Coronavirus : Trump sous le feu des critiques, l'Allemagne en soutien à l'économie, le poumon économique de l'Italie mis sous cloche

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Accusé d'avoir déformé la réalité de l'épidémie, Donald Trump a accusé les médias de désinformation d'essayer de présenter son gouvernement sous un mauvais jour.
Accusé d'avoir déformé la réalité de l'épidémie, Donald Trump a accusé les "médias de désinformation" d'essayer de présenter son gouvernement "sous un mauvais jour". (Crédits : Reuters)
Le président américain a défendu l'action de son gouvernement, après des critiques sur la lenteur et les ratés de la lutte contre le coronavirus. Dans le même temps, l'Allemagne a annoncé un paquet de mesures visant à soutenir son économie face à l'incidence du Covid-19, tandis que le gouvernement italien a décidé de frapper fort en soumettant à une stricte quarantaine le poumon économique du pays, et sa capitale Milan.

Le président américain Donald Trump a défendu dimanche l'action de son gouvernement après des critiques sur la lenteur et les ratés de la lutte contre le coronavirus, qui continue de se propager aux États-Unis.

Au total, plus de 500 personnes y ont contracté le Covid-19, qui a fait au moins 21 morts, dont 17 ayant un lien avec une maison de retraite de l'État de Washington (nord-ouest).

Le sénateur du Texas et ancien candidat à la présidentielle de 2016, Ted Cruz, a annoncé dimanche soir sa mise en quarantaine volontaire. Il avait serré la main à une personne porteuse du virus lors du récent grand rendez-vous annuel des conservateurs, auquel ont également participé M. Trump et son vice-président Mike Pence.

Trente États, ainsi que la capitale fédérale Washington, sont désormais touchés, poussant l'État de New York (où 89 cas ont été confirmés), la Californie et l'Oregon à décréter l'état d'urgence.

Cette mesure administrative permet de libérer rapidement des fonds fédéraux, a expliqué dimanche Kate Brown, gouverneure de l'Oregon (nord-ouest), où quatorze cas ont été répertoriés.

Accusé d'avoir déformé la réalité de l'épidémie, Donald Trump a accusé les "médias de désinformation" d'essayer de présenter son gouvernement "sous un mauvais jour".

"Nous avons un plan parfaitement coordonné et bien préparé à la Maison Blanche", a-t-il tweeté dimanche.

Le milliardaire républicain a plusieurs fois minimisé la dangerosité du coronavirus, déclarant dans un premier temps qu'il allait disparaître en avril grâce à la hausse des températures. Il a aussi semblé encourager les personnes infectées à ne pas s'isoler, en totale contradiction avec les consignes officielles de mise en quarantaine volontaire.

Il a également émis des doutes sur les statistiques de l'Organisation mondiale de la santé concernant le taux de mortalité du virus.

Lire aussi : Coronavirus: 8,3 milliards aux États-Unis, 7,5 milliards en Italie... comment les gouvernements tentent de juguler l'épidémie

  • "Erreurs"

Les États-Unis ont décrété début février des interdictions d'entrée sur le territoire aux voyageurs étrangers s'étant récemment rendu en Chine, et imposé des quarantaines.

Pour certains épidémiologistes, ces mesures ont retardé l'arrivée du coronavirus mais la Maison Blanche a tardé à établir une stratégie contre l'épidémie.

Mike Pence a été nommé coordinateur de la lutte contre le virus le 26 février seulement.

La confection de kits de dépistage du Covid-19 a également connu des ratés, en donnant parfois des résultats non concluants et les autorités sanitaires ont été lentes à les distribuer.

Elles ont aussi mis du temps à procéder de manière plus systématique à des tests dès les premiers cas connus de "contamination communautaire", c'est-à-dire d'une personne n'ayant ni voyagé dans les zones à risques ni été en contact avec un autre malade confirmé.

Par ailleurs, le gouverneur démocrate de l'État de New York Andrew Cuomo a reproché dimanche à l'administration Trump d'avoir été "prise au dépourvu" et d'avoir "menotté" la capacité d'action des États, notamment en réservant au Centre de contrôle des maladies d'Atlanta l'habilitation à analyser les kits de dépistage au début de l'épidémie.

