L'industrie sort de sa torpeur, mais ne crée toujours pas d'emplois

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Selon l'Insee, la fabrication de matériel de transport est la principale contributrice à la croissance en volume de l'industrie manufacturière, à moitié pour la valeur ajoutée et aux neuf dixièmes pour la production.
Selon l'Insee, la fabrication de matériel de transport est la principale contributrice à la croissance en volume de l'industrie manufacturière, à moitié pour la valeur ajoutée et aux neuf dixièmes pour la production. (Crédits : Kai Pfaffenbach)
Selon l'Insee, la production manufacturière en volume n'a progressé que de 0,8% en 2016. C'est moins qu'en 2015 (+2%) et qu'en 2014 (+ 1,6%). le nombre d'emplois a reculé.

Progressivement, péniblement, l'industrie française sort la tête de l'eau. Selon une étude de l'Insee, la valeur ajoutée de la branche de l'industrie manufacturière a augmenté de 1,5 % en volume en 2016. C'est 0,4 point de plus qu'en 2015.

Fait encourageant, elle progresse pour la quatrième année consécutive. "Ceci ne s'était plus produit depuis la période 2003-2007", indique l'Institut.

Signe que l'industrie peine encore à renouer véritablement avec la croissance, la production manufacturière en volume a nettement décéléré l'année dernière, affichant une hausse de seulement 0,8%. C'est moins qu'en 2015 (+2%) et qu'en 2014 (+ 1,6%).

L'industrie des transports en haut de l'affiche

Une activité a particulièrement tiré son épingle du jeu : la fabrication de matériel de transport. Selon les calculs de l'Insee, "elle est la principale contributrice à la croissance en volume de l'industrie manufacturière, à moitié pour la valeur ajoutée et aux neuf dixièmes pour la production". Plusieurs facteurs ont dynamisé l'activité de cette branche. L'Insee cite d'abord la hausse des ventes de voitures neuves, qui a profité en partie aux constructeurs français, dont les modèles représentent près d'une vente sur deux en France. Quant à la production de matériel aéronautique, elle a continué de croître, grâce à un niveau historique des carnets de commandes, équivalent de cinq années de production. "La hausse est cependant moins soutenue que les années précédentes, certains fournisseurs ne parvenant pas à suivre la cadence imposée par les avionneurs", constate l'Insee, indiquant que cette branche profitait toujours de la croissance de l'aviation de ligne ainsi que d'un rebond dans le domaine de la défense.

De son côté, la construction navale française fut également dynamique, "ayant misé sur le militaire et le haut de gamme en matière civile, dans un contexte d'effondrement au niveau mondial de l'activité dans le domaine civil ", précise l'étude. "Au total, au sein de la fabrication de matériel de transport, seule la fabrication de matériel ferroviaire semble rencontrer quelques difficultés, se traduisant par une baisse de la production", conclut l'Insee.

Un effet indirect sur deux autres secteurs

Par ricochet, cette vigueur de la fabrication de matériel de transport a bénéficié à deux autres branches manufacturières qui contribuent à son processus de production : la chimie et la fabrication d'équipements électriques, électroniques, informatiques et de machines. "Ces deux branches tirent également parti de l'amélioration du marché de la construction et de la fermeté de la consommation des ménages en équipements du logement et en produits de beauté", observe l'Insee. Une consommation des ménages, et plus globalement une demande intérieure qui, par leur dynamisme en 2016, ont tiré la demande de produits manufacturés.

Le commerce extérieur en berne

Si la demande intérieure a été tonique, les exportations ont souffert. En 2016, lcroissance en volume des exportations de biens manufacturés était certes soutenue (+3%) mais elle a décéléré par rapport à 2015 (+4,1%). Bien que les importations aient également reculé, celles-ci étant stimulé par la demande intérieure, le déficit commercial s'est à nouveau accru. Le made in France a déserte certains secteurs, notamment l'électronique. En valeur, le solde du commerce extérieur de l'industrie manufacturière s'est élevé 23,5 milliards d'euros, contre 17,7 milliards un an plus tôt. "La fabrication de matériel de transport, l'industrie chimique, les industries agroalimentaires et l'industrie pharmaceutique sont et restent les seules branches excédentaires. Par ailleurs, seuls l'industrie pharmaceutique, le raffinage et le textile améliorent leur solde commercial ; le premier par une baisse des importations de médicaments, le deuxième en raison de la diminution du prix des hydrocarbures", observe l'Insee.

