A la tête de la Cour des comptes, Pierre Moscovici revient dans le jeu politique

L'ancien ministre socialiste et commissaire européen est nommé Premier président de la Cour des comptes. A la tête de l'institution, il devra faire entendre la voix et les recommandations du contrôleur des finances publiques, dans un contexte de déficits colossaux provoqués par l'arrêt de l'économie face au Covid-19.

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(Crédits : Christian Hartmann)

Il a souvent semblé hors-jeu politiquement, et a toujours réussi à revenir dans la partie: cette fois, c'est dans le fauteuil de Premier président de la Cour des comptes que Pierre Moscovici, ancien ministre socialiste et commissaire européen, va s'installer.

Des remarques acerbes rapportées l'été dernier par le journal Le Monde sur le "populisme mainstream" du président Emmanuel Macron semblaient lui avoir coûté le poste de Premier président de la prestigieuse institution de la rue Cambon à Paris. "Il peut toujours aller se faire voir", aurait alors commenté le chef de l'Etat, selon le Canard enchaîné.

Agé de 62 ans et père d'un jeune enfant, le commissaire européen aux Affaires économiques avait donc terminé son mandat  le 30 novembre dernier sans poste en vue.

Lire aussi : Brexit (J-16) pour Moscovici, le Royaume-Uni a tiré sa dernière cartouche, enfin... presque

Comme tout ancien élève de l'ENA en quête de point de chute, il avait repris le chemin du corps qu'il avait intégré en 1984, la Cour des comptes, comme simple "conseiller-maître".

Mais il n'a certainement jamais eu l'intention de finir sa longue carrière politique en cirant les bancs.

Du trotskysme à la social-démocratie

Ce Parisien pur jus, qui n'a pas son permis et qui fréquente volontiers le Café de Flore, a paradoxalement fait ses armes électorales en terre ouvrière et automobile. Pierre Moscovici, a en effet été parachuté dès 1994 pour des élections cantonales  sur les terres de Peugeot, celles où se trouve l'usine historique de Sochaux, et il a aussi été député du Doubs.

Il a également été député européen, et deux fois ministre: des Affaires européennes sous Lionel Jospin, puis patron de Bercy au début du mandat de François Hollande, dans deux gouvernements successifs de Jean-Marc Ayrault.

Fils d'un couple de grands intellectuels juifs venus d'Europe de l'Est  - son père, le psychosociologue Serge Moscovici, a marqué la pensée de l'écologie politique tandis que sa mère, Marie Bromberg, a été une psychanalyste de renom -   Pierre Moscovici a dans sa jeunesse flirté avec le trotskysme. Il revendique désormais, et depuis de longues années,  un positionnement social-démocrate.

Entré au parti socialiste en 1984, et ensuite fidèle parmi les fidèles de Dominique Strauss-Kahn, il a rebondi au sein de l'équipe de campagne de François Holllande après que son mentor a été balayé en 2011 par un scandale sexuel.

Pierre Moscovici peut aujourd'hui compter sur des contacts dans le premier cercle d'Emmanuel Macron. Alexis Kohler, bras droit du président, a ainsi été son directeur de cabinet adjoint à Bercy.

Auditer les déficits français dans l'après Covid-19

Cette fois, c'est donc au poste de Premier président de la Cour des comptes que Pierre Moscovici revient dans le jeu, après plusieurs mois d'attente et de spéculation, son prédécesseur  Didier Migaud ayant lâché les rênes il y a déjà six mois pour diriger la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

Le scénario rappelle celui qui avait vu Pierre Moscovici atterrir à la Commission européenne en 2014, après avoir perdu le ministère de l'Economie et des Finances, et suite à de longues hésitations du président François Hollande.

A la tête de la Cour des comptes, l'ancien Commissaire européen retrouvera un exercice familier: passer à la loupe les projets de budget de l'Etat français.

Lire aussi : Finances publiques : le carton rouge de la Cour des comptes

Il avait lui-même rendu des comptes à Bruxelles lorsqu'il était ministre des Finances de 2012 à 2014, et que la France malmenait l'objectif d'un déficit budgétaire inférieur à 3% du Produit intérieur brut.

