Sortie de crise : le débat autour du temps de travail est-il obsolète ?

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Pour le Medef, il faut travailler plus. (en photo, le président du syndicat, Geoffroy Roux de Bézieux)
Pour le Medef, il faut travailler plus. (en photo, le président du syndicat, Geoffroy Roux de Bézieux) (Crédits : Reuters)
Pour certains économistes, les entreprises ont déjà les outils permettant d'assouplir le temps de travail, dans un sens comme dans l'autre. Plutôt que de légiférer donc, il s'agirait d'aborder le problème concrètement : entreprise par entreprise.

Afin de résorber le chômage et relancer l'activité, certains appellent à "travailler plus", d'autres à passer à 32 heures, mais pour les économistes, les entreprises ont déjà tous les outils pour assouplir le temps de travail, dans un sens ou dans l'autre.

Sujet politiquement très sensible, le temps du travail apparaît comme une variable d'ajustement pour sortir de la crise, avec une hausse du chômage, 12,9 millions de personnes couvertes par le chômage partiel en France depuis mars et un repli de l'économie de plus de 8% attendu par les experts sur l'année.

Pour le Medef, les instituts Montaigne ou IFRAP, présentés comme libéraux, ou encore des responsables politiques de droite (Christian Jacob, Bruno Retailleau), il faut "travailler plus".

Lire aussi : Sortie de crise : faudra-t-il travailler plus ? La bataille idéologique est lancée

Dans son "plan choc" face "au risque d'écroulement" de l'économie française, l'iFRAP propose de "partir beaucoup moins en vacances ou en RTT dans les mois qui viennent", "débloquer le temps de travail hebdomadaire, débloquer les heures supplémentaires, repousser l'âge de départ à la retraite".

Mais Andrea Garnero, économiste à la division Emploi et Travail de l'OCDE, est sceptique: "Je n'ai pas l'impression que les entreprises veuillent travailler plus: ça implique qu'il faut produire plus et pour cela, il faut de la demande".

"C'est étonnant comme les gens restent étatistes et veulent que ce soit l'État qui impose les choses. Le Code du travail permet beaucoup de choses déjà", avance pour sa part Gilbert Cette, professeur d'économie à l'université d'Aix-Marseille.

Lire aussi : La durée du travail portée jusque 60 heures par semaine dans certains secteurs

Mireille Bruyère, du collectif des Économistes atterrés, estime aussi que "les entreprises ont déjà les outils", avec l'assouplissement des 35 heures depuis leur mise en place il y a 20 ans, à travers des décrets et lois, autorisant dérogations ou assouplissements des heures supplémentaires. Mais "si on profite de cette crise pour faire supprimer toute référence à la durée légale, il n'y aura plus de surcoût des heures supplémentaires", analyse-t-elle.

"Réponse exceptionnelle"

Un collectif d'une vingtaine d'organisations syndicales, dont la CGT ou la FSU, et d'associations, dont Oxfam ou Greenpeace France, appelle à passer à 32 heures, "sans perte de salaire ni flexibilisation", considérant que "le partage du temps de travail est indispensable pour donner accès à toutes et tous au travail et gagner en qualité de vie".

"Si on baisse le temps de travail, on aura moins de chômage et moins de chômage partiel", assure Mme Bruyère. Mais les entreprises devront "renoncer à une partie de leurs profits pour accroitre les salaires".

Pas si simple en temps de récession, répond M. Cette, rappelant que le passage aux 35 heures est intervenu en période de croissance économique.

Or aujourd'hui, "les gains de productivité sont très faibles. Donc qui paie la réduction du temps de travail? Si ce sont les entreprises, elles vont se localiser ailleurs".

Mathieu Plane, de l'OFCE, va dans le même sens. "En cette période de perte de productivité, il est assez peu concevable de réduire le temps de travail sans réduction des salaires".

La solution viendrait donc d'un "mix", selon les secteurs.

Gilbert Cette insiste sur l'importance du "dialogue social en entreprise". Et "les acteurs doivent tous être d'accord" sur le principe d'augmenter ou baisser le temps de travail.

Idem pour M. Plane, qui ajoute: à "situation exceptionnelle, il faut avoir une réponse exceptionnelle et temporaire", quelle qu'elle soit.

"Le mieux, ce serait de gérer la question du temps de travail comme le propose la Première ministre néo-zélandaise: entreprise par entreprise", estime M. Garnero.

Jacinda Ardern, la dirigeante de la Nouvelle-Zélande, a aussi proposé la semaine dernière de passer à la semaine de quatre jours et d'octroyer un plus grand nombre de jours fériés pour stimuler les dépenses dans les secteurs du tourisme. Ce serait "une option", à condition que les entreprises l'acceptent, tempère M. Garnero.

"Il n'y a pas de consensus dans les études internationales pour dire que la baisse du temps de travail crée de l'emploi, mais cela a des effets bénéfiques sur la productivité et le bien-être des travailleurs", développe-t-il, un point à prendre en compte car actuellement se pose la question plus générale de l'organisation du temps de travail "avec le télétravail, des horaires moins figés, des équilibres à trouver dans la gestion de la famille".

