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Un ancien rebelle libérien condamné pour crimes de guerre en Suisse

reuters.com  |   |  405  mots
Un ancien rebelle liberien condamne pour crimes de guerre en suisse[reuters.com]
(Crédits : Emma Farge)

par Emma Farge

GENEVE (Reuters) - Un ancien chef rebelle libérien a été condamné vendredi à vingt ans de prison pour de multiples crimes commis pendant la guerre civile des années 1990 au Liberia, l'une des rares décisions judiciaires portant sur ce conflit.

Alieu Kosiah, qui est âgé de 46 ans, combattait dans les rangs du groupe rebelle Ulimo contre les forces du futur président Charles Taylor pendant la guerre civile de 1989-96. Il a été arrêté en 2014 en Suisse, où il avait un statut de résident permanent.

La Cour pénale fédérale l'a reconnu coupable de 21 des 25 chefs d'accusation retenus contre lui notamment pour viols, meurtres et un acte de cannibalisme.

Devant le tribunal, Alieu Kosiah a nié toutes les accusations contre lui et souligné qu'il était mineur lorsqu'il s'est engagé dans le conflit. Aucune circonstance atténuante n'a été retenue en sa faveur.

La peine de vingt ans de réclusion intègre les 2.413 jours - environ six ans et demi - qu'il a déjà passés derrière les barreaux depuis son arrestation.

Une loi adoptée en 2011 a instauré en Suisse le principe de compétence universelle qui permet aux tribunaux de juger des crimes d'une gravité exceptionnelle quels que soient le territoire où ils ont été commis ou la nationalité de leur auteur.

Le groupe Human Rights Watch a salué un jugement "qui fait date", en espérant qu'il encouragera d'autres actions judiciaires sur les atrocités commises entre 1989 et 2003 pendant les guerres civiles au Liberia.

Le pays ouest-africain n'a jamais jugé les crimes perpétrés pendant ces conflits qui ont fait des dizaines de milliers de morts, avec un recours massif aux enfants soldats.

L'ancien président Charles Taylor a été condamné en 2012, mais uniquement pour les crimes commis en Sierra Leone voisine. Son fils Chuckie a été condamné pour des actes de torture par un tribunal américain en 2009.

A Monrovia, la capitale libérienne, des militants de la société civile se sont félicités du verdict prononcé par la justice suisse, espérant qu'il pourrait accentuer la pression sur le gouvernement en vue de la création d'une entité dédiée aux crimes de guerre, comme l'a préconisée une commission vérité et réconciliation il y a des années.

(Avec Alphonso Toweh à Monrovia, version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Sophie Louet)