A l'époque, Pierre Moscovici avait fait parler de lui en dénonçant le "ras-le-bol fiscal", qui était revenue ensuite en boomerang à la tête de l'exécutif tout au long du quiquennat Hollande.

Ministre, il avait plaidé pour de la "flexibilité" dans l'application des règles de la zone euro, alors menacée d'implosion par la crise des dettes souveraines.

Sous les ors de la Cour des comptes, dont la mission se fonde sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - qui dispose que  "la société a droit de demander compte à tout agent public de son administration" -, il fera face à une sitution budgétaire hors du commun.

En raison de la pandémie de coronavirus, et de mesures de confinement qui ont paralysé l'économie, le déficit public français pourrait flirter cette année avec les 10% du PIB, selon Bruxelles.

Lire aussi : Budget de crise : la prévision de déficit public s'établira à 9,1% en 2020 (185,4 milliards)

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Commentaires 29
à écrit le 02/06/2020 à 7:24
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Moscovici est très respecté a Bruxelles suite a son passage de commissaire.Une bonne nomination qui aidera a "arrondir" les angles budgétaires avec la commission.C'était aussi un bon ministre du budget.

le 02/06/2020 à 14:11
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Si il était et est si bon, pourquoi Bruxelles ne montrent ils pas l'exemple en baissant leurs salaires et indemnités? Ce faisant ils pourraient l'imposer à nos dirigeants qui indirectement l'imposeront aux patrons des grands groupes... Regardez Renau...

le 03/06/2020 à 7:48
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Baisser les salaires des élus a Bruxelles n'aurait qu'un effet financier marginal.Pareil pour les patrons de grands groupes:économiser un million d'euros sur le patron d'Air France ne changera rien dans sa comptabilité.Le capitalisme actuel n'est pas...

à écrit le 01/06/2020 à 19:47
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Entre copains la soupe est très bonne, comme quoi dans les relations politiques, rien ne change ou ne changera. Cette une histoire de bonnet blanc ou de blanc bonnet... La cour des comptes ne sert tristement à rien !

à écrit le 01/06/2020 à 13:47
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Au royaume des aveugles, les borgnes deviennent rois... De toute façon, la cour des comptes ne sert à rien. Mieux vaudrait la supprimer... Oui, mais où pourrait-on recaser les petits copains ????

à écrit le 01/06/2020 à 13:44
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m macron croit encore a son 1er de cordée avec ce genre de personne il suffit d'ouvrir les yeux oui ont est dans une très profonde crevasse

à écrit le 01/06/2020 à 13:37
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vers un nouveau confinement pour ministres et deputé une grave allergie au pollen de bouleau pour 15 jours

le 01/06/2020 à 14:00
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toute excuse pour être tous des fainéants , prenez vos précautions et «  sortez » oups l’économie en marche pour remplir les poches des bobo écolos socialos internationaux friqués à gogo , un virus en mutation partout sur globl « o» grâce au télétra...

à écrit le 01/06/2020 à 12:28
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C'est pour des cas comme celui-ci qu'il faut rétablir le bannissement (aux barbaresques tant qu'à faire, comme pour Don Salluste) et l'interdiction d'exercer une fonction ou un emploi publics.

à écrit le 01/06/2020 à 11:51
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Pauvre France des hauts fonctionnaires, énarques, sciens po etc.... incapable de se transformer sauf en remettant en scelle ses vieilles figures emblématiques de l'ancien régime si décrié par MACRON, ça fait 50 ans que cela dure, plus on est mauvais ...

