Chômage : le nombre de demandeurs d'emploi a explosé avec la pandémie

Le nombre de chômeurs (catégorie A) a enregistré une hausse record sur un mois en mars (+7,1%) pour s'établir à 3.732.500, a indiqué Pôle emploi lundi. Le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A n'avait pas atteint un tel niveau depuis septembre 2017.
Grégoire Normand

5 mn

Au mois de mars, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas du tout travaillé dans le mois, a augmenté de 246 100 en mars 2020 explique le ministère du Travail.
Au mois de mars, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas du tout travaillé dans le mois, a augmenté de 246 100 en mars 2020 explique le ministère du Travail. (Crédits : Reuters)

Les premiers chiffres de Pôle emploi pour le premier trimestre traduisent les ravages de la pandémie. Selon le dernier décompte de l'opérateur public publié ce lundi 27 avril, le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A a explosé au cours du mois de mars (246.100 ; +7,1%). Il s'établit désormais à 3,73 millions. "Il s'agit de la hausse mensuelle la plus forte observée depuis janvier 1996, date à laquelle débute le suivi statistique actuel des demandeurs d'emploi", expliquent les statisticiens du ministère du Travail (Dares). Même durant la crise financière de 2008/2009, le nombre d'inscriptions était beaucoup plus réduit. Au plus fort de la récession, la hausse la plus importante a été enregistrée en mars 2009 (+77.300).

"Cette hausse, historique, s'explique par le fait que les personnes qui étaient au chômage en février le sont toujours en mars : chaque mois, ce sont environ 550.000 personnes qui entrent et 550 000 personnes qui sortent de Pôle emploi. Or, en raison de la crise sanitaire et du confinement, on constate une forte baisse des sorties de Pôle emploi ce mois-ci (-29 % soit près de 170.000 personnes). Le chômage augmente donc parce que les entreprises, dans le contexte actuel, n'embauchent plus, mais pas parce qu'elles licencient massivement "assure le ministère du Travail.

Au final, le nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A n'avait pas atteint un tel niveau depuis septembre 2017. Sur le premier trimestre, la hausse reste faible (+0,7%) car ce nombre avait fortement baissé en janvier et février. Du fait d'une diminution du nombre de demandeurs d'emploi en activité réduite (catégories B, C) l'effectif A, B, C augmente moins fortement en mars (+177.500, soit +3,1%) et reste stable sur le trimestre.

Les jeunes en première ligne

Les conséquences de la récession pourraient être terribles pour les jeunes. En effet, la plus forte variation en pourcentage concerne avant tout les moins de 25 ans (+37.100; 7,9%). Cette population occupant des emplois moins stables et plus précaires pourrait servir de variables d'ajustement lors de cette récession violente et brutale. En outre, les étudiants qui s'apprêtent à chercher un emploi à la rentrée pourraient être confrontés à d'immenses difficultés pour s'insérer sur un marché du travail très tendu. Ils sont suivis des 25-49 ans (+160.000 ; 7,8%) et des plus de 50 ans (48.900;5,1%). La progression est plus importante chez les hommes (+151.100 ; 8.6%) que chez les femmes ( 95.000 ; 5,5%).

Le Grand Ouest dans le rouge

Sur le plan géographique, aucune région française n'est épargnée, hormis la Guyane. Le Grand Ouest est en première ligne dans cette crise avec une hausse impressionnante des inscriptions. La Bretagne est la plus frappée avec une augmentation de 9,7% en un mois. Viennent ensuite les Pays de la Loire et (9,6%) et la Normandie (8,3%).

Le Sud-Est connaît de fortes vagues d'inscriptions avec une hausse de 8,7% en Provence-Alpes- Côte d'Azur et également en Auvergne-Rhône-Alpes. L'Ile-de-France enregistre un hausse des inscriptions de 7,2%. En revanche, les Hauts de France (5,4%) et les régions d'outre-Mer semblent plus préservées.

Les ouvriers du bâtiment s'inscrivent par milliers

La mise à l'arrêt de pans entiers de l'économie tricolore et la fermeture administrative de milliers de restaurants, bars, brasseries a provoqué un boom des inscriptions depuis la mi-mars. Pour l'instant, les services de Pôle emploi n'apportent pas encore de chiffres précis. Les fédérations professionnelles du bâtiment, de la construction, de l'hôtellerie, du tourisme ou encore des transports s'attendent à une reprise très lente et périlleuse. Beaucoup d'hôteliers redoutent une saison catastrophique avec de nombreuses annulations ou de reports. La fermeture des frontières a provoqué des annulations massives de touristes étrangers qui avaient prévu de séjourner sur le territoire français cet été. Dans le bâtiment et la construction, quelques chantiers ont redémarré mais les conditions pour faire respecter les règles sanitaires demeurent complexes à appliquer.

Vers une hausse du taux de chômage

Il est encore difficile d'évaluer avec précision les conséquences du coronavirus sur le marché du travail. Les modalités de déconfinement doivent être encore précisées par le gouvernement dans les heures à venir. Dans une récente note, les économistes de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) anticipaient une hausse des demandeurs d'emploi d'environ 460.000 après le Covid-19. L'extension du confinement total jusqu'au 11 mai pourrait faire des ravages.

Lire aussi : Déconfinement : les principales recommandations du Conseil scientifique

Même si le gouvernement a rapidement mis en place des mesures de chômage partiel pour limiter des licenciements massifs et brutaux, de nombreuses entreprises risquent de ne pas pouvoir garder leurs salariés à la fin du confinement. Les travailleurs qui sont en contrat court, les intérimaires, les salariés en période d'essai pourraient se retrouver dans les rangs de Pôle emploi rapidement. Surtout, certains vont enregistrer une perte de revenus importante avec l'impossibilité de toucher des indemnités chômage et vont devoir recourir au RSA. "La mise en place du confinement a conduit en effet à des non-renouvellements de mission d'intérim ou de contrats courts ainsi qu'à une baisse des embauches en contrats de courte durée", explique le ministère du Travail. Les perspectives d'une reprise en forme de U deviennent de plus en plus crédibles annonçant des prochains mois très difficiles pour les embauches dans le secteur privé.

> Lire aussi : Le coronavirus aggrave les inégalités au travail

Grégoire Normand

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Commentaires 4
à écrit le 28/04/2020 à 11:05
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Il y a beaucoup plus de chômeurs que de gens contaminés. On a tendance a prendre des mesures comme si tout le monde était contaminé et pouvait contaminer tout le monde c'est bien sur inexact. Il est urgent de ré ouvrir la plupart des commerces et ser...

à écrit le 28/04/2020 à 2:05
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le chômage n'a pas fini sa remonter avec le confinement beaucoup vont mettre la clè sous la porte et jeter l'eponge il nous faut sortir de se confinement car derriere tout cela ca va etre un desastre economique

à écrit le 28/04/2020 à 2:02
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le chômage n'a pas fini sa remonter avec le confinement beaucoup vont mettre la clè sous la porte et jeter l'eponge

à écrit le 27/04/2020 à 14:49
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la mondialisation et l'exploitation de la planète ont enrichis les déjà très riches et les conséquences de ceci sera que les pauvres paient déjà les dégâts. cela sera encore mieux avec le réchauffement climatique. vive la jouissance effrénée, vive...

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