En France, 3,6 millions de personnes cumulent pauvreté monétaire et privation matérielle

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En France, 13% de la population est en situation de privation matérielle et sociale.
En France, 13% de la population est en situation de privation matérielle et sociale. (Crédits : Reuters/Regis Duvignau.)
Une personne sur cinq est frappée par au moins une forme de pauvreté (matérielle ou monétaire) selon une récente étude de l'Insee. Les chômeurs sont quatre fois plus touchés par ce phénomène que les personnes en emploi.

Le système de redistribution protège-t-il assez les Français de la précarité ? Les mobilisations des "gilets jaunes" depuis le 17 novembre dernier ont remis en avant les questions des inégalités et de la pauvreté au centre des débats. Selon des estimations de l'Insee publiées ce mardi 16 avril, 5,5% de la population cumule à la fois pauvreté monétaire et privation matérielle et sociale et une personne sur cinq est concernée par un des deux phénomènes.

10 ans après la crise, le retour de la croissance et la lente baisse du chômage n'ont pas permis d'endiguer le phénomène de la pauvreté qui persiste malgré l'existence des amortisseurs sociaux. Pourtant, il y a urgence.  Un récent baromètre réalisé par le ministère de la Santé montre que la pauvreté est un sujet de préoccupation majeur dans 90% des foyers modestes et 80% des ménages aux revenus élevés.

> Lire aussi : Dix ans après la crise, la France compte près de 9 millions de pauvres

12% des Français estiment être en situation de privation matérielle

La multiplication des indicateurs de mesure de la pauvreté permet d'avoir une meilleure appréhension de ce phénomène protéiforme à l'échelle de la France et de l'Union européenne. Pour enrichir le débat, l'organisme s'est appuyé sur un nouvel indicateur de privation matérielle. Cet outil "se fonde sur les conditions de vie d'un ménage. On va interroger les individus sur 13 éléments de leurs conditions de vie. Par exemple, est-ce qu'ils arrivent à payer leur loyer ou leur facture ? Si une personne rencontre cinq difficultés parmi les 13 questions, on considère qu'elle est pauvre au sens matériel et social", a expliqué l'économiste Julien Blasco lors d'un point presse. Les résultats de l'institut de statistiques indiquent que la France affiche un taux de privation matérielle et sociale de 12,7%. Ce qui place l'économie hexagonale dans une situation médiane par rapport aux autres pays de l'Union européenne. "La France a ainsi le 13ème taux de pauvreté matériel et social le plus faible de l'Union européenne", a complété l'auteur de l'étude.

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9 millions de personnes en situation de pauvreté monétaire

Plus utilisé dans les débats, le taux de pauvreté monétaire  touche 13,6% des Français et 17,3% des habitants de l'Union européenne. "Un individu est considéré comme pauvre au sens monétaire si le niveau de vie de son ménage est inférieur à un seuil de pauvreté inférieur fixé à 60% du niveau de vie médian national" rappelle l'organisme en charge des statistiques publiques. Sur ce point, la France se place plutôt en position favorable par rapport au reste du Vieux continent. "La France a l'un des taux les plus faibles de l'Union européenne en termes de pauvreté monétaire. C'est le sixième taux le plus faible de l'Union européenne" a résumé Julien Blasco.

Des disparités extrêmes au sein de l'Union européenne

La lente construction de l'Union européenne et l'intégration tardive des pays ayant des revenus contrastés avec les pays d'Europe du Nord et de l'Ouest n'ont pas permis de réduire les fractures matérielles entre les citoyens européens. Ainsi, si les taux de pauvreté monétaire varient de 10% en République Tchèque à 25% en Roumanie, "la dispersion pour privation matérielle est beaucoup plus grande au sein de l'Union européenne avec un taux 3% à en Suède  contre 50% en Roumanie. Les taux de privation au sens matériel et social les plus faibles se retrouvent en Europe du Nord (en Finlande, Suède, Danemark et Pays-Bas) et les taux les plus élevés se retrouvent plutôt dans les pays du Sud  et de l'Est, en particulier en Roumanie, Bulgarie, Lettonie et Lituanie" signale Julien Blasco.

Et la crise économique et sociale de 2008 a eu des répercussions majeures sur ce dernier indicateur. "Il y a beaucoup de pays du Sud et de l'Est qui ont vu leur taux de privation matérielle et sociale très fortement augmenter avec la crise économique et sociale de 2008" a précisé Julien Blasco. De son côté, la directrice de la diffusion et de l'action régionale, Françoise Maurel a rappelé que  "la récession majeure de 2008 qui a touché l'ensemble des pays industrialisés a eu des effets différenciés sur la croissance. En Allemagne, le PIB en volume par habitant a rattrapé son niveau d'avant crise dès 2011. Ce rattrapage a été plus tardif en France. Il a été atteint seulement en 2015".

