chef de l'Etat a dit avoir bon espoir que les négociations salariales aboutissent dans les deux groupes.

Les pénuries au moins ponctuelles d'essence, qui avaient débuté dans les Hauts-de-France, dans le Nord, se sont étendues ces derniers jours et concerneraient désormais quelque 20% des stations-service au niveau national, selon le gouvernement.

"Je sais aujourd'hui l'inquiétude qu'il y a chez beaucoup de nos compatriotes, en particulier en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France, pour ce qui concerne leur capacité à faire le plein d'essence. Je veux avoir un message (...) d'appel au calme", a déclaré Emmanuel Macron.

Soulignant que le phénomène était "lié purement à [d]es mouvements sociaux", il a relevé des "comportements de panique" qui selon lui n'ont pas lieu d'être.

"J'appelle chacune et chacun à la responsabilité parce que nous sommes un peuple de compatriotes solidaires, je pense que toutes les revendications salariales sont légitimes mais il ne faut pas qu'elles empêchent les uns et les autres de pouvoir vivre, circuler", a poursuivi Emmanuel Macron.

"Je suis confiant sur la capacité de ces deux groupes à finaliser leur discussions salariales", a-t-il dit, avant de lancer : "Pas de panique!"

"NOUS NE VOUS OUBLIERONS PAS"

Dans une communication interne envoyée aux salariés que Reuters s'est procurée, la direction de TotalEnergies promet "une juste récompense" pour ses salariés d'ici fin 2022.

Elle répète que les négociations salariales débuteront en novembre, soit deux mois plus tôt que les années précédentes, et qu'elles porteront sur les "bons résultats" du groupe, les salaires et l'inflation.

"Les résultats de la compagnie sont exceptionnels en 2022 et nous ne vous oublierons pas. Tous les collaborateurs, tous nos collègues recevront leur juste récompense sur leur fiche de paie avant la fin de l'année", écrit son président-directeur général, Patrick Pouyanné, dans la communication.

La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a déclaré vendredi après-midi en marge d'un déplacement à Arras (Pas-de-Calais) que "plus de 80% des stations-service du territoire fonctionnent normalement", soit environ 20% de stations en difficulté. Vendredi matin, Olivier Véran, avait déclaré sur BFM TV et RMC Info que 15% des stations étaient concernées par la pénurie.

Le porte-parole du gouvernement a reconnu que le week-end allait être "tendu" alors que la CGT a promis de poursuivre la grève qui paralyse plusieurs raffineries, dont les deux plus grandes du pays, exploitées par TotalEnergies et ExxonMobil.

La CGT réclame notamment des augmentations de salaires de 10% pour les salariés de TotalEnergies afin de prendre en compte l'inflation et la hausse du coût de la vie alors que le groupe énergétique français réalise des bénéfices record.

Le mouvement social, appelé à "s'ancrer dans la durée", selon la CGT, réduit de 60% la capacité de raffinage de la France, soit 740.000 barils de pétrole par jour, ce qui impose au gouvernement de puiser dans ses "stocks stratégiques" ou d'importer de l'essence.

LES POIDS-LOURDS POURRONT CIRCULER CE WEEK-END

"Je veux dire aux directions des entreprises et aux représentants du personnel qui sont concernés par ce mouvement social que nous en appelons à leurs responsabilités pour trouver une solution dans les plus brefs délais", a insisté Agnès Pannier-Runacher, précisant que le gouvernement était mobilisé pour améliorer la situation.

Deux mesures ont été prises : la libération d'une partie des stocks stratégiques et l'autorisation exceptionnelle accordée aux poids lourds de circuler ce week-end.

L'utilisation des jerricans a en outre été interdite dans les Hauts-de-France, où l'afflux de conducteurs venant de Belgique pour profiter d'une essence moins chère que dans leur pays a aggravé les difficultés.

Les tensions sur l'approvisionnement sont aussi accentuées par la ristourne consentie par TotalEnergies, qui a provoqué une ruée vers les stations-service du groupe, a relevé Olivier Véran.

Le porte-parole du gouvernement a exclu de réquisitionner les raffineries, comme l'a suggéré le président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, promettant plutôt de puiser davantage dans les stocks stratégiques du pays si la situation l'impose.

Un porte-parole de l'Union française des industries pétrolières (Ufip) a déclaré à Reuters que tant que le problème demeure logistique, les réserves stratégiques de la France ne sont pas affectées, grâce à un effet de vases communicants entre les régions qui ont un besoin ponctuel d'essence et celles qui disposent d'un surplus.

Les stocks stratégiques garantissent à la France de disposer de trois mois de consommation de carburant d'avance.

(Reportage de Sudip Kar-Gupta, Forrest Crellin et Caroline Pailliez, avec Michel Rose à Prague, rédigé par Tangi Salaün et Sophie Louet, édité par Nicolas Delame et Matthieu Protard)

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