Pas d'effet sur l'emploi

Ce réveil, relatif, on l'a vu, de l'industrie n'a pas été assez tonique pour stimuler les embauches dans ce secteur qui, rappelons-le, représentaient 2,8 millions d'emplois en 2016, soit 11% de l'ensemble de l'économie. Un nombre auquel s'ajoutent environ 271.000 intérimaires. "En prenant en compte l'ensemble de ces effectifs, l'emploi manufacturier est quasiment stable en 2016. Ainsi, la croissance en volume de l'industrie manufacturière s'est améliorée, mais ne suffit pas à créer de l'emploi. En effet, dans ce secteur, les gains de productivité apparente du travail restent importants, quoique nettement inférieurs à leur niveau d'avant-crise. En 2016, ils s'élèvent à 1,3% et subviennent, à eux seuls, à la croissance de l'activité", précise l'étude.

Pas de ministère de l'Industrie

Concrètement, le travail intérimaire reste donc la variable d'ajustement. De fait, en 2016, le nombre d'intérimaires dans l'industrie manufacturière a augmenté de près de 9%, comme en 2015. Hors intérim, en revanche, l'industrie manufacturière a perdu 14.500 emplois salariés en 2016, soit une baisse de 0,5%. "Le rythme des pertes d'emplois s'atténue toutefois par rapport aux trois années précédentes. (- 1,2% chaque année), relativise l'Insee. Ouf...

Notons que l'industrie, une nouvelle fois, a été la grande absente des réflexions de l'exécutif lors de la composition du gouvernement. Il n'y a en effet pas de ministère de l'Industrie. Pour connaître la vision de l'Etat dans ce secteur, peut-être faut-il interroger directement Matignon. Ou l'Elysée.