  • Passagers en quarantaine

"On est passé d'une position de confinement [...] à une phase d'atténuation des risques", a expliqué dimanche Jerome Adams, médecin en chef des États-Unis, sur CNN.

Plus de quatre millions de kits devraient être disponibles d'ici la fin de la semaine prochaine, a-t-il fait savoir, avertissant d'une augmentation à venir des personnes infectées et des décès à mesure que les détections se multiplient.

Anthony Fauci, un responsable de la cellule anti-virus à la Maison Blanche, n'a pas exclu sur Fox News d'éventuelles mises sous quarantaine de grandes zones peuplées ou de villes entières, comme en Italie.

"Je ne veux pas alarmer les gens mais vu la propagation constatée, tout est possible", a expliqué le directeur de l'Institut américain des maladies infectieuses.

Les autorités californiennes ont indiqué dimanche que les passagers d'un navire de croisière où 21 cas de coronavirus ont été détectés seraient placés en quarantaine ou admis dans des hôpitaux après leur débarquement à partir de lundi à Oakland.

Le Grand Princess transporte 3.500 passagers, dont "plusieurs centaines" d'étrangers qui seront rapatriés, et membres d'équipage.

L'épidémie a également entraîné l'annulation de plusieurs grands événements aux États-Unis. La plus spectaculaire a été celle du tournoi de tennis d'Indian Wells, en Californie, qui devait débuter lundi.

Mais les deux principaux candidats de la primaire démocrate, Joe Biden et Bernie Sanders, deux septuagénaires, n'ont pas renoncé aux réunions publiques de campagne, pas plus que le président Trump.

L'Allemagne adopte des mesures de soutien à l'économie

Le gouvernement allemand a annoncé, ce lundi matin, un paquet de mesures visant à soutenir son économie face à l'incidence du coronavirus, qui fait craindre une récession dans la première puissance européenne.

Lire aussi : Coronavirus: l'industrie allemande craint "sa plus longue récession depuis la Réunification"

Il a aussi appelé à interdire dans les prochaines semaines tous les rassemblements de plus d'un millier de personnes dans le pays, où l'inquiétude grandit de jour en jour face à l'épidémie.

Les principales mesures économiques concernent le recours facilité pour les entreprises en difficulté au chômage partiel de leurs salariés, l'octroi de prêts en cas de difficultés de trésorerie et le blocage d'une enveloppe supplémentaire de 12,8 milliards d'euros sur quatre ans pour des investissements d'infrastructure.

Ces décisions ont été prises à l'issue d'une réunion de plusieurs heures, débutée dimanche soir, des partis de la coalition gouvernementale de la chancelière Angela Merkel, conservateurs et sociaux-démocrates.

Concernant le chômage partiel, les entreprises voulant profiter du financement par l'État doivent d'ordinaire prouver qu'au mois un tiers de leurs salariés sont concernés par un problème temporaire affectant la production. Dans le cas du coronavirus, ce quorum va être abaissé à 10%.

L'Allemagne y avait massivement eu recours lors de la crise financière de 2008, ce qui avait permis au bout du compte de préserver de nombreux emplois.

"Nous n'allons pas vous laisser tomber, nous allons vous aider à surmonter cette période difficile", a promis le ministre de l'Économie Peter Altmaier.

  • Pas de plan de relance

Concernant l'enveloppe d'investissements supplémentaire, elle est prévue sur la période 2021-2024 pour les secteurs des transports, de la construction de logement et du secteur numérique notamment.

Le gouvernement a aussi annoncé des mesures d'assouplissement fiscal, comme des règles d'amortissement plus favorables.

Ce paquet va toutefois moins loin que ce qu'espéraient les sociaux-démocrates (SPD) du gouvernement. Ces derniers plaident en faveur d'un plan de relance en bonne et due forme.

Le ministre SPD des Finances Olaf Scholz voulait ainsi avancer une baisse d'impôt prévue ou encore assouplir les règles budgétaires très strictes du pays en vue d'effacer la dette de nombreuses communes en difficulté, en la faisant reprendre par l'État fédéral à hauteur de 40 milliards d'euros.

