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Fuites des gazoducs Nord Stream : la Russie ouvre une enquête pour « acte de terrorisme international »

latribune.fr

Publié le 28 septembre 2022 à 18:04 - Mis à jour le 29 septembre 2022 à 18:27

Gazprom annonce avoir termine la construction du gazoduc nord stream 2

Le sabotage des gazoducs semble l'hypothèse la plus probable pour expliquer les fuites, reste à identifier le coupable.

Hannibal Hanschke

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'Europe soupçonne Moscou d'être derrière les fuites massives détectées après des explosions ayant touché les gazoducs Nord Stream. Mais le Kremlin juge « stupide et absurde » de soupçonner ainsi la Russie. Même, plus tard dans la journée, Moscou a annoncé avoir ouvert une enquête pour « acte de terrorisme international ». Les gazoducs Nord Stream 1 et 2 ont été endommagés par des explosions sous-marines au large d'une île danoise en mer Baltique, provoquant de vastes bouillonnements. Hors service à cause de la guerre en Ukraine, ils contenaient tout de même du gaz.

[Article mis à jour mercredi 28 septembre, à 19h45]

La Russie n'a pas tardé à renvoyer l'accusation de « terrorisme » que lui avait adressée le gouvernement ukrainien le jour même. Les services de sécurité russes (FSB) ont en effet ouvert une enquête pour « acte de terrorisme international » après le sabotage présumé des gazoducs Nord Stream en mer Baltique, a indiqué mercredi le Parquet général russe.

« Sur la base d'élements envoyés par le Parquet général russe (...) l'organe d'investigation du FSB a ouvert une affaire criminelle. Une enquête prémélinaire a commencé », a déclaré le Parquet dans un communiqué publié sur son compte Telegram.« Près de l'île (danoise) de Bornholm, des actions intentionnelles ont été commises pour endommager les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 situés au fond de la mer Baltique », indique ce communiqué.« La Fédération du Russie a subi un grave préjudice économique du fait de ces actes », ajoute le Parquet.

Plus tôt dans la journée, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov jugeait « assez prévisible » que certains mettent la Russie en cause. Et d'ajouter : « stupide et absurde », affirmant que les fuites touchant Nord Stream 1 et 2 étaient « problématiques » pour Moscou, car le gaz russe qui s'en échappe « coûte très cher ».

La diplomatie russe va même plus loin en accusant directement les Etats-Unis. Joe Biden doit dire si les États-Unis sont ou non derrière les fuites détectées sur Nord Stream dans la mer Baltique, a exigé le Kremlin pointant « les énormes bénéfices » réalisés par les entreprises américaines qui en profitent sur les marchés. « Le président américain est obligé de répondre à la question de savoir si les États-Unis ont mis à exécution leur menace », a lancé sur Telegram la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova, en référence à une déclaration du président américain début février, deux semaines avant le début de l'offensive russe, qui affirmait que Washington « mettrait fin » à Nord Stream 2 si Moscou intervenait militairement en Ukraine. La porte-parole de la diplomatie russe a jugé que le président américain « devait être responsable de ses paroles ». « L'Europe doit connaître la vérité », a-t-elle ajouté, alors que les causes des fuites détectées sur Nord Stream 1 et 2 sont toujours inconnues.

L'Europe veut répondre avec fermeté

Une version que ne partagent évidemment pas les Européens qui penchent, eux, pour le scénario du sabotage des gazoducs sur lesquels ont été détectées des fuites. Les Européens comptent même répondre avec fermeté. Et les yeux se tournent vers Moscou, régulièrement accusée d'utiliser le gaz comme une « arme » contre les Européens.

« Toutes les informations disponibles indiquent que les fuites (constatées sur les gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique) sont le résultat d'un acte délibéré », a affirmé ce mercredi le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell au nom des 27 Etats membres de l'Union européenne.

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«Ces incidents ne sont pas une coïncidence et nous affectent tous», a estimé Josep Borrell. «Nous soutiendrons toute enquête visant à faire toute la lumière sur ce qui s'est passé et pourquoi, et nous prendrons des mesures supplémentaires pour accroître notre résilience en matière de sécurité énergétique», a-t-il annoncé.