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a écrit le 02/08/2017 à 23:05 :
Pour pouvoir recruter il faut pouvoir trouver des recrutables, et le gouvernement n'a pas trouvé la solution sauf à faire des bacs chômistes universels même pas capables de soulever une palette, mettre 4 vis ou 5 clous.
a écrit le 07/07/2017 à 9:23 :
Mais n'est-ce pas bientôt fini?
Il suffit de mette un lien sur cet article du jour.
Comme c'est facile!
http://www.latribune.fr/economie/france/les-perspectives-d-embauches-de-cadres-au-plus-haut-743097.html
a écrit le 06/07/2017 à 22:03 :
Qui peut croire l'Insee ? L'Insee qui mesure l'économie avec des jauges qui datent des années 50, qui ne sait pas ce qu'est le cycle économique, puisque ce n'est pas dans ses modèles économétriques étriqués, et qui ne peut pas voir la révolution qui se passe dans l'industrie, puisque c'est juste sous son nez.
A part les journalistes, tout le monde se fiche un peu de l'Insee : on a autre chose à faire que de se consterner avec des statistiques.
Vivre, par exemple.
a écrit le 06/07/2017 à 19:55 :
Tous les industriels que je connais modernisent leurs usines et à masse salariale égale ils arrivent grâce à l'usine 2.0 à automatiser, produire plus tout en maintenant les couts salariaux. Et par la même occasion la qualité augmente.
Bien entendu certaines pièces ne sont pas usinables ce qui permet de maintenir la qualité exceptionnelle de l’artisanat et des manufactures françaises à coté des usines modernisées.
Bref l'emploi massif dans l'usine c'est du passé ... . Pire les emplois en usine aujourd'hui sont obligatoirement qualifiés et nécessitent un niveau de connaissance certain comparativement à l'époque de nos grand parents et parents au début et milieu du 20ème siècle.
Réponse de le 07/07/2017 à 11:33 :
Vous avez parfaitement raison. Cela fait des décennies que la productivité augmente. Avec la mondialisation et ses délocalisations, l'augmentation de la population, l'augmentation du chomage est dans la logique des choses. Avec de la croissance mais elle ne sera jamais aussi forte que par le passé. Avec des réformes du monde du travail, on peut certainement freiné voir réduire un peu cette tendance.
Mais la courbe du chomage évoluera autour d'un socle qui au fil des années ne fera qu'augmenter.
Depuis longtemps j'attends que les politiques s'emparent du sujet et disent enfin la vérité sur le chomage. Mais non, ils préfèrent raisonner comme il y a 20 ou 30 ans: flexibilité, réduction du cout du travail, formation avec une réforme qui ne vient jamais. Ne nous faisons pas d'illusions, l'industrie aura de plus en plus besoin d'emplois qualifiés mais beaucoup ne pourront pas obtenir ce niveau de qualification. Que faire? Il faut réfléchir a une nouvelle organisation de la société. Mais ceux qui aujourd'hui gagnent bien leur vie s'y refusent et non qu'un objectif améliorer leur revenu. Certes c'est humain mais à partir d'un certain seuil cela ne rend pas plus heureux
Certains ont parlé du revenu universel (cela fait presque un siècle que ce sujet est parfois évoqué) mais est-ce la solution? Nous ne sommes probablement pas assez mur pour cela. Couteux, certainement mais lorsque le chomage atteindra des niveaux insupportables, comparer au cout du chomage cela sera plus acceptable.
maintenant il y a plusieurs façons d'instaurer un revenu universel.
Personnellement je verrai bien un revenu pour tout le monde: parents et enfants avec pour ces derniers une évolution du montant en fonction de l'age.
en contre partie suppression de la majorité des aides: allocations familiales, aide au logement, RSA et RMI, chomage puisque le travail n'est pas obligatoire. Je supprimerai aussi la retraite de base de la sécurité sociale. Il serait indécent de donner aux retraités une retraite en plus du revenu universel. En conservant uniquement les retraites complémentaires, les retraités ayant travaillés garderaient un revenu supérieur a ceux qui n'ont pas travaillés.
La suppression de toutes ces aides permettraient de supprimer les emplois nécessaires pour les gérer. Fini pole emploi et d'autres services. Des dépenses en moins pour l'état dont il faut tenir compte pour comparer le cout d'un tel système
a écrit le 06/07/2017 à 18:49 :
La composition du gouvernement le montre : pour le pouvoir en place, l'industrie est vue comme une source de pollution. L'agriculture aussi d'ailleurs. Un pays-musée est-il viable ?
a écrit le 06/07/2017 à 17:30 :
Vu le nombre de plans sociaux gelés en ce moment en attendant la mise en place de la loi travail ,cela ne devrait pas s'arranger de sitôt.
a écrit le 06/07/2017 à 16:54 :
Trendeo disait l'année dernière que la tendance semblait être à une réindustrialisation.
sur l'emploi, ce que dit l'INSEE contraste avec ce qu'écrivait L'Usine Nouvelle en avril : les recrutements dans l'industrie repartent très fort en France. et le taux de recrutements difficiles est en hausse. on peut lire régulièrement des articles sur les entreprises industrielles qui ont du mal à embaucher, y compris en CDI (Grolleau dans le 49 ou Bergheaud à Issoire, par exemple). les Français n'aiment pas trop l'industrie.
les recrutements se font, comme le laisse entendre l'article, essentiellement dans les services à l'industrie, pour l'instant (intérim, sociétés de conseil en technologies et autres).
la France est le pays européen recevant le plus d'investissements industriels étrangers (EY, Business France). le pays doit s'automatiser/robotiser plus qu'on veut nous le faire croire.

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