... u de T La Revue n°15 – « Sobriété, frugalité, ingéniosité : comment innover autrement ? »)
Imiter l'albatros pour faire voler plus efficacement les avions, c'est le pari engagé par Airbus avec son programme d'ailes ultra-performantes (
extra-performing wings
). Le constructeur européen planche sur des ailes plus allongées et équipées de nouveaux mécanismes pour ajuster en permanence la forme de la voilure aux conditions de vol.
Ce recours au biomimétisme est loin d'être une première dans le milieu aéronautique où les facultés des oiseaux sont scrutées de près par les ingénieurs.
« Sur les avions en service, il peut déjà exister des notions de biomimétisme. Par exemple, certains aéronefs sont équipés de becs sur le bord d'attaque pour augmenter la capacité de portance à très basse vitesse, juste avant d'atterrir ou pour décoller. Ce système est similaire à des plumes d'oiseaux, appelées alulas, qui produisent un même effet. Il existe aussi des volets qui vont sortir à très basse vitesse pour augmenter la portance de l'avion. Cela imite le rôle des rémiges des oiseaux »,
explique Sébastien Blanc. Cet ingénieur toulousain est le directeur technique du programme d'ailes ultra-performantes porté par Airbus UpNext, la filiale de l'avionneur spécialisée dans les technologies de rupture.
Son équipe veut aller plus loin que « ce biomimétisme de base » en proposant de nouvelles technologies pour la voilure des avions. La plus visuellement impressionnante, c'est l'idée d'opter pour des ailes beaucoup plus fines et allongées que celles équipant aujourd'hui la flotte Airbus.
« Nous voulons démontrer que nous pouvons augmenter de 30 à 40 % l'envergure des ailes des avions. Les oiseaux qui ont besoin de planer très longtemps disposent d'ailes très allongées et très fines parce que c'est plus efficace dans l'air »
, décrit Sébastien Blanc. Problème : des ailes allongées nécessitent une masse structurale assez forte pour pouvoir soutenir toutes les charges de l'appareil.
« C'est la raison pour laquelle Airbus prévoit d'intégrer des technologies de contrôle, de nouvelles plumes, et de nouveaux petits muscles pour venir ajuster en permanence la forme de la voilure. Malgré cet allongement très fort, il faut être en mesure de réduire les charges et donc d'avoir une voilure qui soit très fine mais aussi très légère et donc très efficace »,
ajoute le directeur technique.