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ÉconomieFrance

Une nouvelle opération déminage à 10 milliards d'euros pour l'acte 2 de Macron

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 26 avril 2019 à 14:08 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:41

Macron assume de ne pas etre toujours sur "la meme ligne" avec merkel

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Impôt sur le revenu, réindexation des retraites, prime exceptionnelle prolongée... Jeudi soir, Emmanuel Macron a annoncé quelques mesures pour un montant évalué à 10 milliards d'euros. En revanche, de nombreux flous demeurent sur les financements.

"Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies", avait annoncé Emmanuel Macron le 10 décembre en réponse aux premières mobilisations des "gilets jaunes". Cinq mois après cette annonce, le Président de la République était attendu au tournant ce jeudi 26 avril dans la salle des fêtes rénovée de l'Elysée. Devant 350 journalistes et un aréopage de ministres et conseillers, le chef de l'Etat a multiplié les annonces de mesures sans vraiment susciter la surprise au regard du discours qui avait fuité dans la presse au lendemain de l'incendie de Notre-Dame-de-Paris. Le locataire de l'Elysée a, semble-t-il, lâché du lest sur un certain nombre d'engagements, notamment en matière de dépenses publiques. Et les calculettes devraient chauffer dans les couloirs de Bercy.

L'économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Pierre Madec a donné sur Twitter une première estimation de l'ensemble des mesures qu'il évalue à au moins 10 milliards d'euros en prenant en compte "les cinq milliards d'euros de baisses de l'impôt sur le revenu, les 1,5 milliard d'euros de réindexation des pensions inférieures à 2.000 euros et les 6-7 milliards de la suppression de la taxe d'habitation pour tous".

A cela s'ajoute, tout l'arsenal de dispositifs annoncés en décembre pour répondre à la colère des ronds-points. Au total, l'enveloppe pourrait s'envoler à plus de 20 milliards d'euros. En dépit de toutes ces annonces, les "gilets jaunes" s'apprêtent à manifester pour un acte 24. Et la perspective du premier mai prochain pourrait constituer un piège pour la Présidence si les syndicats multiplient les appels aux mobilisations.

L'abandon de l'objectif des 120.000 fonctionnaires en moins

Depuis mai 2017, le gouvernement a sans cesse réaffirmé sa volonté de maintenir la promesse de la suppression des 120.000 fonctionnaires d'ici la fin du quinquennat, dont 50.000 dans la fonction publique d'Etat et 70.000 dans les collectivités locales. L'objectif affiché était de réduire les dépenses publiques de trois points de PIB d'ici 2022, soit plus de 60 milliards d'euros. Mais ce jeudi soir, Emmanuel Macron s'est dit prêt à renoncer à cet objectif."Quand on doit réinvestir dans la sécurité, dans l'éducation et dans la justice, je ne vais pas donner des injonctions contradictoires au gouvernement", a déclaré le chef de l'Etat ajoutant qu'il assumerait "totalement si ce n'est pas tenable d'abandonner cet objectif".

La fonction publique pourrait faire l'objet d'une réorganisation avec un ancrage territorial plus prononcé. "Je veux qu'on remette plus de fonctionnaires sur le terrain qui apportent des solutions contrairement à la tendance depuis plusieurs décennies et qu'on supprime plus de postes en administration centrale. Avec cela le Premier ministre dès le mois prochain aura à présenter une profonde réorganisation de notre administration qui vise à donner plus de pouvoirs et de responsabilités au terrain, à ceux qui sont au contact de ces réalités."

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5 milliards d'euros de baisses d'impôt sur le revenu

La pression fiscale sur les classes moyennes est devenu un sujet de préoccupation majeur lors des réunions et sur les cahiers de doléance du Grand débat. Hier soir, Emmanuel Macron a exprimé son intention de baisser "significativement" l'impôt sur le revenu, à hauteur de 5 milliards d'euros. "Il me semble que la meilleure orientation pour répondre aux besoins de justice fiscale n'est pas d'augmenter les impôts de tel ou tel, mais plutôt de baisser les impôts pour un maximum de nos concitoyens, en particulier pour celles et ceux qui travaillent", a-t-il affirmé, en se référant spécifiquement aux classes moyennes.

Cinq tranches progressives existent actuellement pour l'impôt sur le revenu, dont s'acquittent 16,8 millions de foyers fiscaux, sur un total de 38,3 millions: 0%, 14%, 30%, 41% et 45%, pour les revenus supérieurs à 153.783 euros.

Réindexation des retraites

L'autre volet qui pourrait faire voler en éclat les promesses présidentielles relatives aux finances publiques est la réindexation des retraites. Le quadragénaire a évoqué "les retraités modestes dont j'ai un moment cru moi-même que leurs protestations n'étaient pas totalement légitimes - "vous me parlez de la CSG, regardez c'est quelques euros par mois" - mais qui vivent aujourd'hui avec l'angoisse de parfois devoir aider les générations suivantes qui ne s'en sortent pas totalement". Face à cette exaspération, le président de la République a affirmé qu'à partir du premier janvier prochain les retraites inférieures à 2.000 euros seraient réindexées et "qu'il n'y ait plus de sous indexation de quelque retraite que ce soit à partir de l'année 2021".

En revanche, il a maintenu son engagement sur la réforme des retraites. "Face au vieillissement, nous devons rebâtir un système de retraite juste par point [...] Cette refondation profonde elle sera présentée à l'été, elle se fera sur plusieurs années mais c'est une transformation radicale qui doit remettre de la confiance, de la justice, de l'efficacité dans notre système de retraite"

Prime exceptionnelle prolongée

Ce dispositif exceptionnel annoncé en décembre a bénéficié à près de 30% des salariés selon un récent sondage Ifop. Sans surprise, ce sont surtout les entreprises de plus de 500 salariés qui ont versé cette enveloppe à leur personnel à titre exceptionnel. Mais cette prime devrait être prolongée au moins en 2019. Emmanuel Macron  a annoncé "la répétition cette année de la prime exceptionnelle sans charges ni impôts décidée l'année dernière dans le cadre de l'intéressement des entreprises si elle décide d'apporter 1.000 euros de plus."

Un flou persistant sur la méthode et le financement

En revanche, le chef de l'Etat est resté très flou sur la méthode et l'agenda des finances publiques malgré les multiples questions des journalistes présents au château de l'Elysée. "Ces baisses, il faut expliquer comment on va les faire et comment on les finance. J'ai donc demandé au gouvernement de mettre en œuvre cette baisse d'impôts en la finançant par la suppression de certaines niches fiscales pour les entreprises, la nécessité de travailler davantage et des réductions de notre dépense publique". Dès ce vendredi matin, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a précisé que "la baisse de l'impôt sur le revenu sera effective au mois de Janvier 2020 à hauteur de 5 milliards d'euros : c'est une baisse de 10% pour les classes moyennes".

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Selon le ministre de Bercy, cette diminution "s'ajoute aux nombreuses baisses d'impôts déjà engagées depuis le début du quinquennat". De son côté, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a ajouté sur l'antenne de LCI que "cette baisse touchera 15 millions de foyers fiscaux "en adoucissant l'entrée dans l'impôt sur le revenu, en baissant les impôts des contribuables de la première et le deuxième tranche". Outre la baisse de la dépense publique, le locataire de l'Elysée a évoqué la suppression de certaines niches fiscales sur les entreprises sans préciser lesquelles étaient visées.

Grégoire Normand

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