À la dérive, la première cargaison ukrainienne de céréales peine à trouver des acheteurs

Le « Razoni » a pris la mer le 1er août depuis Tchornomorsk. Depuis, son itinéraire ressemble à une course d'obstacles. Son premier client au Liban s'est désisté, en dénonçant la qualité dégradée des grains, et seuls 5% de sa cargaison a été vendue à un acheteur turc. La perspective d'un retour à la normale des ventes ukrainiennes de céréales dans le monde n'a jamais semblé si fragile, tout comme l'accord russo-turco-ukrainien qui l'a permis.
Un navire charge sa cargaison de céréales dans le port d'Odessa.
Un navire charge sa cargaison de céréales dans le port d'Odessa. (Crédits : Haropa)

S'est-on réjoui trop vite de la reprise des exportations ukrainiennes de céréales ? Si l'accord tripartite signé par les Russes, les Ukrainiens et les Turcs sous l'égide de l'ONU le 22 juillet laissait entrevoir l'espoir pour les Ukrainiens d'écouler une partie des dix milliards d'euros de céréales qui stagnent encore sur le territoire qu'ils contrôlent, il n'en est rien pour l'instant.

A peine une dizaine de bateaux chargés de céréales ont quitté les ports ukrainiens d'Odessa et de Tchornomorsk. Pire, ces cargaisons peinent maintenant à trouver des débouchés. A ce titre, l'exemple le plus frappant est celui du « Razoni ». Le premier navire a quitté un port ukrainien depuis le début de la guerre connaît une longue errance depuis le 1er août. Alors qu'il avait déjà pris la mer, son acheteur initial, vraisemblablement basé au Liban, qui avait passé commande avant la guerre, a finalement renoncé à acquérir la cargaison, prétextant le retard de la livraison imputable à la guerre, alors même qu'une cérémonie était prévue avec les diplomates à Tripoli au Liban.

La qualité des grains en question

Mais la première raison réside dans la qualité des grains, qui s'est sérieusement dégradée après plusieurs mois passés dans la cale du Razoni. En effet, il est courant que des navires prennent le large sans savoir exactement qui sera leur client final, l'affréteur attendant la meilleure offre en fonction des cours très volatils des matières premières agricoles. Et si un nouvel acheteur s'est manifesté, à Mersin sur la côte méridionale turque, il ne devrait acquérir que 5% des 26.000 tonnes que transporte le Razoni. Quid des 95% restants, de moins en moins vendable à mesure que le temps passe ?

La Turquie ne figure même pas sur la liste des pays les plus ébranlés par la pénurie de blé et de maïs en provenance d'Ukraine. Il est ainsi envisageable que des nations du monde africain ou arabe comme l'Egypte se saisisse de cette cargaison à la dérive. Les difficultés du Razoni confirment les doutes de spécialistes du négoce qui voyaient de nombreux obstacles à une reprise réussie du commerce de céréales depuis l'Ukraine.

Un accord bien fragile

En effet, les navires sont forcés de sillonner dans des zones ultra-militarisées, notamment proches des côtes d'Ukraine et de Crimée, où les bâtiments de guerre de la marine russe cohabitent avec les mines sous-marines larguées par les Ukrainiens.

L'hypothèse d'un « accident » qui coule un de ces bateaux commerciaux est évoqué par les experts du secteur, qui doutent notamment que la Russie laisse l'Ukraine s'enrichir significativement par l'export de céréales. Toutefois, Moscou se trouve également sous la pression de ses partenaires africains qui, comme l'ont rappelé à Vladimir Poutine le président de l'Union africaine et le président du Sénégal Macky Sall à Sotchi le 3 juin, jugent être injustement « victimes » du conflit en Ukraine qui les privent de blé pour nourrir leur population. Si la Russie a accepté de faire un geste à travers cet accord, rien ne dit qu'il sera durable, d'autant plus si les navires qui arrivent à bon port peinent à trouver des clients.

