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ÉconomieFrance

Macron ou la fausse naïveté

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 31 août 2016 à 12:09 - Mis à jour le 31 août 2016 à 12:15

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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Pour justifier son départ du ministère de l'Economie, Emmanuel Macron avance les blocages inhérents au système politique actuel qui empêchent de mener à bien certaines réformes. Si ce discours sonne bien, il ne peut être totalement sincère.

La mine grave, la larme presque à l'oeil, Emmanuel Macron avait la gorge serrée mardi à Bercy lors de son allocution. Sur le plateau de TF1, quelques heures plus tard, c'est avec la même attitude qu'il expliquait son départ précipité du ministère de l'Economie.

Sa sincérité peut-elle être mise en cause ? S'il n'a que 38 ans, celui qui fut le plus jeune ministre de l'Economie depuis Valéry Giscard d'Estaing, est un déjà un animal politique. Son discours témoigne de son adresse, voire de sa science du bon mot et des phrases chocs, au risque de travestir la réalité.

Un système dépassé selon le ministre

Reprenons ses propos. Mardi, lors de son discours au ministère, il a indiqué avoir démissionné après avoir " touché du doigt les limites de notre système politique ", qui l'entravaient selon lui dans sa volonté de réforme.

" Notre système pousse à des compromis de dernière minute, car le travail d'explication est rarement mené. Il fait la part belle aux peurs des uns et des autres. Notre pays mérite de prendre pour lui des risques (...) Je suis déterminé à tout faire pour que nos valeurs, nos idées, notre action puissent transformer la France dès l'année prochaine ", a déclaré Emmanuel Macron en estimant qu'il fallait " être libre " pour le faire.

Des objectifs clair mais une explication qui ne tient pas

Rejetant " les comportements qui ont toujours eu cours " et refusant de " penser que l'organisation politique serait immuable ", " meilleur moyen ", selon lui, de " livrer notre pays aux extrêmes ", Emmanuel Macron " souhaite aujourd'hui entamer une nouvelle étape de son combat " et " construire un projet qui serve uniquement l'intérêt général ". Ces déclarations sur ses nouveaux objectifs ont le mérite d'être claires.

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En revanche, l'explication ne tient pas. Comment peut-on penser une seconde qu'Emmanuel Macron ne connaissait pas le fonctionnement des institutions de la cinquième République ? En tant que rapporteur de la commission Attali, il est évidemment au fait du processus d'élaboration des textes de loi. Le Parlement a voix au chapitre, qu'il le veuille ou non. Il n'a pas pu être surpris. Il a fallu huit mois pour faire adopter la loi sur la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, dite loi Macron 1 ? C'est peut-être regrettable mais c'est ainsi. Les réformes structurelles ont souvent du mal à passer. Des arbitrages, des compromis sont souvent nécessaires.

Dans ce dossier, doit-il en vouloir aux frondeurs de s'être élevés contre certaines mesures du texte jugées trop brutales, trop libérales ? Cette rancœur aurait-elle alimentée son amertume, le poussant à démissionner ce mardi ? Ce serait oublier que si les frondeurs ont leur part de responsabilité, c'est surtout envers l'opposition qu'il devrait avoir des griefs. En effet, celle-ci n'a eu de cesse de s'opposer au texte, bien que celui-ci reprenne en grande partie des propositions en ligne avec la doctrine libérale des ténors des Républicains, le principal parti d'opposition.

Emmanuel Macron, une victime ?

Emmanuel Macron aurait donc découvert la rouerie politique ? Lorsqu'il était secrétaire général adjoint de l'Elysée entre 2012 et 2014, il n'aurait pas pris conscience que des arbitrages étaient décidés, qu'ils soient de dernière minute ou non ? C'est totalement impensable.

Il ne peut se poser en victime comme il le fit lors de son discours à la Mutualité en juillet. " Je veux commencer à écrire une nouvelle histoire. Mais cette histoire, elle dérange. Ça arrive, j'en sais quelque chose. Parce qu'elle vient contrarier l'ordre établi, parce qu'elle inquiète le système... , indiquait-il à aux partisans de son mouvement politique "En marche" lancé en avril.

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Il l'a clairement déclaré. Il veut désormais servir l'intérêt général - n'était-ce pas le cas à l'Elysée ou au ministère de l'Economie ? - d'une autre façon. Envisage-t-il, s'il accède un jour au pouvoir, de gouverner par ordonnance ? De créer une Sixième République qui limiterait le pouvoir du Parlement ? On attend avec impatience le discours de la méthode.

Fabien Piliu

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