La veille, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait elle aussi évoqué un « acte de sabotage ». « Il est primordial d'enquêter sur les incidents et de faire toute la lumière sur les événements et leurs causes. Toute perturbation délibérée de l'infrastructure énergétique européenne active est inacceptable et entraînera la réponse la plus ferme possible », avait-elle aussi affirmé. Auparavant, la Première ministre danoise avait aussi auparavant déclaré que « l'avis clair des autorités est qu'il s'agit d'actes délibérés. On ne parle pas d'un accident ». L'exploitant des pipelines, le consortium Nord Stream, a reconnu « qu'un incident durant lequel trois tuyaux éprouvent simultanément des difficultés le même jour n'est pas ordinaire ».

A Kiev, le conseiller de la présidence ukrainienne, Mykhaïlo Podoliak a dénoncé « une attaque terroriste planifiée » par Moscou, sans avancer de preuves. Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a également suggéré une implication russe. D'autres chefs d'Etat sont restés plus prudents sur la thèse du sabotage : « Nous n'excluons aucun scénario, mais nous n'allons pas spéculer sur les mobiles ni les acteurs pouvant être impliqués », a expliqué la ministre suédoise des Affaires étrangères Ann Linde. Côté américain, Washington s'est refusé à « confirmer » un acte de sabotage.

Fuites géantes

Trois grandes fuites de gaz ont été identifiées au large de l'île danoise de Bornholm, entre le sud de la Suède et la Pologne. Elles sont visibles à la surface avec des bouillonnements allant de 200 mètres jusqu'à un kilomètre de diamètre. Le Danemark a dépêché sur place deux navires militaires accompagnés d'hélicoptères, et a placé en état d'alerte orange ses infrastructures énergétiques, le deuxième niveau de vigilance le plus élevé. La navigation a été interdite dans un rayon de cinq milles nautiques (environ neuf kilomètres) autour des trois fuites, ainsi que leur survol dans un rayon d'un kilomètre.

L'impact environnemental direct causé par ces fuites devrait être limité, même si le gaz naturel non brûlé a un puissant effet de serre. Toutefois, Sasha Müller-Kraenner, qui travaille pour l'ONG environnementale allemande DUH, est bien plus pessimiste. Elle estime que les fuites vont « libérer plusieurs millions de tonnes d'équivalent CO2 ». Or, le gaz libéré, du méthane, générera des « conséquences dramatiques » en matière de réchauffement climatique. Pour la faune et la flore maritimes, en revanche, les conséquences sont limitées. « Le méthane ne se dissout pas non plus dans l'eau, il n'y a donc heureusement rien à craindre », affirme, en France, le ministère de l'Environnement.

Les dommages causés aux deux gazoducs ont été constatés le jour de l'inauguration d'un gazoduc entre la Norvège et la Pologne, le Baltic Pipe, d'une capacité de 10 milliards de m3 de gaz par an, construit pour réduire la dépendance des Européens au gaz russe. Nord Stream 2, achevé en 2021, était destiné à doubler la capacité d'importation de gaz russe en Allemagne. Sa mise en service a été suspendue en représailles à l'invasion de l'Ukraine. Quant à Nord Stream 1, Gazprom a progressivement réduit les volumes de gaz livrés jusqu'à la fermeture complète du gazoduc fin août, accusant les sanctions occidentales d'avoir retardé les réparations nécessaires de l'installation.

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Désormais principal fournisseur de gaz de l'Europe, la Norvège a décidé de renforcer la sécurité autour de ses installations pétrolières. Ce pays du nord de l'Europe est relié au Vieux continent par un vaste ensemble de gazoducs que les experts considèrent comme vulnérables à des risques de sabotage. Dans son communiqué, le ministre norvégien de l'Energie a ainsi annoncé « renforcer la préparation aux situations d'urgence en ce qui concerne les infrastructures et les installations à terre et en mer sur le plateau continental norvégien ». Oslo évoque aussi « une activité accrue de drones » et assure qu'une enquête est en cours.

(avec AFP)

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