à écrit le 01/06/2020 à 11:17
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Il eut été préférable de nommer un énarque ayant réussi dans le privé; je ne me souviens pas que MOSCOVICI ait brillé comme ministre de l'économie et des finances; quand il a été nommé Commissaire Européen, il a été dit, si je ne m'abuse, qu'il devai...

le 01/06/2020 à 18:39
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Réussir au XXIeme siècle quand on est ministre de l'économie, c'est avant tout ne pas aggraver la situation. Comparé à Lagarde et à Lemaire, qui l'ont précédé et lui ont succédé, il a plutôt bien réussi sur le plan des déficits publics, de la dett...

le 02/06/2020 à 7:57
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@@ Henry: Après vérifications, il semble que les résultats du Président HOLLANDE ne soient pas si brillants. Par ailleurs, la SECU ne doit pas être prise en compte du fait de sa nationalisation par JUPPE: il est piquant de constater que la bonne gest...

le 03/06/2020 à 7:51
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@Henry vous attaquez le président Hollande et c'est votre droit. Par honneteté,comparez les courbes de chomage,de déficits et de dettes publiques avec celles du président actuel. Sans compter qu'il y avait plus de calme social sous Hollande.

à écrit le 01/06/2020 à 11:11
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tous ces milliards rendent perplexe et en rajoute a la défiance pour une politique de l éphèmère

à écrit le 01/06/2020 à 10:50
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Ah ah ah ah ah ! Moscovici, hi hi hi hi hi !

à écrit le 01/06/2020 à 10:38
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Monsieur est remercie parce qu'à Bruxelles il a ferme les yeux sur le deficit exagéré de la France donc à la cours des comptes ce sera LA même chose .OU sont les promesses de MACRON d'assainir la politique ?????

à écrit le 01/06/2020 à 10:35
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1 er Juin 2020 : tous les changements inscrits au journal officiel . Encore quelques clous de plus sur le pouvoir d’achat des ménages moyennes . Donner du pouvoir pour matraquer encore et encore les ménages tourmentés par le chômage et autre. Le pa...

à écrit le 01/06/2020 à 10:27
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Le nouveau monde de Macron n est que l ancien monde avec un nouveau maître de la com.

à écrit le 01/06/2020 à 10:25
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Macron est bien un clone de ses prédécesseurs Il est sur que ce petit personne tout mou qui ne pense qu à sa propre carrière ne fera pas de vagues La révolution macronnienne est terminée depuis longtemps Le populisme n’a plus qu’à arriver

le 01/06/2020 à 11:24
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Que va faire « de plus » le RN ? 1) terminer le nettoyage économique social de sélection non naturelle commencé par M Mitterrand, M Sarkozy et M. Macron ? 2) une fois l’expropriation votée c’est la conduite hors des frontières ? 3) avant tout ça ,...

à écrit le 01/06/2020 à 10:20
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"Moscovici revient dans le jeu politique". Nos institutions sont en effet dévoyées par ce jeu politique, hélas! La Cour des Comptes est conçue comme un contre-pouvoir objectif qui vérifie les comptes publics. L'INSEE, un contre pouvoir qui mesure les...

à écrit le 01/06/2020 à 10:10
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Voilà ma foi le personnage idéal à la puissance politique magistrale qui va annuler les dettes ! Ouais bon ça va ce n'est pas parce que rien ne bouge qu'on a pas le droit de rigoler un peu... Notons quand même que c'est un ami proche du pense...

à écrit le 01/06/2020 à 9:50
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Toute la haute hiérarchie française y trouve son compte, sans je de mot. Nos énarques surpayés sans contrôle de la justification de leurs primes ne seront pas inquiétés, et Mr Macron pourra continuer ses minis réformes sans contre pouvoir.

à écrit le 01/06/2020 à 9:30
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Ne peut on pas dire que nous avons à la tête de notre État, des traites a la Nation et ne sont là que pour faire régner l'ordre européen?

à écrit le 01/06/2020 à 9:21
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Il n'arrive pas à la cheville des deux pointures qui l'ont précédé

à écrit le 01/06/2020 à 9:20
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De vrai potentat de gens qui n'ont d'intérêts que leurs leurs intérêts et dont nous voyons bien qu'il s'agit la d'un véritable système en place avec les mêmes faces aux incuries passées et surtout le constat du vide lors du danger ! "Commissaire e...

à écrit le 01/06/2020 à 9:17
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Comme à chaque endroit où il est passé, il ne laissera pas un souvenir inoubliable

à écrit le 01/06/2020 à 9:12
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Il fut un piètre ministre à Bercy... et le voilà récompensé !!! Quel bel exemple à suivre !

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