Mais les conservateurs, très attachés à l'orthodoxie budgétaire, s'y sont dans l'immédiat refusés.

Le nombre de cas de contamination au coronavirus s'approche en Allemagne de la barre du millier. Après l'Italie et la France, elle est le pays européen le plus touché.

Le poumon économique de l'Italie mis sous cloche

Confronté à l'épidémie de coronavirus, le gouvernement italien a frappé fort dimanche en décidant de soumettre à une stricte quarantaine le poumon économique du pays et sa capitale Milan.

Lire aussi : Coronavirus : les six principales mesures de quarantaine dans le monde

Dans ce large territoire du nord du pays qui s'étend de Milan à Venise et où vivent plus de 15 millions d'Italiens, soit un quart de la population, les musées, salles de sports, piscines, discothèques, salles de jeux et pubs doivent rester fermés, selon le décret signé dans la nuit par le chef du gouvernement Giuseppe Conte.

La population de Milan, alertée dès samedi soir par des fuites dans les médias italiens, s'est comme résignée à une vie au ralenti. Les rues étaient peu fréquentées et calmes dimanche, selon un journaliste de l'AFP sur place.

La colère a en revanche éclaté dans certaines prisons, particulièrement dans le nord. Des révoltes de détenus, provoquées par la suspension des visites familiales, ont ravagé quatre centres de détention, faisant au moins un mort à Modène (nord) selon une association de visiteurs de prisons.

"Restez chez vous le plus possible", a exhorté le maire de Milan Beppe Sala dans un message publié sur les réseaux sociaux. "Nous devons changer nos habitudes de vie, nous devons éviter le plus possible les contacts non nécessaires", a ajouté l'édile, qui évoque des "pertes incalculables" pour l'économie.

Milan, siège de la Bourse italienne, compte un peu moins de 1,4 million d'habitants, et dix millions de personnes vivent en Lombardie, cœur industriel de la péninsule.

"Ça va être difficile pour l'économie et le tourisme, qui vont être très affectés", commente auprès de l'AFP un élégant retraité de 79 ans, Ambrogio Bellini, qui se promène près de la cathédrale.

  • 366 morts

L'appel du maire semble avoir été étendu: aucune affluence extraordinaire à la gare centrale, très calme, où ont même été annulés des départs. Les deux aéroports milanais fonctionnent normalement, même si la compagnie nationale Alitalia a annoncé qu'elle suspendait dès lundi ses vols à Malpensa et programmerait seulement des vols nationaux à Linate.

Des journalistes de l'AFP dépêchés à la frontière franco-italienne n'ont pas non plus constaté de flux plus importants que d'habitude, et les contrôles restent classiques, sans prise de température.

Côté autrichien, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Peter Guschelbauer a estimé samedi que "de nombreuses personnes (autrichiennes) en provenance des zones rouges étaient rentrées" en Autriche, cité par l'Agence de presse autrichienne APA.

L'Italie est devenue dimanche le pays le plus touché par l'épidémie de coronavirus après la Chine, selon un décompte effectué par l'AFP à partir de chiffres officiels.

La péninsule a enregistré depuis le début de l'épidémie 7.375 cas positifs, dont 366 décès. En 24 heures ont été recensés 133 nouveaux décès. Les 21 régions italiennes sont toutes concernées, mais l'essentiel des cas sont concentrés dans le nord.

  • "Pure folie"

Depuis dimanche matin, les déplacements sont en principe strictement limités à l'entrée et à la sortie des territoires sous quarantaine.

"Les forces de police seront habilitées à demander des justifications" aux citoyens qui se déplacent, a prévenu le chef du gouvernement Giuseppe Conte en présentant son décret au milieu de la nuit de samedi à dimanche. Seuls sont autorisés ceux répondant à des "impératifs professionnels dûment vérifiés et à des situations d'urgence, pour des raisons de santé".

Dans les zones en quarantaine, les bars et restaurants peuvent rester ouverts à condition de respecter la distance de sécurité (un mètre entre deux personnes), sinon ils doivent fermer.

Les mesures de confinement concernent toute la région de Lombardie, mais aussi des provinces proches du Piémont (nord-ouest) de l'Émilie-Romagne (centre-nord), de la région des Marches (centre-est), et de Vénétie (nord-est).

