A +4,9%, la croissance chinoise marque la reprise au troisième trimestre

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(Crédits : Thomas Peter)
Le PIB chinois a bondi au troisième trimestre. En parallèle, la part de marché de la deuxième puissance mondiale dans le commerce international depuis l’épidémie de Covid-19 est passée de 20% à 25%, grâce notamment aux exportations de produits médicaux et au télétravail.

Premier pays touché l'an dernier par le nouveau coronavirus et premier pays à commencer à sortir la tête de l'eau. Si les grandes économies ont été plombées par la pandémie de Covid-19 entre juillet et septembre, la Chine a vu bondir son PIB de +4,9% a annoncé le Bureau national des statistiques (BNS) lundi 19 octobre. Un chiffre sujet à caution mais scruté de près compte tenu du poids du pays dans l'économie mondiale.

Quoi qu'impressionnante en comparaison du reste du monde, cette hausse est inférieure aux prévisions d'un groupe d'analystes sondés par l'AFP (+5,2%). Et les Bourses de Shanghai et Shenzhen étaient en léger repli à la mi-journée.

La Chine apparaît comme un baromètre de la reprise espérée de l'économie mondiale. Le géant asiatique est le premier pays à avoir relancé son activité, grâce à des « confinements stricts, des tests de dépistage à grande échelle et un suivi des cas contacts », relève pour l'AFP l'analyste Ting Lu, de la banque d'affaires Nomura. En pleine pandémie et alors que le virus avait quasiment mis le pays à l'arrêt, la croissance avait connu au premier trimestre un plus bas historique (-6,8% sur un an). Le PIB a ensuite connu un rebond au deuxième trimestre (+3,2%), à la faveur d'une nette amélioration des conditions sanitaires.

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« Pas à l'abri »

Ces prochains mois, l'économie chinoise « va continuer à prendre de la vigueur », portée notamment par la consommation intérieure et les fêtes de fin d'année, généralement propices aux exportations, estime l'analyste Rajiv Biswas, du cabinet IHS Markit.

En septembre, les ventes de détail se sont ainsi inscrites à leur plus haut niveau depuis le début de l'année (+3,3% sur un an). Cet indicateur clé de la consommation, plombé par la pandémie début 2020, avait pour la première fois sorti la tête de l'eau en août (+0,5%). La production industrielle a elle aussi réalisé le mois dernier sa meilleure performance de l'année (+6,9%).

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Mais le secteur de l'exportation, un pilier de l'économie chinoise, reste particulièrement vulnérable au moment où les principaux partenaires commerciaux de Pékin, en particulier l'Union européenne, font face à une nouvelle vague de contaminations. Et la Chine, elle-même, « n'est absolument pas à l'abri d'une nouvelle vague », prévient Ting Lu. Après la découverte d'un mini-foyer de coronavirus, la métropole de Qingdao (est) a réalisé en catastrophe la semaine dernière le dépistage de plus de 10 millions de personnes.

Sur le front de l'emploi, le taux de chômage, mesuré en Chine uniquement dans les zones urbaines, s'est établi en septembre à 5,4% contre 5,6% le mois précédent. Particulièrement surveillé par le pouvoir, ce chiffre exclut de son calcul les millions de travailleurs migrants, fragilisés par la pandémie. Le taux de chômage avait atteint en février le record absolu de 6,2% de la population active urbaine. Il reste supérieur à son niveau d'avant-Covid.

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Conjoncture difficile

Ces derniers mois, plusieurs provinces ou communes ont lancé des opérations commerciales à coup de bons d'achat ou de réductions pour encourager la consommation et in fine soutenir l'emploi.

Quant à l'investissement en capital fixe, sa croissance s'affichait sur les neuf premiers mois de 2020 en hausse de +0,8% sur un an, selon le Bureau national des statistiques. C'est la première fois cette année que cet indicateur repasse en territoire positif.

La Chine devrait être la seule des grandes économies à afficher une croissance positive cette année. La semaine dernière, le Fonds monétaire international (FMI) a pratiquement doublé, à +1,9%, sa prévision de croissance économique pour la Chine en 2020, évoquant un « retour à la normale plus rapide que prévu ». Mais tout en se félicitant de la « reprise soutenue » enregistrée au troisième trimestre, le Bureau national des statistiques a mis en garde lundi contre les « risques et incertitudes » qui persistent.

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Du jamais vu

Une autre annonce est venue s'ajouter ce lundi 19 octobre : la Chine a accru à une vitesse inédite sa part de marché dans le commerce mondial depuis l'épidémie de Covid-19. Le contexte sanitaire et la forte demande en produits contre le nouveau coronavirus ont en effet largement porté les commandes chinoises. Si bien qu'environ 25% des exportations totales dans le monde proviennent désormais de Chine, constate une note publiée par l'assureur-crédit Euler Hermes.

Avant la pandémie, les exportations chinoises représentaient 20% du commerce mondial. D'après le rapport, aucun pays n'avait « augmenté aussi rapidement » sa part de marché durant une crise mondiale.

La part de marché de la Chine pour les produits utilisés contre le Covid atteint en moyenne 11,5% cette année, contre 8,8% sur la période 2017-2019. Concernant ceux liés au télétravail (ordinateurs, téléphones, écouteurs notamment), ils ont bondi à 33% du total mondial depuis l'épidémie contre 27,1% en moyenne sur les deux années ayant précédé la propagation du nouveau coronavirus.

L'étude relève ainsi que, grâce à l'épidémie, les exportateurs chinois ont d'une manière générale accru leurs parts de marchés dans la plupart des grandes économies, en particulier en Europe et en Asie. Les États-Unis font toutefois figure d'exception avec des importations chinoises en recul sur un an de -17,8% cette année, en raison des tensions géopolitiques entre Pékin et Washington. Ces prochains mois, « les exportations chinoises devraient rester robustes dans un contexte de résurgence du Covid-19 », estime l'étude.

(Avec Sébastien Ricci, AFP)

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