La Syrie résiste aux efforts de Moscou pour un rapprochement avec la Turquie

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Un homme passe devant une photo du president syrien bashar al-assad a l'interieur de l'hopital ibn al-nafis a damas[reuters.com]
(Crédits : Firas Makdesi)

par Maya Gebeily, Orhan Coskun et Laila Bassam

BEYROUTH/ANKARA (Reuters) - Damas résiste aux efforts déployés par la Russie pour organiser un sommet entre le président Bachar al Assad et le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui entretiennent une solide inimitié depuis le début de la guerre civile en Syrie en 2011, ont déclaré vendredi trois sources à Reuters.

Le gouvernement d'Erdogan, qui soutient des combattants anti-Assad dans le nord-ouest de la Syrie, a accusé le dirigeant syrien de terrorisme d'Etat et estimé durant le conflit qu'aucune solution de paix ne pourrait être trouvée sous sa présidence.

La Syrie rétorque que la Turquie soutient le terrorisme en parrainant ces groupes rebelles, dont des factions islamistes, et dénonce les opérations terrestres menées à plusieurs reprises par les forces turques dans le nord de son territoire.

La Russie, qui s'est rangée militairement au côté de la Syrie en 2015, dit chercher une solution politique à la guerre civile et souhaite un rapprochement entre Assad et Erdogan, ce à quoi le président turc se montre ouvert depuis plusieurs mois.

S'exprimant une semaine après une poignée de main avec le président égyptien Abdel Fattah al Sissi, après avoir affirmé qu'il ne rencontrerait jamais un dirigeant issu d'un coup d'Etat, Tayyip Erdogan a déclaré ce week-end qu'"il ne peut pas y avoir de ressentiment en politique".

DAMAS NE VEUT PAS AIDER ERDOGAN AVANT LES ÉLECTIONS

Cependant, trois sources au fait de la position syrienne sur d'éventuelles négociations ont déclaré que Bachar al Assad avait rejeté la proposition d'une rencontre trilatérale avec Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine.

Selon deux de ces sources, Damas estime qu'une telle réunion pourrait accroître les chances d'Erdogan aux élections présidentielle et législatives de 2023 en Turquie, en particulier si elle se penche sur le retour en Syrie de quelque 3,6 millions de réfugiés syriens en Turquie.

"Pourquoi offrir une victoire à Erdogan en échange de rien ? Aucun rapprochement ne se produira avant les élections", a dit l'une des sources, ajoutant que la Syrie avait également décliné l'idée d'une réunion entre ministres des Affaires étrangères.

"La Syrie considère une telle réunion comme inutile si elle n'aboutit pas à quelque chose de concret et ce qu'elle demande jusqu'à présent, c'est le retrait total des troupes turques (en Syrie)", a observé une troisième source, diplomatique.

Recep Tayyip Erdogan, relayé par plusieurs responsables turcs cette semaine, présente comme imminente une nouvelle opération militaire terrestre turque dans le nord de la Syrie, déjà visé par des tirs d'artillerie et des frappes aériennes.

Mais le gouvernement d'Ankara se dit aussi prêt à des discussions avec Damas si celles-ci se concentrent sur la sécurité dans la zone frontalière séparant les deux pays. La Turquie cherche à chasser du nord de la Syrie les combattants kurdes des YPG, alliés aux Etats-Unis dans la lutte contre le groupe Etat islamique.

Une réunion entre Assad et Erdogan ne pourrait pas avoir lieu dans un avenir immédiat, a déclaré une source au fait de la position turque.

"Poutine prépare lentement le terrain pour cela", a-t-elle dit. "Ce serait le début d'un changement majeur en Syrie et aurait des effets très positifs en Turquie."

(version française Jean-Stéphane Brosse)

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