Pourquoi le chômage subit-il de tels soubresauts ?

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La structure du marché du travail où les embauches se font essentiellement sur des contrats courts, explique en grande partie les successions de baisses et hausses du chômage observées ces derniers mois.
La structure du marché du travail où les embauches se font essentiellement sur des contrats courts, explique en grande partie les successions de baisses et hausses du chômage observées ces derniers mois. (Crédits : reuters.com)
Le nombre des chômeurs a bondi en octobre après avoir fortement décru en septembre. Un phénomène qui s'explique par la structure du marché du travail où les embauches se réalisent essentiellement sur des contrats précaires très courts, faute de croissance suffisante.

Un véritable coup de massue. Avec 42.000 demandeurs d'emplois supplémentaires inscrits en catégorie « A » en octobre, la France a connu sa plus forte progression mensuelle du chômage depuis avril 2013. Pis, il y a 700.000 chômeurs de plus depuis l'élection de François Hollande, alors que son mandat ne se termine que dans 18 mois. Une hausse, pour l'instant, à peine moins forte donc que celle enregistrée sur l'ensemble du quinquennat de Nicolas Sarkozy (750.000). Des données qui font très mal pour le gouvernement, surtout à dix jours du premier tour des élections régionales. Il aurait en effet été plus facile pour la majorité PS de se présenter au scrutin en affichant un deuxième mois consécutif de baisse du chômage après la « divine » surprise de septembre où le nombre des demandeurs d'emploi avait diminué de 23.000, soit la plus forte baisse depuis la crise financière de la fin 2007. C'est raté.

Le chômage fait du "yo-yo"...

Mais, au risque de heurter, structurellement, il n'y a pas que du mauvais dans les données statistiques mensuelles du chômage d'octobre si on les replace dans leur contexte. Ces données prouvent, en effet, que nous ne sommes plus dans une période de progression linéaire du chômage.

En réalité, depuis juillet, le chômage fait du yo-yo, alternant les baisses (parfois faibles comme en juillet et parfois fortes comme en septembre) et les hausses (parfois fortes, comme en octobre). Mais un constat s'impose, il n'y a plus de linéarité dans la progression de la courbe du chômage, comme cela était le cas les années précédentes. Maintenant il y a des soubresauts.

... à cause de la "croissance molle"

Comment expliquer ce phénomène ? D'abord en raison de la période de « croissance molle » que vit la France. Selon l'Insee, le PIB a progressé de 0,3% au troisième trimestre. Au quatrième trimestre - mais attention aux effets post-attentats - cette hausse devrait atteindre 0,4%. In fine, sur l'ensemble de l'année 2015 le PIB devrait croître de 1,1%. C'est trop peu pour faire baisser le chômage. Mais, en même temps, il est exact que les marges des entreprises se redressent... d'où quelques embauches. Cependant, les entreprises n'ont pas vraiment encore assez confiance pour se lancer dans des recrutements stables.

Là réside la seconde explication à la hausse du chômage d'octobre : méfiantes, les entreprises préfèrent multiplier les CDD et les missions d'intérim, tant que la croissance et la confiance ne seront pas réellement au rendez-vous. Pour preuve, en octobre, selon le baromètre Prism'emploi établit par les sociétés d'intérim, l'emploi intérimaire a progressé de 9,6%, soit la croissance la plus forte depuis le deuxième trimestre 2011. Et tous les secteurs sont orientés à la hausse, y compris le BTP, sortant d'une baisse continue depuis plus de quatre ans.

Mais ces CDD et missions d'intérim sont de plus en plus courts. Une étude du Conseil d'Analyse Economique (CAE) montrait qu'entre 2000 et 2014, le nombre des contrats à durée déterminée (CDD) de moins d'un mois ont progressé de...146%. Et la durée moyenne des CDD a été divisée par trois pour s'établir à cinq semaines. Quant à la durée moyenne d'une mission d'intérim, dans le même temps, elle est passée d'un peu plus d'un mois à ... un peu moins de deux semaines.

... et de la structure du marché du travail où les embauches se font sur des contrats courts

 Le turn-over s'est donc accentué. Davantage de personnes passent très rapidement du statut de salarié à celui de chômeur en un laps de temps réduit. Or, en octobre, justement, les fins de contrats à durée déterminée ont représenté 22,7% des motifs d'inscription à Pôle emploi. C'est même, de loin, le premier motif d'inscription au chômage, si l'on exclut la catégorie « autres cas » qui regroupe des motifs très divers, comme, par exemple, les ruptures conventionnelles.

