Fin des contrats aidés : quel impact sur l'emploi ?

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Pour lutter contre le chômage des moins qualifiés, le gouvernement prévoit un plan d'investissement compétences.
Pour lutter contre le chômage des moins qualifiés, le gouvernement prévoit un plan d'investissement compétences. (Crédits : Eric Gaillard)
La décision du gouvernement Philippe de diminuer les contrats aidés a suscité une vive polémique à droite comme à gauche sur les bancs de l'Assemblée. Pour évaluer l'impact d'une telle mesure sur l'emploi, l'OFCE vient de rendre publique une évaluation relativement critique sur la baisse programmée de ce dispositif.

Le débat sur les contrats aidés risque d'être relancé. La ministre du Travail Muriel Pénicaud avait clairement critiqué ces types de contrat dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale au début du mois d'août dernier.

"Les études de la Dares, l'OCDE, comme celles de la Cour des comptes, montrent trois choses. Premièrement, les contrats aidés sont extrêmement coûteux pour la nation. Deuxièmement, ils ne sont pas efficaces dans la lutte contre le chômage. Troisièmement, ils ne sont pas un tremplin pour l'insertion professionnelle."

Alors que le gouvernement ne cesse de remettre en cause l'efficacité des emplois d'avenir et des emplois aidés pour enrayer le chômage chez les jeunes, l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) vient de publier un billet de blog sur les conséquences possibles de la baisse progressive des contrats aidés sur l'emploi total.

| Lire aussi : Baisse des contrats aidés : cinq points pour comprendre la problématique

Un impact important à court terme

Selon l'économiste Bruno Ducoudré, la diminution des contrats aidés entre la fin 2017 et la fin 2019 conduirait à réduire le nombre d'emplois à 86.000. Cet effet s'explique selon le spécialiste par le faible effet d'aubaine des contrats aidés non-marchands contrairement au secteur marchand. Dans une étude publiée au printemps dernier, le service de statistiques du ministère du Travail (Dares) avait étudié les effets des aides sur la décision de recruter. Il apparaît que dans le secteur marchand, l'effet d'aubaine ("c'est-à-dire qu'en l'absence d'aide, l'embauche aurait eu lieu au même moment et avec la même personne") est bien plus marquée dans l'ensemble du secteur marchand que dans le secteur non-marchand.

Une baisse partiellement compensée

Cette diminution devrait être en partie compensée par la montée en puissance d'autres dispositifs. Le gouvernement veut notamment mettre l'accent sur l'apprentissage et l'alternance pour tenter de résorber le chômage des jeunes. Mais pour l'organisme indépendant, les plans du gouvernement auraient un effet très limité sur l'emploi.

"Concernant l'alternance, en attendant la réforme à venir, le gouvernement a fixé pour 2018 un objectif de hausse de 2% du nombre d'entrées en apprentissage et nous avons retenu une hypothèse de stabilisation du stock de contrats de professionnalisation en prévision. L'effet sur l'emploi serait négligeable en prévision (+2.000 emplois cumulés entre 2017 et 2019)."

Par ailleurs, l'auteur de la note souligne que la fin de cotisation chômage sur les embauches des jeunes en CDI à compter du premier octobre dernier et la suppression du contrat de génération dès 2018 pourrait encore faire augmenter le chômage chez les jeunes.

A l'inverse, la montée en puissance des formations et de la Garantie jeunes, ainsi que la mise en place du Plan d'investissement compétences pourraient contribuer positivement à l'emploi en 2018-2019. Cette hausse est estimée à 54.000 emplois supplémentaires mais cela ne devrait pas suffire à compenser la baisse progressive des emplois aidés. Au final "les politiques de l'emploi, via les contrats aidés et les autres dispositifs d'emplois aidés, contribueraient négativement à l'évolution de l'emploi total pour -98.000 emplois sur la période 2017-2019".

| Lire aussi : Emplois d'avenir et contrats d'insertion : un bilan contrasté

En conclusion, l'OFCE reste relativement pessimiste sur les politiques de l'emploi prévues par l'actuel gouvernement.

"La nouvelle orientation des politiques de l'emploi devrait donc avoir un effet négatif à court terme sur l'emploi total, l'effet négatif de la forte baisse des contrats aidés entre le deuxième semestre 2017 et la fin d'année 2018 n'étant que partiellement compensé par la montée en charge progressive de Plan d'investissement compétences."