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Commentaires
a écrit le 30/05/2020 à 11:38 :
régler le cas de concurrence des couts des entreprises française
est des plus facile aligner la fiscalité sur l'Irlande
bien sur la pour compenser il faudra non pas seulement nettoyer
mais bien récurer les fonctionnaires de service administratif
ce n'est pas avec 7 pour cent de salaries productif
qu'une nation peut survivre alors que l'Allemagne est a plus de 12
et la suisse a 15 et aucun économiste ne soulève
bien trop occupé a garder leur petit privilége
la morale c'est pour les autres signé fillon
a écrit le 30/05/2020 à 10:19 :
Le véritable problème est la durée du travail dans le secteur public où les 35heures qui ne sont pas respectées, plombent les finances publiques. La réduction des dépenses publiques passe en priorité par le passage de 35 à 39heures qui permettrait de réduire l'excédent de fonctionnaires de 1million d'agents publics.
Réponse de le 30/05/2020 à 15:56 :
Sûrement qu’il existe des postes doublons , mais ceci dans les hauts sphères car certains préfèrent des assistants doubles ou triples
pour ne rien faire et être payé multiplie par 10.
Réponse de le 30/05/2020 à 20:28 :
Ca c'est sûr l'état impose aux entreprises du privé de passer eurs employés à 35 heures avec 60 heures maximum et de temps en temps par semaines, pourtant les fonctionnaires font en règle générale beaucoup plus d'heures... L'état arrive pas à mettre en œuvre les lois qu'il impose aux autres...
a écrit le 29/05/2020 à 22:50 :
Il faut «  absolument «  essayer de «  maintenir » des repères stables pour tous et toutes après le confinement au niveau du travail :
pour éviter une chute sociale générale
plus prononcée qu’elle l’est déjà .
Si changement doit être fait ;
il faudrait qu’elles soient progressives .
Il faut faciliter l’accès des jeunes au sein des entreprises, rendre l’alternance obligatoire , pour la polyvalence,

Il ne faut surtout pas faire l’erreur de rendre le télétravail à 100%
Permettre à tous un outil de télétravail, l’inscrire dans les conventions et proposer 2 jours de télétravail et le reste sur le terrain pour assurer «  une continuité de travail efficace et de qualité « 
Interdire le télétravail après les heures de bureaux ( certaines entreprises bossent jusqu’à 23 heures ....)
Il faut un cadre «  rationnel et réel « .
Réponse de le 30/05/2020 à 20:30 :
Pour ma part je pense que les salariés devraient au contraire renégocier leurs salaires à la hausse pour reprendre leur emploi... C'est aujourd'hui qu'ils sont en position de force mais là les syndicats sont étrangement absents...
a écrit le 29/05/2020 à 18:47 :
Pour les néo-libéraux, c'est très simple, les fainéants, c'est à dire pas mal de monde, devraient travailler plus. Or eux ne sont pas fainéants, loin de là. Et comme ils ne sont pas fainéants et qu'ils travaillent déjà beaucoup, il n'y a pas de raisons qu'ils travaillent plus.
a écrit le 29/05/2020 à 12:26 :
"l'iFRAP propose de "partir beaucoup moins en vacances ou en RTT dans les mois qui viennent", "débloquer le temps de travail hebdomadaire, débloquer les heures supplémentaires, repousser l'âge de départ à la retraite".

Quand je pense qu'Agnes verdier- Molinié auréolée d'une réputation de chercheuse à l'Ifrap ?.C’est le diablotin qui sort de la boîte médiatique, dès que le mot « dépense publique » apparaît à l’écran. A moins d’éviter soigneusement ce type de programmes, difficile de louper Agnès Verdier-Molinié et ses analyses chiffrées dégainées à chaque fois qu’une réforme sur les retraites ou les fonctionnaires revient au menu d’une émission. Depuis le début de l’année (c'était en 2018) , la directrice de la Fondation Ifrap est sur les antennes presque un jour sur deux : LCI trois fois, France 5, M6, Canal+, Arte, Europe 1, RTL, RMC, France Inter, Sud Radio, BFM Business, I24news, le service vidéo du Figaro (trois fois)…Aujourd'hui, elle a toujours sa petite chronique sur les antennes .Bref,un bon bourrage de crâne ultra-libérale et souvent sans contradicteur.Ça doit être cela la démocratie.
a écrit le 29/05/2020 à 11:04 :
Il y a beaucoup de choses interessantes dans cet article, mais en ajoutant les réaction les unes aux autres on les rends moins visibles:
Pour les entreprises supprimer la référence au temps de travail permet de:
-Réagir rapidement en cas de prise de commande supplémentaire en mettant de la capacité en heures sans devoir former des personnels avec les risques liées à l'augmentation de l'effectif. Coût de formation, risque qualité, changement d'organisation.Je le qualifierait de positif.
-Contourner le manque de personnels qualifiés dans certains segments étroits de la main d'oeuvre. Ce que je qualifierait aussi de positif en permettant de créer les emplois induits ou de répondre à de la demande suplémentaire.
- Réduire le nombre d'employés, donc générer du chomage ce qui permet aux entreprises une meilleurre position de négociation sur les salaires. Ce que je qualifierais de négatif.
- Réduire le coûts des heures supplémentaires, ce qui permet de diminuer le taux horraire, ce que je qualifierais de négatif.

Après il faut ce rendre compte que le COVID va conduire à une baisse mondiale des salaires car beaucoup d'entreprises vont faire faillite ce qui va réduire la demande solvable. il y aura destruction de capital tandis que l'offre de travail mondiale va rester stable. D'où une baisse non compnesée du temps de travail mettra la compétitivité prix des entreprises en danger. Surtout les entreprises francaises qui hormis quelques secteurs (Luxe, aéronautique...) a une mauvaise réputation de qualité.

Pour les salariés:
-La répartition du temps de travail en permettant de réduire le chomage est une bonne chose en réduisant la souffrance sociale liée au travail. Par contre pour les salariés en poste elle pose de lourds problèmes en raison de l'importance des dépenses contraintes (Notament les crédits immobiliers) que la baisse ou la stagnation des salaires pour répercuter la baisse du temps de travail est difficile à gérer.
a écrit le 29/05/2020 à 10:53 :
Ce n'est pas parce qu'il existe des problèmes de société en France, qu'il faut en permanence, toujours tout changer. "Faire et défaire c’est toujours travailler". En France, on a un peu cette maladie, on s'imagine qu'à chaque fois, il suffit de faire des "réformes", et comme par magie, ça va améliorer les choses. Un parfait exemple en est les travaux incessants à Paris. L'évolution du temps de travail vers les 35h était logique et bien pensée. Pour ma part, j'ai plus de congés, et je travaille 7h30 par journée, et franchement, je trouve ça déjà beaucoup. Le système actuel est très bien. S'il y a un problème, il est ailleurs.
a écrit le 29/05/2020 à 10:31 :
Un débat d'un autre temps, surtout si l'on demande aux français de télétravailler. Il faut évidemment des règles pour le temps maximal de travail, mais pour le reste, le contrat de travail est là pour s'assurer de l'acceptation de part et d'autre de la durée de travail et des rémunérations et avantages, conditions, .. qui s'y adjoignent. Le name and shame est suffisant pour les grosses entreprises de ne pas abuser, la recherche de talents aussi, et il est toujours possible pour un employé d'aller voir ailleurs. Les règles générales, posées par des politiques et syndicats arc boutés sur une lutte des classes du XIXième siècle, sont une contrainte qui nuit à nos économies. Et il n'est pas temps de rouvrir un débat sociétal..
Réponse de le 29/05/2020 à 13:48 :
"Le name and shame est suffisant pour les grosses entreprises de ne pas abuser, la recherche de talents aussi, et il est toujours possible pour un employé d'aller voir ailleurs. "
Quel jargon médiatique! Le name & shame, la dénonviation en gros, et alors, le PDG saute, fusible ultime, et on continue, voir FT, Boeing etc...Les talenst, joli nom pour parler de la main d'oeuvre, dont d'ailleurs la plupart du temps les recruteurs sont incapables d'évaluer les ....talents. Quant à aller voir ailleurs, encore une jolie théorie libérale, c'est vrai il y ades jobs convenables, agréables et bien payés partout, les augmentations pleuvent et les loisirs augmentent. MdR. Encore un fidèle lecteur de journaux économiques du fond d'un fauteuil que l'on souhaite moelleux....
a écrit le 29/05/2020 à 10:07 :
Chacun sa messe chacun tuant irrémédiablement le travail, medef compris à part égal ce qui est en plus d'être obscurantiste et encore plus stupide de leur part puisque dégoûtant les gens de travailler pour eux et on ne fait pas grand chose d'un salarié qui vient bosser à marche forcée et les roumains et moldaves au rabais en ont bien plus vite marre d'être sous payés que le bangladais qui finira brûlé dans leurs usines.

Par ailleurs les 35 heures sont mortes dans la plupart des PME, les salaires sont aux ras des pâquerettes, les conditions de travail se dégradent du fait du dumping social européen et mondial, leurs incessantes et indécentes messes génèrent chaque jour un peu plus de désespoir général.

On voit bien qu'ils sont payés à pas faire grand chose tout ces gens, c'est déjà bien non ? Ils devraient être contents de pratiquer ce qu'ils génèrent, se suffire de cela s'ils étaient logique avec eux-même, si leur démarche étant en accord avec leur volonté profonde, et arrêter d'imposer à tous les gens d'être aussi feignants qu'eux. Tout le monde n'a pas envie d'enterrer le travail !

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