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ÉconomieFrance

Que promet le Front national à ses électeurs pour sortir de la crise (2/5) ?

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 01 décembre 2015 à 13:28 - Mis à jour le 01 décembre 2015 à 15:11

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Selon les sondages les plus récents, plusieurs régions pourraient basculer en faveur du Front national lors des prochaines élections régionales, notamment le Nord-Pas-de-Calais Picardie et en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Voici un rappel des idées portées par le FN pour redynamiser l'économie et relancer la croissance.

Les Français doutent. Ils doutent notamment des institutions. Selon le baromètre publié ce mardi par le cabinet Deloitte, ils ne sont que 12% à faire confiance aux hommes politiques. En cause ? Leur bilan. En dépit des promesses répétées de jours meilleurs, les cures d'austérité se succèdent sans autre résultat que la montée continue du chômage qui touche 23% des jeunes de 15 à 24 ans. On comprend leur détresse, ainsi que celui de leurs parents. Dans ce contexte, un certain nombre d'électeurs sont tentés de croire aux promesses de lendemains qui chantent scandées par Marine Le Pen.

Selon un sondage BVA publié dans la presse régionale dimanche, le Nord-Pas-de-Calais-Picardie tomberait dans l'escarcelle du FN. En Provence-Alpes-Côte-d'azur, le FN sortirait en tête au premier tour et ses chances de succès sont réelles au second.

Son argument choc pour séduire les électeurs ? Pourquoi ne pas mettre en place des solutions que, ce qu'elle appelle "l'UMPS", n'a jamais tenté, par frilosité, par recherche perpétuelle de consensus mou, par volonté de se plier aux directives de Bruxelles selon les arguments régulièrement cités par la présidente du Front national ?

Mais ses propositions sont-elles si révolutionnaires. Une revue de détail s'impose pour éclairer le lecteur et l'électeur.

Premier constat, le temps semble s'être arrêté le 6 mai 2012. En effet, l'essentiel des propositions détaillées sur le site Internet du Front national pour dynamiser la croissance datent de la dernière campagne présidentielle.

Un super Bercy à la manœuvre

Un grand ministère de l'Economie, de l'Entreprise et du Travail sera aux manettes pour élaborer et faire appliquer son programme. " Cette appellation est symbolique. Le terme 'entreprise' doit ici être repris dans sa définition littérale : ce que l'on entreprend, la mise en œuvre d'un projet. Il remet l'homme au cœur du système économique. Afin que l'ordre et la cohérence président à la multitude d'administrations et d'organismes qui dépendent de ministères et d'autorités de tutelles différentes, on regroupera au sein d'un même ministère tous les services ayant autorité sur les forces contributives de la nation. Partant, il sera bien plus simple d'établir un modèle normatif homogène qui permette à l'Etat d'avoir une gestion saine et des mesures efficaces ", précise le FN qui semble croire encore au renouveau des industries sidérurgique et textile tricolores aujourd'hui sinistrées par " l'euro fort et la concurrence déloyale ". On espère - ce n'est pas précisé - que le FN ne considère pas le rouet et les hauts-fourneaux comme des lieux d'épanouissement pour la jeunesse de France.

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La création de ce super ministère n'est pas réellement surprenante. Jacobin, le Front s'est toujours opposé à la décentralisation. Mais elle est aussi paradoxale. Si elle devait voir le jour, une telle structure ne serait-elle pas à l'image de cette technocratie bruxelloise que le FN se plait tant à houspiller ?

Par ailleurs, si le FN prend une ou plusieurs régions, régions dont les compétences économiques seront renforcées par la loi NOTRre qui entrera en vigueur le 1er janvier, comment procédera-t-il pour rapatrier le pouvoir économique à Paris ?

Reste que cette idée n'est guère originale. La plupart des récents ministres de l'Economie ont plaidé pour un rapatriement du ministère du Travail dans leur giron. Emmanuel Macron, l'actuel ministre de l'Economie ne fait pas exception.

Ce grand ministère n'agira pas seul. Il collaborera avec une " Planification stratégique de la réindustralisation " directement rattachée au Premier ministre associant établissements universitaires et grandes écoles, filières industrielles et représentants de l'État. Là encore, le Front national n'innove pas. Le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP) créé en avril et dirigé par Jean Pisani-Ferry a cette fonction.

Marine Le Pen, François Hollande et Nicolas Sarkozy sur la même longueur d'ondes,


Pour simplifier le quotidien des entreprises, le FN souhaite lancer une " grande réforme de la simplification ". " L'Etat stratège que nous voulons restaurer aura pour mission principale d'être le partenaire des PME/PMI et de faciliter de manière réelle leurs démarches afin de ne pas faire peser sur elles des charges indirectes et des freins supplémentaires ", explique le FN.

Une fois de plus, le FN ne se distingue pas par son originalité ? Les mesures proposées sont identiques à celles lancées par le gouvernement Fillon et qui sont aujourd'hui prolongées par le gouvernement de Manuel Valls. Celles-ci visent à homogénéiser et à réduire les normes, à centraliser les données, à accentuer le processus de dématérialisation et à simplifier le bulletin de salaire.

La TVA sociale est de retour

Dans le domaine fiscal, les propositions du Front national sont très classiques. Il propose de réformer l'impôt sur les sociétés (IS) pour encourager le réinvestissement prioritaire des bénéfices en France et mettre fin à la sous-imposition massive des grands groupes. Là encore, le FN n'est guère original. Le premier point est depuis longtemps réclamé par la plupart des organisations patronales, CGPME en tête.

Cette " grande " réforme de l'impôt sur les sociétés faisait même partie du programme de François Hollande lors de la campagne présidentielle. Le candidat socialiste proposait de moduler l'IS en fonction de la taille des entreprises et du réinvestissement des bénéfices dans les fonds propres. " Nous aurons à travailler ensemble pour que cet impôt évolue vers une assiette large et des taux qui devront être modulés ", avait déclaré le chef de l'Etat quelques mois après son élection lors du Grand rendez-vous de la communauté Oseo Excellence organisé en octobre 2012.

Pour l'instant, cette réforme est restée dans les cartons en raison de son coût pour les finances publiques, estimé à plus de 3 milliards d'euros. Selon le Conseil des prélèvements obligatoires, le taux d'imposition nominal moyen s'élevait en 2012 à 22 % pour les PME, à 28% pour les TPE et à seulement 8% pour les entreprises du CAC 40.

Toujours dans le domaine fiscal, le FN compte s'attaquer aux niches fiscales qui mitent l'assiette de l'IS. Ces dernières années, tous les gouvernements s'y sont employés. Au regard de l'étendue du chantier, ils ont préféré opter pour le rabotage progressif des niches fiscales et sociales. Selon le rapport du comité d'évaluation des dépenses fiscales et des niches sociales publié en juin 2011 présidé par Henri Guillaume, inspecteur des finances, il existe 538 mesures dérogatoires fiscales et sociales représentant près de 104 milliards d'euros. Pour l'instant, le gouvernement n'a pas fait de grand nettoyage mais s'est contenté de raboter les niches.

Enfin, le FN propose la mise en place d'une « contribution sociale aux importations », qui ressemble à s'y méprendre à la TVA sociale proposée par Nicolas Sarkozy. Son taux serait fixé à 3%. Elle permettrait de réduire les cotisations salariales et donc d'augmenter « d'augmenter de 200 euros net les rémunérations des salaires jusqu'à 1,4 fois le SMIC ». L'idée n'est pas récente, on le voit.  Reste à savoir comment le FN et son super ministère de l'Economie s'y prendront pour appréhender les échanges intragroupes, pour taxer les pièces produites à l'étranger puis assemblées en France. Valoriser le made in France est  bien plus complexe qu'il n'y paraît, à moins de forcer les entreprises ayant des filiales à l'étranger à rapatrier toute leurs productions dans l'Hexagone.

Créer une grande banque publique !