Une tendance d'ailleurs souligné par les experts de la Dares (service statistiques du ministère du Travail) qui remarquent que :

«Depuis le début de l'année, on constate un mouvement de hausses et de baisses successives caractéristique d'une reprise graduelle de l'activité économique, en lien avec des embauches encore majoritairement en CDD et en intérim ».

En fait, le marché du travail va continuer de faire preuve dans les mois à venir d'une grande volatilité. En d'autres termes, en raison de la structure du marché du travail où plus de 80% du flux des embauches se font sur des emplois précaires, pendant plusieurs mois encore la courbe mensuelle du chômage va être chaotique, alternant les hausses et les baisses en fonction du ratio entre nombre de CDD et de missions d'intérim conclus et rompus. Ainsi, il est possible qu'en novembre, on assiste à une chute drastique des inscriptions à Pôle Emploi, car de nombreux CDD auront été conclus. Et le mois d'après, ce peut être encore l'inverse. Répétons-le, c'est l'importance de l'emploi précaire qui provoque ces brusques et importants soubresauts mensuels sur le nombre de chômeurs.

Le phénomène s'atténuera -si ça arrive !- quand la croissance sera plus conséquente. La courbe du chômage redeviendra plus linéaire... mais à la baisse. Selon la quasi-totalité des économistes, ce phénomène devrait se produire en 2016. Reste à savoir à quel moment.

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Commentaires
a écrit le 29/11/2015 à 11:34 :
il est ou le MEDEF avec ces 1 million d'emploi? il a encaisse les milliards du contribuable et continu a supprimer des emplois ,bravo Mr hollande ,vous menez la france au fond du gouffre!!
a écrit le 29/11/2015 à 11:09 :
LES BESSOINS EN AIDE AUX PERSONNES AUGMENTE. LA FRANCE VIELLIES DONC SI ON DONNE UN SMIC AUX PERSONNELS SOCCUPENT DES PERSONNES AGE SI ONT GREES DES EMPLOIES DANS LES MAISONS DE RETRAITES DANS DANS LES ECOLES.LES HOPITAUX AUX LIEU DE GARDEZ DES CHOMEURS GRASSEMENT PAYE? ONT PEUT AMELIOREZ L ECONOMIE EN FAISSANT BAISSE DURABLEMENT LE CHIFFRES DE L EMPLOIE???
a écrit le 28/11/2015 à 20:30 :
La baisse sera conjoncturelle, mais structurellement le chômage continuera d'augmenter. Croissance ne veut pas dire emplois. L'automatisation, la robotisation, la numérisation détruiront des millions d'emplois. Alors notre modèle social est totalement à revoir.
C'est d'une telle évidence que je ne comprends pas les discours politiques où plutôt si : l'impuissance devant ce phénomène technologique.
a écrit le 28/11/2015 à 14:07 :
Expliquer le chômage par l'absence de croissance revient à expliquer qu'il pleut parce qu'on voit des parapluies. Ce n'est pas comme cela qu'on comprendra comment agir. D'abord il faut revenir à la compréhension des chiffres : on est chômeur quand on demande un travail et on demande plus systématiquement un travail quand on sait que cette demande est une condition pour toucher une allocation de chômage. Avec le budget de l'UNEDIC on pourrait créer plus de 2 millions d'emplois d'avenir du secteur non marchand au SMIC. La question qui est posée est donc la suivante : si on sécurise la personne plutôt que l'emploi en garantissant de toute façon un travail à tout demandeur (et non une allocation) alors on peut flexibiliser davantage. La deuxième condition est de baisser le coût du travail faiblement qualifié sans baisser le revenu disponible des personnes concernées car ces emplois sont moins attaqués par la digitalisation et peuvent donc être créés plus facilement. Ceci peut être obtenu par la TVA sociale et l'impôt négatif. Il existe donc des solutions qui peuvent à la fois répondre à la demande des chefs d'entreprise et maintenir la protection individuelle des moins favorisés. Cela suppose bien entendu un abandon du "prêt à penser" de droite comme de gauche et surtout une plus grande solidarité INDIVIDUELLE des gens plus préservés (fonctionnaires, cadres, salariés des grands groupes payés au-dessus de la moyenne c'est à dire 2000 euros par mois, etc...). Donc inutile d'invoquer les politiques car ils ne font que ce qu'on leur demande de faire en votant pour eux : on ne s'en sortira pas sans l'effort de chacun.
a écrit le 27/11/2015 à 23:04 :
Notre model actuel n'est plus tenable. La technologie augmente la productivité de facon considerable. Le chomage augmentera quelles que soient les mesurettes prises. Il faut repenser completement notre modele de societe et partager. Il n'y a pas d'autre solution.
a écrit le 27/11/2015 à 17:47 :
Le chômage est en croissance constante ; les statistiques qui ont été publiée avec de légères hausses sur un ou 2 mois étaient bidonnées sur ordre du gouvernement Valls qui utilise les mêmes méthodes que Fillon sous sarkozy ;

