Crise sanitaire : la détresse psychologique des salariés français n'a jamais été aussi élevée

 |  | 1284 mots
Lecture 7 min.
Photo d'illustration. 49% des personnes interrogées se disent en situation de détresse psychologique.
Photo d'illustration. 49% des personnes interrogées se disent en situation de détresse psychologique. (Crédits : Reuters)
Après neuf mois de pandémie, la santé mentale des salariés français s'est nettement dégradée, selon une récente enquête sur le sujet, qui préconise de renforcer les actions des entreprises "en matière de sécurité psychologique". La population la plus exposée est les managers qui se disent, pour un quart d'entre eux, être en situation de "détresse psychologique élevée".

La crise sanitaire a chamboulé les modes de travail. Certaines entreprises ont dû accélérer leur transition numérique, quand d'autres ont étendu, dans l'urgence, la pratique du télétravail au plus grand nombre. Ces changements, opérés dans un contexte économique marqué par l'incertitude, ont-ils pesé sur la santé mentale des salariés ? Oui, si l'on en croit le dernier baromètre OpinionWay pour Empreinte Humaine, un cabinet indépendant spécialisé dans la promotion de la qualité de vie au travail et la prévention des risques psychosociaux.

Ce dernier a présenté la 4ème édition de son baromètre de la santé psychologique des salariés en période de crise sanitaire, initié lors du premier confinement. L'enquête, réalisée en ligne auprès d'un panel de 2.004 salariés du 19 au 28 octobre 2020 - soit tout juste avant le début du deuxième confinement - révèle que la santé mentale des salariés français s'est nettement dégradée, après neuf mois de pandémie.

Une détresse psychologique au plus haut

Près d'une personne sur deux (49%) se dit en effet en situation de détresse psychologique (symptômes de dépression et/ou d'épuisement professionnel pouvant aboutir à des problèmes de santé plus graves). C'est 7 points de plus par rapport au dernier pointage effectué en sortie de premier confinement, du 20 mai 2020 au 29 mai 2020.

"On n'a jamais eu des taux aussi importants", commente Christophe Nguyen, président d'Empreinte Humaine, qui précise que la population la plus exposée à cette détresse psychologique sont les managers (58%, +10 points par rapport en mai). Un quart d'entre eux se disent même en situation de détresse psychologique élevée.

Lire aussi : Covid-19: une cellule de soutien psychologique créée pour les chefs d'entreprise

Conséquence de cet état mental dégradé : 5% des salariés sondés sont en "burn-out sévère", ce qui représente environ 1 million de personnes. Là encore, les managers sont plus touchés, avec deux fois plus de burn-out relevés chez eux.

"Contrairement à ce que l'on peut entendre, cette crise n'est pas qu'une exacerbation des fragilités préexistantes chez certains individus, elle en crée de nouvelles chez des salariés qui n'avaient pas de problèmes jusque-là", insiste Christophe Nguyen.

"La crise n'a pas fait apparaître de nouveaux risques psychosociaux mais ces derniers ont été renforcés par la mise en place rapide de nouvelles modalités de travail, qui n'ont pas toujours été suivies de mesures d'accompagnement", complète Natalène Levieil, spécialiste des risques psychosociaux au sein du cabinet LHH. La massification du télétravail, justifiée comme une mesure de lutte contre la propagation du virus, en est un bon exemple.

Le télétravail, une pratique à double tranchant

Bien que plébiscité, le télétravail est devenu selon l'étude un facteur de risque psychosocial en lui-même, ce qui n'était pas le cas auparavant. "Plus les salariés font de journées de télétravail, plus cela affecte leur santé mentale", résume à ce propos le président d'Empreinte Humaine. Ainsi, selon l'étude, "58% des salariés en 100% télétravail sont en détresse psychologique contre 53% des salariés en situation hybride".

"Un problème que je rencontre beaucoup en ce moment, ce sont les salariés qui souffrent du télétravail, car trop isolés ou vivant dans un environnement qui n'est pas propice à cette pratique", observe de son côté Thierry Meillat, avocat associé en droit social du cabinet Hogan Lovells. "Il y a des personnes qui vivent extrêmement mal le télétravail, particulièrement lors de ce deuxième confinement", ajoute-t-il.

Pour Natalène Levieil, "le télétravail n'est pas un risque en soi. S'il est bien accompagné, il peut être une opportunité. En revanche, un télétravail contraint, rapide et à 100%, renforce les facteurs de risques".

Lire aussi : Reconfinement: 4 cadres sur 10 alternent télétravail et activité en présentiel

Des salariés moins engagés

La crise a aussi eu un impact sur l'engagement des salariés vis-à-vis de leur entreprise. Concrètement, 42% des salariés indiquent que leur travail leur plait moins qu'avant et 49% restent dans leur entreprise faute de trouver mieux. Cette dernière proportion augmente (60%) pour les personnes qui sont à 100% en télétravail.

"La fragilisation des collectifs de travail est le risque le plus fort de cette période de crise, explique Natalène Levieil. Le traitement de cette pandémie exige un isolement des personnes, ce qui rend difficile le maintien du lien social, y compris dans l'entreprise. Nous n'avons pas suffisamment pris le temps de faire un retour d'expérience entre les deux confinements pour stabiliser de nouveaux modes de fonctionnements. Il est donc désormais important de le prendre, ce temps, afin de reconstruire les collectifs de travail."