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Commentaires 15
à écrit le 16/08/2022 à 0:53
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Le raffiot, le capitaine, l'équipage et l'armateur sont pas près de revenir de sitôt en Ukraine moi j'vous l'dis. Pis chuis pas sur que d'autres y aille aussi vu la galère du premier.

à écrit le 15/08/2022 à 7:31
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On nous prend vraiment pour des c..s Le ble *indispensable * pour la population mondiale, il y a naguère et devenu une marchandise futile.....

à écrit le 13/08/2022 à 20:56
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Après la qualité de la peinture des Airbus, la qualité du maïs ukrainien remise en question par des orientaux... L'Ukraine devrait sérieusement revoir ses liens commerciaux à l'international et s'orienter vers des partenaires un peu plus fiable...

à écrit le 13/08/2022 à 14:04
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Oui on prend les africains pour des cons et des irréfléchis. Maintenant que personne n en veut on veut nous les proposer. Cela me rappel les vaccins covid. D abord on vaccine les occidentaux et s il reste des doses on donne à l' afrique. Donc en g...

à écrit le 13/08/2022 à 12:50
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Rien de ce qui touche l'Ukraine n'est décidément clair. Une malédiction. Lancée par les Russes, sans aucun doute...

à écrit le 13/08/2022 à 11:24
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Ça fait plaisir de lire des commentaires lucides, ouf ! L'Ukraine... un pays qu'on connaissait à peine, dont on n'avait rien à faire mais qui nous fournit tout (lol) donc un pays riche mais avec une population qui a un salaire mensuel moyen de 300eur...

à écrit le 13/08/2022 à 9:13
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Ne pas trouver d'acquéreurs. Cela veut-il dire que finalement il n'y a pas de pénurie et que les cris de famine étaient ???

à écrit le 12/08/2022 à 22:06
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mdr j'avais même pas imaginé que cette supercherie avec le monde qui est en danger de famine à cause de blocus de céréales ukraniens par les méchants russes. et là on se rend compte que personne ne veut de ce céréales. déjà en 2021 l'Ukraine...

à écrit le 12/08/2022 à 20:52
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Le bordel organisé par l'occident, avec en tête les USa comme toujours, est flagrant . zelensky n'a qu'a s'en prendre à ses sponsors, lui qui adore la com'. Le monde de la vraie fausse information est là pour le soutenir coute que coute....!

le 13/08/2022 à 10:39
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Tout à fait, le seul pays qui profite c'est celui qui à fait croire aux ukrainiens qu'ils rentreraient dans l'OTAN et dans l'UE pour provoquer Poutine qui n'avait déjà pas besoin de ça . Maintenant, débrouillez vous, naifs européens, pour nous ça va ...

à écrit le 12/08/2022 à 20:51
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Le bordel organisé par l'occident, avec en tête les USa comme toujours, est flagrant . zelensky n'a qu'a s'en prendre à ses sponsors, lui qui adore la com'. Le monde de la vraie fausse information est là pour le soutenir coute que coute....!

à écrit le 12/08/2022 à 17:07
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que de combines vaseuses avec l'Ukraine ! ainsi vendre des grains au Liban quand on sait que les entrepôts de Beyrouth se sont effondrés ou ont brûlé ; et l'Occident inonde l'Ukraine et ses dirigeants de milliards sans le moindre contrôle de ce que c...

le 13/08/2022 à 0:46
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tu préfères sans doute que les ukrainiens soit reduits en esclavage par les sbires de poutine?

à écrit le 12/08/2022 à 16:22
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Le plus simple, c'est encore de consommer local. Si un pays n'a pas de blé ? Et bien il ne fait pas d'enfants

le 12/08/2022 à 18:28
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@Charlie...Je vous encourage à relire ce que vous avez écrit. En serez vous encore fier au bout de 3ou4 relectures?

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