Les chômeurs frappés par les deux types de pauvreté

Les personnes frappés par la pauvreté monétaire et la privation matérielle concerne avant tout les chômeurs. Ainsi, ces derniers sont quatre fois plus touchés que les actifs occupés et les retraités à l'échelle de l'Union européenne. Les cadres et les professions intermédiaires sont bien moins concernés que les ouvriers. La situation familiale peut également avoir des répercussions spectaculaires sur le phénomène de pauvreté.

"Les types de famille les plus touchées sont les familles monoparentales, dont les taux de pauvreté sont trois fois supérieurs à ceux des couples sans enfants (respectivement 34,0 % et 11,7 % pour la pauvreté monétaire, et 32,0 % et 10,5 % pour la privation matérielle et sociale)." En France, la situation des retraités est particulière. Si leur taux de pauvreté est le plus faible de l'Europe du Nord et de l'Ouest (7%), le taux de privation matérielle est le plus élevé de ce groupe de pays.

Panne de l'ascenseur social

Si les effets de l'Etat-Providence sont régulièrement avancés pour expliquer la relative stabilité du taux de pauvreté monétaire en France, le blocage de la mobilité sociale est moins évoqué. Pourtant, il constitue un facteur essentiel pour comprendre la persistance de la pauvreté dans certaines catégories de la population. Ainsi, l'OCDE avait calculé en 2018 qu'il fallait six générations pour que les descendants de familles modestes atteignent le revenu moyen.

Outre le manque de mobilité entre les générations, l'institution s'est également intéressée à l'évolution des revenus d'une personne au cours de sa vie. Et leur conclusion est préoccupante. Au niveau des revenus, l'immobilité est particulièrement visible lorsque les auteurs s'intéressent aux catégories inférieures de la population. Selon les résultats de l'OCDE, 64% des personnes faisant partie du quintile inférieur (les 20% des personnes ayant les revenus les plus faibles) restent bloqués en bas de l'échelle.

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a écrit le 17/04/2019 à 17:28 :
L'électricité toujours plus chère (l'abonnement parfois plus élevé que la consommation ?), donc le chauffage plus cher, l'alimentation trop chère de jours en jours, les loyers trop chers pour les couches pauvres et moyennes, la redevance télévision trop chère pour des programmes non renouvelés, les impôts trop chers pour certains car mal répartis, les banques et les services internet téléphone trop élevés et donc trop cher, la culture et les distractions (cinémas, festivals, théâtre) trop chères et cette liste n'est pas close.....tout trop cher.
a écrit le 17/04/2019 à 17:03 :
Quarante de plus :

Ils sont arrivés au travail comme chaque matin mais les 40 salariés de l’usine Nutrimaine, qui produit les poudres chocolatées de la marque Banania, ont été renvoyés chez eux. Motif : la fermeture de leur usine, le jour même. Le scénario qui s’est joué hier sur la commune de Faverolles, située dans la Somme, a surpris tout le monde. Selon le Courrier Picard, les salariés devaient participer à une réunion à 10h avec la direction pour évoquer la fermeture du site en mai. A la place d’une discussion, les employés se sont vus présenter un avenant les pressant de rentrer chez eux dès la fin de la matinée. Le représentant du personnel de Nutrimaine-Banania à Faverolles, Franck Bizet, affirme dans les colonnes du courrier Picard n’avoir "rien vu venir" et déplorer le fait d’avoir été "jetés comme des chiens". Une seconde mauvaise surprise en quelques mois dans la disparition du site Banania, qui a pris la décision de délocaliser ses activités en Allemagne.
a écrit le 17/04/2019 à 13:10 :
Précarité rime avec décès , maladie, divorces, perte d’emploi, faillite, guerre , immigration....