Les entreprises doivent mieux prévenir les risques

Face à tous ces problèmes identifiés, "les actions des entreprises doivent être renforcées en matière de sécurité psychologique", conseille l'étude. Et ce, d'autant plus que le niveau d'engagement des entreprises en la matière a tendance à baisser. Par exemple, seuls 32% des salariés estiment qu'il y a "un bon niveau de communication/information en ce qui concerne les enjeux liés à leur santé psychologique". C'est 7 points de moins que lors du dernier pointage en mai.

Or, les entreprises ont tout intérêt à ne pas occulter ces risques, estime Natalène Levieil : "En plus d'avoir l'obligation légale de veiller à la santé physique et mentale de leurs salariés, les entreprises ont tout intérêt à prévenir les risques psychosociaux car la performance d'une organisation ne va pas sans un bien-être et une satisfaction au travail."

Agir sur les "incivilités numériques"

"Il y a tout un angle mort où les entreprises peuvent agir, ce sont les incivilités numériques", ajoute Christophe Nguyen. L'incivilité numérique, telle que définie dans l'enquête, désigne une "transgression de la culture professionnelle avec une intensité plus ou moins forte via les outils numériques, avec une intension ambigüe de nuire". Par exemple, 47% des sondés estiment qu'on "utilise les outils numériques pour savoir si les personnes se connectent aux bons horaires". De même, 43% des salariés "trouvent qu'il y a plus de mails où la hiérarchie est en copie pour mettre une 'pression'""Les incivilités numériques sont des risques psychosociaux qui se développent", note l'étude.

Natalène Levieil abonde : "Pendant le premier confinement, nous avons dû gérer beaucoup de tensions - et nous continuons de le faire - liées à l'utilisation renforcée de nouveaux outils numériques. Par exemple, des jugements émis sur l'intérieur du domicile lors de visioconférence, des critiques sur des conversations WhatsApp. Ces comportements pouvant aller jusqu'à une dénonciation d'harcèlement, font écho à ceux observés lors de l'apparition des mails dans le milieu professionnel. Il faut donc accompagner les personnes dans l'utilisation de ces nouveaux outils pour prévenir et réduire ces comportements « hostiles »."

Point positif de l'étude : la croissance du niveau de résilience (ce critère a été défini en fonction d'un score obtenu par les personnes interrogées sur la base d'un questionnaire) observé chez les salariés, autrement dit cette capacité à surmonter un choc traumatique. Ainsi, 61% de salariés font preuve de résilience, contre 53% lors du précédent baromètre.

Lire aussi : "Avec le télétravail, il y a tout un management à réinventer"

.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/11/2020 à 19:59 :
Je pense que nous pouvons tous le constater dans notre entourage voir nous-mêmes.
a écrit le 20/11/2020 à 19:04 :
SVP dites pas n'importe quoi, la santé mentale des salariés n'est pas en berne à cause du travail, ce qu'il leur manque c'est le salaire habituel...
a écrit le 20/11/2020 à 18:26 :
De ce côté là, visiblement, l'objectif de Macron et ses sbires de LaDEM/Modem, des représentants du NOM, du Medef est quasiment pleinement atteint.
Ceci dit, je salue l'effort de la Tribune de nous offrir de temps en temps des articles humoristiques, à plusieurs niveaux de lecture.
La punchline la plus drôle de celui-ci : "la population la plus exposée est les managers qui se disent , pour un quart d'entre eux, en situation de détresse psychologique élevée " ... 🤣🤣😂🤣🤣 LOL !! RE LOL !! LOL2² !! LOL³ !!!
Des types qui passent leurs journées à harceler moralement et/ou sexuellement leurs subordonnés, pour cacher le plus souvent leurs incompétences, leur inculture, leur bêtise et leurs frustrations 😁😂😁😂😁😂
Réponse de le 21/11/2020 à 18:27 :
Bien dit ;-)
Réponse de le 22/11/2020 à 7:56 :
Quand les bourreaux tentent de se faire passer pour des victimes:

Pression permanente sur SES salariés ( le chiffre, le chiffre, le chiffre), caftage à la direction sauf si canapé, heures effectuées non déclarées pour moins du SMIC compte tenu des prélèvements ( Tickets repas, mutuelle obligatoire et autre), ….stop ou encore ?

"C'est curieux ça les gens ne restent pas ici et on n'arrive pas à recruter. On ne comprend pas."
a écrit le 20/11/2020 à 17:46 :
Un petit carré de chocolat qui est très riche en magnésium contre la fatigue, les troubles du sommeil et d’irritabilité ? .Pas bol

Poussée de fièvre sur les cours du cacao cette semaine. En dépit d'une demande en berne du fait des retombées de la pandémie de Covid-19, les prix du cacao se sont envolés sur le marché international, du fait des tensions entre pays producteurs et industriels sur le prix d'achat des fèves. Sur le marché de New-York, la tonne de cacao pour livraison en décembre, un contrat qui arrive donc bientôt à son terme, a grimpé de plus de 25% depuis vendredi dernier, pour culminer à 2.915 dollars, à un niveau plus vu depuis le début de la pandémie.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :