Etats-Unis : déjà plus d'un mois de "shutdown"

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Donald Trump est inflexible : il mettra fin au shutdown lorsque le Sénat aura voté la construction d'un mur à la frontière entre le Méxique et les Etats-Unis.
Donald Trump est inflexible : il mettra fin au "shutdown" lorsque le Sénat aura voté la construction d'un mur à la frontière entre le Méxique et les Etats-Unis. (Crédits : CARLOS BARRIA)
Le ministre américain au Commerce Wilbur Ross s'est fait étrillé, jeudi 24 janvier, pour des propos illustrant le manque d'empathie du gouvernement de Donald Trump envers les Américains affectés par le plus long "shutdown" de l'histoire du pays. Ce dernier dure depuis plus d'un mois.

Un nouveau record pour Donald Trump. Le locataire de la Maison-Blanche est responsable du plus long "shutdown" de l'histoire des Etats-Unis. Et comme si cela ne suffisait pas le ministre américain au Commerce Wilbur Ross a été vivement critiqué, jeudi 22 janvier, pour des propos illustrant le manque d'empathie du gouvernement de Donald Trump envers les Américains affecté par le shutdown. Le multimillionnaire a déclaré sur la chaîne CNBC "ne pas bien comprendre pourquoi" des fonctionnaires fédéraux, dont certains ne perçoivent aucun salaire depuis plus d'un mois, ont recours à des soupes populaires ou à des banques alimentaires.

Ils pourraient, selon lui, obtenir des prêts à des taux d'intérêt bas. "Il n'y pas de bonne excuse pour parler de crise de trésorerie" dans les foyers touchés, a ajouté ce proche de Donald Trump sur un ton docte. Ces déclarations ont valu à M. Ross d'être comparé à la reine de France Marie-Antoinette par les deux chefs des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi et Chuck Schumer. Ils ont fait une analogie avec la fameuse phrase attribuée à la souveraine pendant la disette de 1789: "S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche! "

"Ces propos sont effroyables et illustrent l'indifférence cruelle du gouvernement à l'égard des employés fédéraux", a commenté M. Schumer. Mme Pelosi a évoqué elle l'attitude de "fils à papa" de Wilbur Ross.

"Des vacances" pour les fonctionnaires

Les commentaires du secrétaire d'Etat au Commerce ont rapidement figuré en haut des sujets les plus débattus jeudi sur Twitter.  L'insistance du président Trump à réclamer 5,7 milliards pour financer un mur à la frontière sud des Etats-Unis, et la détermination des démocrates à ne pas céder, empêche depuis le 22 décembre l'adoption d'un budget fédéral. En conséquence, environ 800.000 fonctionnaires fédéraux américains ne touchent aucun salaire. Leur paie sera versée rétroactivement, mais en attendant certains ont commencé à chercher des boulots d'appoint. Des centaines de milliers de contractuels sont également au chômage technique et ne recevront, eux, aucune compensation.

"Certains d'entre nous ne peuvent plus payer l'essence pour aller au travail, pour faire garder les enfants...", a confié jeudi Rachael Abraham, une agente chargée de la sécurité dans les aéroports et donc obligée de travailler même sans être payée, son poste étant jugé essentiel. Les témoignages de ce genre sont légion dans les médias américains, mais ne semblent pas émouvoir l'administration Trump. Le président du groupe des conseillers économiques de la Maison Blanche, Kevin Hassett, a même estimé début janvier que le "shutdown" offrait "des vacances" aux fonctionnaires fédéraux sans qu'ils aient à poser de jours de congé.

"De grands patriotes"

Un brin plus sensible, la belle-fille de Donald Trump a elle reconnu que c'était "un peu douloureux" pour certaines familles de payer les factures, les emprunts, les loyers... "Ce n'est pas juste, mais ce qui se joue est beaucoup plus important", a ajouté Lara Trump sur la chaîne digitale Bold TV. Quant au président, il évite au maximum d'aborder le sujet, ou minimise l'impact du "shutdown". Pressé par les journalistes, le magnat de l'immobilier avait concédé le 6 janvier "comprendre" les difficultés des fonctionnaires, tout en ajoutant : "Je suis sûr que les gens (...) vont faire les ajustements" nécessaires.

Jeudi, il a utilisé la même ligne pour défendre son ministre Wilbur Ross. "Peut-être aurait-il dû dire les choses différemment", a concédé le président. "Je pense qu'il essayait probablement de dire qu'ils allaient s'en sortir". En d'autres occasions, Donald Trump a retourné la perspective, assurant que les fonctionnaires le soutiennent et se "sacrifient" pour les Etats-Unis. "A tous les gens formidables qui travaillent dur pour notre pays et ne sont pas payés je veux dire MERCI - VOUS ETES DE GRANDS PATRIOTES", a-t-il ainsi tweeté dimanche.Au tout début de la crise, il avait livré dans un tweet une possible explication à sa relative indifférence: "La plupart des personnes qui ne sont pas payées sont des démocrates..."

 Jeudi 24 janvier, les sénateurs américains se prononçaient sur un plan de sortie du "shutdown", élaboré par Donald Trump. Or, il n'a pas atteint le nombre de voix nécessaires à sa mise au vote, au 34e jour de paralysie partielle des administrations aux Etats-Unis. Le texte, qui intégrait l'enveloppe pour le mur réclamé par le président américain à la frontière avec le Mexique ainsi qu'une concession concernant le sort d'un million d'immigrants illégaux, devait obtenir 60 voix pour être soumis au vote du Sénat, mais il n'avait que peu de chances d'aboutir, les républicains ne détenant que 53 des 100 sièges à la chambre haute.

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 26/01/2019 à 7:02 :
Ce n'est pas chez nous que des députés oseraient refuser le budget proposé par le gouvernement; il est vrai que la France est placée derrière les USA, en matière de démocratie. Lors de l'élection du Pape, les cardinaux sont enfermés jusqu'à bonne fin; pourquoi ne pas envisager le même procédé aux USA; en France, on pourrait envisager de payer nos élus au SMIC tant que le déficit budgétaire n'est pas revenu dans les clous.
a écrit le 25/01/2019 à 15:51 :
Je pense qu'on ne parle pas assez de la responsabilité d'un troisième acteur de ce drame et qui se fait passer pour un figurant: les minoritaires du congrès et qui sont suffisamment majoritaires pour bloquer une décision aux 2/3 des votes.

Rien ne les oblige à suivre la doctrine de Trump mais ils le font quand même.

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