CAROLE DELGA- Notre pays a besoin d'une vision industrielle d'ensemble pour les grandes filières économiques. Prenons l'exemple du ferroviaire. Les Régions investissent massivement dans ce secteur et alertent face au sous-investissement chronique de l'État. Les comparaisons avec nos voisins européens sont accablantes : le ferroviaire représente 45 € d'investissement par habitant en France, contre 124 € en Allemagne. Une vraie stratégie doit être pensée pour consolider les écosystèmes et faire monter en puissance des leaders internationaux. Je pense aussi à des fleurons industriels, qui n'ont pas reçu le soutien nécessaire de l'État : la SAM, Bosch, Valdunes... Réindustrialiser, c'est aussi ne pas désindustrialiser. Car j'en suis convaincue : concilier économie et écologie, c'est possible et c'est la stratégie que nous menons depuis plusieurs années en Occitanie. Nous œuvrons pour renforcer notre souveraineté et transformer l'industrie. Avec notre Fonds Souverain, nous soutenons des projets à l'image de celui porté par l'entreprise biterroise Genvia, futur géant de la production d'hydrogène vert, dont la Région est actionnaire.
En tant que présidente de Régions de France, quelle serait, selon vous, l'articulation à mettre en place entre État et collectivités pour relever le défi de la souveraineté industrielle, tant au point de vue financier que décisionnel ?
C.D. Les Régions sont les mieux placées pour aider nos entreprises et relever le défi de la souveraineté industrielle. Elles sont en capacité de structurer des écosystèmes locaux entreprenants et compétitifs et d'embarquer filières, entreprises et citoyens dans des transformations majeures en misant sur la proximité. Pour que cela fonctionne, il y a un prérequis nécessaire : la politique industrielle de notre pays doit être co-construite entre le Gouvernement et les Régions. L'État doit définir des grandes priorités industrielles en s'articulant avec les stratégies développées dans chaque territoire. Les Régions ont proposé la constitution d'un conseil national réunissant Bercy, Régions, industriels et syndicats pour définir ensemble les grands enjeux stratégiques sur lesquels coordonner leurs initiatives. Ce serait ça, faire de la politique industrielle autrement.