Avec Biden, l'industrie pétrolière américaine est mise sous pression

Le président américain a annoncé ce mercredi un moratoire sur les forages d'hydrocarbures sur les terres et les eaux fédérales confirmant ses promesses de campagne. Il a également annoncé la tenue d'un sommet international sur le climat le 22 avril, organisé par son pays.
Robert Jules
Joe Biden.
Joe Biden. (Crédits : Reuters)

Pour le secteur pétrolier étasunien, l'arrivée de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis n'est pas une bonne nouvelle. Juste après avoir prêté serment, il avait signé un décret en faveur du retour de la première économie mondiale dans l'Accord de Paris sur le climat. Dans la foulée, il avait décidé la suspension pour 60 jours de l'attribution des permis de prospection et d'exploitation des hydrocarbures. Sans attendre la fin de la période, il annonce ce mercredi un moratoire et l'organisation par les Etats-Unis d'un sommet mondial sur le climat le 22 avril, pour célébrer le jour de la Terre.

C'est un signe fort que la page Trump est bien tournée en matière énergétique et climatique. Certaines nominations dans son administration n'étaient d'ailleurs pas passées inaperçues. Ainsi, celle de Marissa Knodel comme conseillère au Bureau of Ocean Energy, une entité qui avait été créée en 2010, après la marée noire provoquée par l'explosion d'un plateforme pétrolière de BP dans le golfe du Mexique, pour contrôler l'exploitation du pétrole offshore et favoriser le développement des énergies renouvelables. Cette juriste, qui a déjà un long passé de militante écologiste, notamment au sein des Amis de la Terre, mène depuis des années une campagne contre l'exploitation des hydrocarbures.

Exemple emblématique de cette politique pétrolière restrictive, la poursuite de la construction du pipeline canado-américain Keystone XL a été bloquée en raison de son impact environnemental. Le sujet est devenu polémique, le Premier ministre canadien Justin Trudeau regrettant cette décision.

Retour à la politique d'Obama

S'agit-il d'un changement radical ? En réalité, c'est un retour à la politique menée par l'administration Obama, qui se durcit en raison du retard pris pendant les quatre années écoulées. En effet, dès les premiers jours de son mandat, Donald Trump avait levé toutes les restrictions légales liées à la protection environnementale pour favoriser les prospections et exploitations des secteurs des hydrocarbures et miniers sur les terrains appartenant à l'Etat fédéral. Cela avait fait s'envoler la production pétrolière du pays à des niveaux records historiques, à plus de 12 millions de barils par jour (mbj), en 2019.

Aujourd'hui, ces terrains fédéraux représentent 22% de la production pétrolière du pays, 12% de gaz naturel et 40% de charbon. La question est de savoir si les nouvelles autorités vont étendre leurs restrictions aux terrains privés. Si l'on en croit la nouvelle orientation de la politique de lutte contre le réchauffement climatique, les analyses scientifiques vont primer sur les seules considérations économiques.

Ces restrictions vont surtout affecter la "révolution du fracking", qui a permis aux Etats-Unis de devenir le premier producteur mondial de pétrole et atteindre l'indépendance sur le plan énergétique. Le nombre de puits exploités a chuté depuis un an, passant de 683 à 267 en un an.

US Oil Rig Count (Ycharts)

US Oil Rig Count

Le choix de Biden affole le secteur, car ces restrictions vont supprimer des emplois, 1 million d'ici 2022, selon un rapport de l'Institut américain du pétrole, et amputer les revenus pour les pouvoirs publics de quelque 9 milliards de dollars.

Baisse de la demande de 12% aux Etats-Unis

Pour autant, cette politique ne fait qu'accélérer une tendance en cours. Selon l'Agence d'information de l'énergie américaine, la production de pétrole brut aux Etats-Unis a atteint 11,3 mbj en 2020, soit 1 mbj de moins qu'en 2019, une baisse liée à la demande et à des prix du baril faibles, qui a contraint nombre de producteurs à suspendre leurs extractions. La consommation de produits pétroliers a chuté de 12% en 2020 par rapport à 2019, pour tomber à 18,1 mbj, en raison de la pandémie qui a restreint l'activité des transports.

Un mouvement que l'on retrouve au niveau mondial avec une demande de brut qui a baissé de 9,78% en 2020 par rapport à 2019, à 90,01 mbj, selon le dernier rapport mensuel établi par les experts de l'Opep. Elle devrait remonter à plus de 95 mbj en 2021, estimation optimiste qui ne prend pas en compte la probabilité d'un troisième re-confinement en Europe, lié à la mutation du virus.

Cette configuration du marché pétrolier qui a pesé sur les prix du baril inquiète les pays producteurs dont les revenus reposent sur la rente pétrolière. Lors de la dernière réunion de l'Opep+ (comprenant la Russie et d'autres pays producteurs non membres), l'Arabie Saoudite avait surpris le marché en annonçant une réduction unilatérale de ses extractions de 1mbj.

Le cours du baril de brent évoluait ce jour légèrement au-dessus de 56 dollars, bien au-dessus de son dernier point bas, atteint fin octobre à quelque 38 dollars. Mais la détermination affichée par Joe Biden risque à nouveau de peser lourdement sur les cours.

prix du pétrole



Robert Jules

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Commentaire 1
à écrit le 27/01/2021 à 22:00
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Tout ça, c'est juste de la com. Le secteur du pétrole de schiste est déficitaire depuis le début, et sinon, la plupart des gisements pétroliers et gaziers mondiaux s'épuisent. Le pic oil est une réalité, non pas voulue, mais subie. Le monde entier es...

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