C’est quoi le nombre de ces facteurs le nombre de famille monoparentale en France et en UE ?
a écrit le 17/04/2019 à 10:01 :
Étonnant de voir sur le graphique que des petits pays de l'ancienne Europe de l'Est comme la République Tchèque et la Slovénie, s'en sortent si bien, la CE leur a bien profité et c'est tant mieux.
La France n'est pas si mal positionnée par rapport à des pays de taille comparable comme l'UK, l'Allemagne et l'Italie...
Bien sur qu'on peut et qu'il faut mieux faire dans ce domaine, mais on est aussi le seul pays d’Europe occidentale à avoir encore un Parti Communiste constitué et une extrême gauche qui bloquent toutes réformes avec des œillères dogmatiques.
Réponse de le 19/05/2019 à 23:24 :
Les pays de l'ex-Bloc sovietique ont trouvé une solution pour diminuer la pauvreté extrême entainée par la braderie massive des richesses nationales dans les années 90 : l'émigration massive. Il en est de même pour l'ex Allemagne de l'Est.
On y rencontre des véritables déserts démogtaphiques.
Le Monde diplomatique y avait consacré l'été dernier (en juin?) un dossier particulièrement édifiant.
a écrit le 17/04/2019 à 8:50 :
Il faudrait aussi réfléchir sur les causes et les responsabilités de chaque cas de pauvreté
Pour les familles monoparentales, la cause n’en revient pas à la société c’est une décision individuelle ce n’est pas à la société d’en assumer les conséquences.
Dans d’autres cas, des individus ont eu auparavant trop recours aux emprunts de consommation par exemple. Chaque cas individuel doit être examiné pour avoir une idée juste
a écrit le 17/04/2019 à 3:00 :
En France, 90% des "pauvres" font partie des 10% les plus "riches" de la planète. Je suggère donc que nous levions des impôts spécifiques pour aider les pauvres de la planète qui seront payés par les "riches pauvres" de France. Cela ne devrait pas leur poser de problème que nous taxions des riches pour aider des pauvres. Au fait, pourquoi cet article n'est pas fini? Ou se trouve le lien vers l'étude sur la privation matérielle? On nous parle de plein d'études, mais les sources ne sont pas indiquées. C'est quoi ce travail bâclé?
a écrit le 16/04/2019 à 20:43 :
De toute façon. dans un pays d'assistés, pour un nombre croissant de gens, on peut leur en donner toujours plus (sans contrepartie bien sur, faut quand meme pas pousser!), ils n'en auront jamais assez!
a écrit le 16/04/2019 à 20:03 :
Encore une statistique complètement dépassé !"MEDIAN" !!!! n'importe quoi !
Ca fait pleurer dans les chômières mais la réalité est bien différente !
a écrit le 16/04/2019 à 19:45 :
Ainsi, l'OCDE avait calculé en 2018 qu'il fallait six générations pour que les descendants de familles modestes atteignent le revenu moyen.

«  tout est dit »
a écrit le 16/04/2019 à 19:35 :
Si seulement le gouvernement pouvait lire cet article qui exprime la réelle réalité de ce qui se passe en France.
Et beaucoup de gens ne mangent pas trois fois par jours en France, ne l'oublions pas, notamment les 18-24 ans qui eux souffrent énormément pour beaucoup.
Ce n'est pas normal que la pauvreté existe encore en France en 2019. c'est un choix politique.
Réponse de le 17/04/2019 à 1:44 :
Pour les 18-24 ans, 6 Milliards d'eur par an
( 30Milliards d'eur sur 5 ans) : début dans sept mois,

( " Service Universel ")
Réponse de le 17/04/2019 à 4:35 :
A la fin des annees soixante, il n'y avait pas d'aides en vois-tu en voila pour les plus de vingt et un ans. Rien.
Fallait chercher du travail comme tout le monde, souvent mal paye.
Arretez de vous plaindre et retroussez vos manches.
Au passage, bravo Anne de donner des chiffres.
a écrit le 16/04/2019 à 18:53 :
il suffit de mettre le niveau de pauvrete au niveau median, et y aura toujours 50% de pauvres, meme si les gens sont millionnaires
en afrique le salaire moyen c'est 700 euros par an, en france un pauvre est 15 fois plus riche qu'un africain moyen
tout est relatif; pareil pour la precarite materielle; voir que des pauvres n'ont change ni leur iphone ni celui de leurs enfants depuis 6 mois, ca me fait verser des larmes
last but not least, ca serait bien de mettre en parallele le profil des pauvres ( origine, qualifications, etc...), ca fixera les idees
a écrit le 16/04/2019 à 18:32 :
C'est quand même triste de voir avec quelle facilité les grands entreprises peuvent donner des centaines de millions d'EUR pour Notre Dame et quelle difficulté ces mêmes entreprises ont pour payer des impôts qui profitent entre autre les pauvres, mais surtout la collectivité en France.
Par contre il faut encore voir combien sur les montants promis, vont réellement être versé.

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