À Venise, où les gondoles vides de touristes flottent tristement le long des quais, Vincenzo Tosetti, un acteur de 34 ans, témoigne: "Beaucoup de mes amis ont fui, notamment de Milan. Ils ont fait leur valise et sont partis hier soir". "On va voir si les Italiens ont le sens des responsabilités et je dois dire que jusqu'à présent la réponse est plutôt non..."

La presse italienne avait éventé dès samedi soir le contenu du décret du gouvernement italien paru durant la nuit, provoquant l'ire du chef du gouvernement.

Le professeur Massimo Galli, dont l'équipe a isolé une variante italienne du virus, a indiqué à l'AFP qu'il s'agissait d'une "désastreuse erreur de communication" et d'une "idiotie absolue".

La fuite d'habitants est "une pure folie" car les voyageurs "emportent avec eux la contagion", s'est aussi inquiété le professeur de virologie Roberto Burioni, un scientifique respecté.

Lire aussi : Coronavirus : l'Italie ferme sur tout son territoire musées, théâtres, cinémas, salles de spectacle...

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Commentaires
a écrit le 09/03/2020 à 14:32 :
On ne connaît pas les Etats-Unis et on ne sait pas grand-chose de son fonctionnement, mais on commente quand même. Trump est méchant. Un vrai méchant qui ne sait rien.
En tant que lecteur, je sais ce qu'il y a de mieux pour les Américains. Trump doit être critiqué, matin, midi et soir. C'est comme ça. J'ai les yeux rivés en permanence sur les Etats-Unis et je m'intéresse au moindre fait divers qui s'y passe tout en niant que je m'y intéresse de façon excessive, voire maladive. Chaque jour, je dois lire et commenter au moins deux articles négatifs sur Trump. C'est mon obsession.
En France, tout va bien. La France lutte mieux que quiconque contre le coronavirus. Son système de santé est "le meilleur au monde". Oui, la France fait nécessairement mieux que tous les autres. Et le petit Macron est un génie que la planète terre envie au "plus beau pays du monde".
Hallucinant !
Réponse de le 09/03/2020 à 16:14 :
Parfaitement d' accord , Trump est l' obsession des néoconservateurs qui veulent le dézinguer depuis le début de son mandat avec une presse globale à ce service et qi n' y parviennent pas ; rassurez-vous la mode France est d' encenser le néolibéral Macron et pour les mêmes raisons, le premier est un nationaliste qui travaille pour son pays, le second un globaliste qui travaille pour le pays des autres..
a écrit le 09/03/2020 à 14:12 :
les journalistes "tartinent" sur ce qui se passe ailleurs en "oubliant" l'Etat français qui parle beaucoup mais ne fait rien d'utile.
Exemple: les médecins généralistes qui reçoivent 50 masques chirurgicaux qui ne servent à rien pour les personnes saines (!!) qui doivent porter un FFP2. Trump dit moins de bêtises que Macron, et il protège bien mieux son peuple.
a écrit le 09/03/2020 à 12:12 :
Beaucoup d'américains n'ont qu'un couverture santé très basique, voire même inexistante.Et rappelons qu'aux USA, tu payes, ou tu crèves.

Certains américains, inquiets se sont fait tester.
Montant de la facture: 1500 $ à 3500 $. Paradoxe, si vous vous faites dépister et que le résultat est négatif, les assurances considèrent que vous avez abusé du système et ne paient pas, voire même vous expulsent.

Des centaines de milliers d'américains vont effectivement tomber malade et faute d'accès aux soins vont retarder l'inévitable en continuant à travailler jusqu'à la fin, en devenant des bombes virales qui vont propager l'épidémie.

Ca va devenir compliqué pour Trump de soutenir sa politique anti-welfare alors que l'épidémie va en démontrer l'inhumanité et inefficacité.
a écrit le 09/03/2020 à 9:38 :
Trump n'en n'est pas à une "couillonade" près. Tant pis pour lui, c'est sa réélection qui est en péril. Il doit sans doute penser qu'avec les millions d'armes en circulation aux US, ils vont pouvoir éradiquer le virus.

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