Une baisse drastique des contrats aidés à prévoir

A la fin de l'année 2016, les contrats aidés ont bénéficié à 402.500 personnes, soit une une baisse de 8% par rapport à 2015. Cette diminution est particulièrement visible dans le secteur marchand. Le nombre de bénéficiaires est en baisse de 26,8 % par rapport à 2015. Pour le secteur non-marchand, la baisse est plus modérée (-3%). Le nombre de bénéficiaires est passé de 347.000 à 341.000.

Les effectifs de contrats aidés devraient baisser drastiquement fin 2017 et au-delà, le gouvernement d'Edouard Philippe ayant réduit les prescriptions à 310.000 nouveaux contrats cette année, puis 200.000 en 2018. Le gouvernement compte créer un nouveau type de contrat aidé, avec "plus d'accompagnement et plus de formation", sur la base d'un rapport qui sera rendu en fin d'année.

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a écrit le 14/12/2017 à 13:16 :
les emplois aidés répondent à des besoins réels dans les collectivités ou les associations qui les emploient. Et Macron, qui est un ignorant lettré n'a pas compris ce qu'il faisait quand il a brutalement et sans concertation décidé de les supprimer.

Les emplois aidés, ce sont des aides-cuisiniers pour les cantines scolaires, des femmes de service dans les écoles maternelles, des agent de propreté, des gardien(ne)s de passages piétons à la sortie des écoles, des secrétaires et standardistes ...

Supprimez les et vous devrez fermer les cantines, Il n'y aura plus personnes pour changer les tout-petits qui ont un accident de vessie dans les classes maternelles, il n'y aura plus de pions dans les collèges et lycées, plus personne pour repeindre les salles de classe à un prix modique etc etc...

La question qu'on devrait se poser est "mais puisque ces jobs sont indispensable, pourquoi ne sont t'ils pas pérennises via des CDI?"
La réponse est à la fois technique et financière. Tous ces jobs sont à temps très partiels, et comme les collectivités ont été mises sous pression financièrement parlant, elles n'ont plus les moyens de les embaucher dans des conditions normales.

Ce qui veut dire que si on supprime 4 emplois aidés, seul un "normal" peut être recréé à coût constant pour l'employeur. Si macron supprime 400 000 emplois aidés, ce sont 300 000 nouveaux inscrits à pôle emploi.
a écrit le 14/12/2017 à 11:58 :
Choix difficile, puisque le taux de chômage des jeunes est extrêmement élevé en France.

Malgré tout, les emplois aidés sont devenus une sorte commodité à bas prix pour beaucoup d'organismes. Autant ils pourraient se justifier dans les associations et le secteur social qui ne disposent que de faibles moyens, autant pour le reste de l’économie c'est un artifice qui retarde la mise en adéquation des ressources et des taches à accomplir.
D’ailleurs le Conseil d’État a rejeté la demande de suspension, pour des motifs énoncés :
(https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000035744043&fastReqId=304054077&fastPos=1)
et a notamment précisé concernant la continuité du service public « doit normalement être assurée par des emplois pourvus selon les règles de droit commun, relevant notamment en ce qui concerne les collectivités, de la fonction publique territoriale ».

On peut comprendre la logique de vouloir essentiellement faciliter le démarrage dans la vie active en privilégiant l’apprentissage et la formation.
Peut être que le RSA pourrait être revu (et simplifié) et ses bénéficiaires remplacer les effectifs qui vont manquer ? Des compromis à trouver.
Réponse de le 14/12/2017 à 17:12 :
J'aime votre approche argumentée.

Il existe des projets "territoire zéro chômeur" où les collectivités de service public emploient des chômeurs et les paient à l'équivalent du SMIC en CDl.

La formule semble satisfaire tout le monde. Les employés ne sont plus à la charge de la communauté, puisqu'il y a une contrepartie qui peut se chiffrer en matière de travail fourni (ex: entretien d'espace vert, entretien d'un bâtiment, création d'un arrêt de bus couvert etc etc... ). Les communes disposent de moyens humains plus importants pour leurs projets.

Les salariés restent socialisés, ils sont sécurisés dans leur emploi ce qui leur permet un emprunt pour une voiture ou améliorer un logement, ils apprennent des savoirs faire nouveau et sont en bien meilleure posture pour trouver un emploi dans le secteur marchand.

