Le ciel est dégagé, d'un bleu impeccable et l'ambiance est paisible dans les rues de Flixecourt ce vendredi soir. François Ruffin aussi a bonne mine. Dans sa chemise verte en lin et son jean, le député sortant de la Somme sillonne à grands pas les rues de ce village au Nord d'Amiens, ouvre les portails des jardins où les chiens préviennent de sa venue, glisse ses tracts dans les boîtes aux lettres et répète cette phrase à chacun avec la même détermination : « Envoyez moi à l'Assemblée pour qu'il y en ait pas que pour les gros là haut mais aussi les gens d'en bas, les auxiliaires de vies, les retraités, les ouvriers...» Dans un sourire parfois gêné, les apostrophés lui lancent des énigmatiques « y a pas de soucis ».
Derrière les portes des maisons apparaissent souvent des visages familiers. « Tiens salut Catherine, je savais pas que tu habitais là », «Ah José, ça roule?». Les habitants lui donnent du « Bonjour François », « Comment tu vas Ruffin? », « je suis contente de vous voir ». Presque rien ne laisserait présager que l'homme de 48 ans est ici clairement menacé. Que sur cette terre dont il est le député depuis sept ans, Marine Le Pen a recueilli 48% des voix à l'élection présidentielle de 2022 et Jordan Bardella 40% aux européennes. Seul un automobiliste a appuyé sur l'accélérateur à son approche, laissant fuser un « Bardella! » de sa fenêtre. « La peur s'est installée dans le cœur des gens, constate-t-il dans cette ville où l'usine de textile Saint Frères a fermé ses portes dans les années 2000, laissant derrière elle nombre de vies sans emploi. J'essaie de transformer la colère en espérance. Je suis moi-même en colère avec le sourire ». Jamais très loin, le député sortant de la circonscription voisine, le RN Jean-Philippe Tanguy peste contre son « romantisme révolutionnaire ».