Une fois à la tête de l'Etat, " il faudra faciliter le financement des entreprises ", propose le FN. Comment ? " Nous entamerons avec les banques des négociations afin qu'elles fassent leur métier et joue leur rôle dans la vie économique du pays. D'une manière plus générale, il s'agira de mettre en place une politique volontariste et ferme vis-à-vis des banques en renforçant le dispositif de médiateur du crédit ". On se croirait plonger en 2009, en pleine crise bancaire !

Pourtant, comme en témoignent les statistiques de la Banque de France, l'accès au financement bancaire est fluide. C'est d'ailleurs un élément souligné par les investisseurs étrangers relevé par le tableau de bord de l'attractivité de Business France Par ailleurs, le FN semble ignorer que l'intermédiation bancaire recule, les entreprises recourant désormais davantage au marché, au financement participatif.

Quant à la proposition du FN de créer une véritable banque publique de financement des PME/PMI, elle est datée. Depuis janvier 2013, Bpifrance, qui regroupe toutes les structures publiques d'accompagnement des entreprises, est à pied d'oeuvre

Enfin, le FN propose de réformer le crédit impôt recherche (CIR) afin que celui-ci vise en priorité les PME/PMI innovantes et cesse " de constituer une subvention non-justifiée aux très grands groupes qui délocalisent ". Il sera conditionné au maintien intégral des centres de recherche et de développement en France. Plusieurs parlementaires non-FN ont fait cette proposition. Mais celle-ci a toujours été retoquée par le gouvernement pour continuer à attirer des centres de recherche mondiaux pourvoyeurs d'emplois très qualifiés. Les faits semblent lui donner raison, en témoignent les investissements en France de Cisco d'Intel, de Facebook, de SAP ou de Samsung. Faire respecter les délais de paiement est également une priorité du FN. C'est également celle de l'exécutif. Mais comme le gouvernement, il n'a pas de recette miracle.

La commande publique à la rescousse

Quant à la commande publique, elle doit être pour le FN un véritable accélérateur du développement des entreprises. Jusqu'ici, Nicolas Sarkozy et François Hollande n'ont pu lancer un Small business act à la française, Bruxelles s'y opposant fermement. Pour résoudre ce problème, le Front ne s'embarrasse pas.
Les traités européens seront simplement renégociés, pour « mettre fin au dogme de 'la concurrence libre et non faussée, qui promeut en réalité la loi de la jungle ».

L'impasse sur l'innovation et l'export

Voici donc, pour l'essentiel, les détails du programme économique du FN. Peut-il être efficace ? La plupart des propositions ont déjà été promises par les gouvernements successifs. Ils ont dû y renoncer, une fois confronté à la réalité. " Ce n'est pas un programme économique responsable. Il n'est tourné ni vers l'avenir, ni vers la compétitivité». Et de détailler: «retour de la retraite à 60 ans, augmentation de tous les salaires avec notamment une hausse du smic de 200 euros, retour au franc, augmentation des taxes d'importation...» avant de prévenir: «c'est exactement l'inverse de ce qu'il faut faire pour relancer la croissance économique du pays. L'économie a besoin de pragmatisme, de lucidité ", commente Pierre Gattaz, le président du Medef dans un entretien accordé ce mardi 1er décembre au Parisien-aujourd'hui en France en relevant des similitudes entre le programme du FN et celui du programme commun de la gauche daté de 1981. Les anciens électeurs de gauche aujourd'hui tentés par les propos du FN devraient se réjouir de tels propos...

Reste à savoir comment le FN compte décliner ce programme au niveau régional. Rien n'est précisé. Rien n'est chiffré. Une chose est certaine.Le modèle économique de la France, qui repose sur le le triptyque "consommation, investissement et commerce extérieur" - comme celui de tous les pays industrialisés du monde - , sera bouleversé, les termes « innovation » et « exportations » n'étant jamais employés. A aucun moment.

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| Lire aussi notre série sur le Front National en 5 épisodes :

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Fabien Piliu

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