« La bio-inspiration implique de mettre de côté l’arrogance de l’humain » (Gilles Boeuf)
Propos recueillis par David Medioni
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
Propos recueillis par David Medioni
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
... iser le biomimétisme pour s’inspirer du vivant afin de trouver des solutions innovantes et répondre aux enjeux posés par le réchauffement climatique. (Cet article est issu de T La Revue n°15 – « Sobriété, frugalité, ingéniosité : comment innover autrement ? »)
Comment définiriez-vous le biomimétisme ?
Gilles Boeuf Le biomimétisme est la discipline qui consiste à aller chercher des idées dans le vivant et la nature pour trouver des solutions à nos problématiques actuelles notamment écologiques. Le vivant est une source d'inspiration colossale qui a plus de 4 000 millions d'années de recul. Le vivant est toujours là et il a subi de très nombreuses agressions : terre gelée, volcans en éruption, séismes, etc. Il a toujours réussi à s'adapter. En changeant. La leçon de cette observation du vivant est double : d'abord elle nous rappelle que l'on ne peut pas s'adapter sans changer et que les techniques issues du vivant sont durables.
Comment faire du biomimétisme une dynamique qui irrigue l'ensemble des activités humaines ?
À lire également
G.B. Se mettre à la bio-inspiration implique de définitivement mettre de côté l'arrogance de l'humain. Si les arbres étaient vraiment idiots, ils ne seraient plus présents sur la surface du globe. Tous les êtres du vivant possèdent une forme d'intelligence. Ensuite, il convient de sortir de l'imprévoyance de nos activités et d'élaborer une véritable culture de l'impact. En clair, faire de cette culture de l'impact l'un des leviers, et des outils de nos prises de décision. Enfin, il faudra se départir de la cupidité de l'humain. Ce désir immodéré de richesses est l'un des éléments qu'il sera le plus dur à faire disparaître. Et pourtant, si nous n'y parvenons pas, alors le vivant dans son ensemble aura beaucoup de mal à perdurer. Le biomimétisme est une façon de penser, une philosophie de la vie et du monde. Ensuite, sa mise en œuvre a besoin de trois piliers : le chercheur qui doit avoir la capacité de prendre son temps pour observer et trouver, l'ingénieur qui utilisera les trouvailles du chercheur pour industrialiser et rendre opérationnelle la découverte, et enfin le troisième pilier est l'entreprise qui rendra les choses concrètes et possibles en s'en emparant. Pour le dire autrement, la bio-inspiration n'est pas une lubie de hippies ou de poètes, c'est une approche qui consiste à étudier le vivant pour en tirer des solutions moins polluantes qui consomment moins d'énergie, qui sont de meilleure qualité car tannées par l'expérience du temps et qui sont moins chères.
Propos recueillis par David Medioni