Pour le reste, le chômage s'aggrave parce qu'il y a des destructions massives d'emplois, des plans sociaux et des faillites d'entreprises de plus grande taille ;

Les structures parapubliques ruineuses sont inutiles, très destructrices de l'économie et engendre un profond déclin,
en particulier les CCI Chambre de Casse du Commerce et de l'Industrie avec leurs bras armés juges consulaires en conflits d'intérêts permanents désignés par ces fumeuses CCI dans les Tribunaux de Commerces, les Agences blas blas banquets qui s'auto-désignent de développement économiques, les centres d'experts autoproclamés bons à rien et mauvais à tout
a écrit le 27/11/2015 à 17:46 :
La croissance est molle comme notre président doue que pour les commerorations et les inaugurations
C est a dire la ou entre champagne et petits fours il peut placer ses blagounettes
a écrit le 27/11/2015 à 16:52 :
Il faut être conscient que nous ne sommes plus propriétaire de notre Pays mais simple locataire et bientôt expulsable a l'issue de la période hivernale! Donc ne vous faites pas d'illusion!
a écrit le 27/11/2015 à 16:19 :
Regardez la courbe depuis 10 ans !!
Ça monte sans arrêt le este c'est du Cinema
Hollande a fait du bricolage et na rien changé aux monde du travail idem pour le petit Sarko
D'un autre côté on a ouvert les frontières , pourquoi pas mais il faudrait s adapter
On a choisit la dette et les fonctionnaires comme les grecs

Tant que les banquiers nous prêteront
a écrit le 27/11/2015 à 15:51 :
Au delas du conjoncturel, il y a LE STRUCTUREL ! Le chômage augmente parce que
les éléments qui le font monter DEMEURENT ENCORE ET TOUJOURS EN PLACE ?
Le principal suce pet en l'occurrence se nomme FISCALITÉ ! Le se con se nomme DÉNI DES RÉALITÉS et le troisième, prendre les patrons et ceux qui gagnent de l'argent pour des voyous et des moins que rien ? GAGNER DES SOUS ? MAIS OUI, C'EST SAIN ET SOUHAITABLE les amis .... ne vous déplaise ? Et TANT QUE CETTE MENTALITÉ SERA LÀ, LE CHÔMAGE AUGMENTERA ENCORE ET TOUJOURS !
Dont acte !
a écrit le 27/11/2015 à 15:29 :
SE PHENOMEME EST NORMAL A L APROCHE DE L HIVERS .BEAUCOUP DE CONTRATS SAISONNIER DANS LE BATIMENT DANS LE TOURISME D ETE DANS L AGRICUTURE DIMINUENT? ET CELA REPARTIRAS EN MARS???
a écrit le 27/11/2015 à 15:23 :
NON le chômage en France ne fait pas de yo yo, il progresse toujours ! Le yo yo vient seulement de la possibilité pour quelques uns d'être embauchés pour des CDD ou missions d'intérim pour des périodes plus favorables: l'été, les vendanges, puis viendront les sports d'hiver en général CDD de 4 mois. Et il n'est pas honnête de comptabiliser le chômage sur un mois ou deux, mais sur une tendance et cette tendance est depuis 7 ans à la hausse ! Enfin on ne peut comparer septembre avec - 23.000 chômeurs et octobre avec le double (42.000). Enfin pour les matheux regardons la courbe ou plutôt les courbes.

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