Étant donné que les taxes et impôts divers sur les bas salaires sont de +/- 40% et que la TVA est de 5-20%, l'état récupère de facto et directement 30% de la mise de départ (via le RSA ou les indemnités qui sont versées aux terrtoire 0 chomeurs) et on peut présumer que le reste est réinvesti très vite en achats locaux de première nécessité (nourriture, etc etc).

In fine c'est une formule économique de traitement du chômage et assez efficace.
a écrit le 14/12/2017 à 9:46 :
Est il préférable de payer des emplois aidés ou des chômeurs?
a écrit le 14/12/2017 à 5:55 :
Les contrats aidés n'ont été créés que pour fausser ou plutôt cacher les mauvaises statistiques du chômage. C'est l'Etat qui finance pour une grosse partie les salaires (notamment via les associations) donc indirectement le citoyen. En quoi cela va améliorer notre économie ? C'est le serpent qui se mord la queue.
Réponse de le 14/12/2017 à 13:21 :
les emplois aidés sont à 95% dans le secteur non-marchand, ce qui est une autre façon de dire que ce ne sont pas des emplois rentables. Ce qui ne veut pas dire qu'ils sont inutiles ou idiots.

S'ils sont utiles c'est en gardant (un peu) solvables et socialement intégrés des centaines de milliers de personnes qui sans cela seraient au RSA.
a écrit le 14/12/2017 à 5:43 :
Les contrats aidés sont bien plus nombreux.

Arrêtons les aides aux entreprises ( baisses de charges , crédit divers et variés, optimisation fiscale due à dds trous dans la raquette législative,...).

On retire tout cela et on baisse l'impôt sur les sociétés.

Et après application du marché, lss entreprises défaillantes font faillites.
a écrit le 13/12/2017 à 19:08 :
Quel bilan sur l'emploi ? C'est difficile à mesurer même au conditionnel. Par contre l'industrie du manche va voir son activité à la baisse, pourtant elle avait investit en recherche dans la résistance du manche à la flexion !
a écrit le 13/12/2017 à 18:12 :
Tout est au conditionnel, c'est dire le niveau des évaluations au doigt mouillé qui sont à l'origine de ces suppositions....il faut rappeler également que derrière ces emplois aidés il y a des êtres humains et pas des machines, ni des esclaves.....
a écrit le 13/12/2017 à 17:29 :
Merci pour cet article.

Par ailleurs, par delà les conséquences sur l'emploi on peut voir d'abord et avant tout les conséquences sur l'humain, nombreux d'entre nous n'ont pas eu la chance d'évoluer une cuillère en argent dans la bouche comme le mac et ses alcolytes, se retrouvant forcément rejeté par une société qui ne voit que par la performance (des salariés hein pas des dirigeants politiques et économiques... ) des individus, alors que eux n'y sont pas adaptés avec bien souvent pourtant malgré tout une volonté de 'sintégrer socialement par le travail.

Mais bon on a bien compris que l'humain c'était pas leur truc aux boss du mac...
a écrit le 13/12/2017 à 16:35 :
POUR COMPENSEE LA BAISSE DE LA TAXE D HABITATION DES COMMUNES L ETAT DEVRAIS REFLECHIR A DES CONTRAS AIDE POUR LES MAIRES DANS LE CADRE DE L ANIMATION DES ENFANTS POUR QU ILS NE TRAINE PAS DANS LES QU ARTIER. A LA MERCI DES DILEURS ..DES CANTINES. DES AIDES SCOLAIRES .DES AIDES AUX PERSONNES AGES. EX .EX TOUS CELA BIEN SUR ENCADRE AVEC OBLIGATION DES MAIRES A FAIRE DES FORMATIONS A CES JEUNES PAR EXEMPLE LE PERMIS DE CONDUIRE LE BAFA OU UN METIER PROFESSIONNEL DANS LE CADRE D UNE VRAIS ENBAUCHE DANS LA MAIRIE ? NOUBLIONS PAS QUE LES MAIRES DE CERTAINE VILLES SONT SOUVENT LES PLUSGROS EMPLOYEURS OU TOUS LES METIERS SONT UTILISEZ???
Réponse de le 13/12/2017 à 22:09 :
Je partage cette réflexion qu'il faut enrichir. L'objectif ne doit pas être d'avoir des emplois au rabais, ce qui est, mais de donner une formation pour permettre de trouver un emploi. La difficulté est de trouver des encadrants qui partagent cet objectif

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