L'Inde augmente par surprise son taux directeur, avec effet immédiat

La Reserve Bank of India, la Banque centrale indienne, a annoncé une hausse inopinée de son taux directeur de 40 points de base, à 4,40%, le pays étant touché par une forte inflation en raison de la guerre en Ukraine. Par conséquent, ses taux d'intérêt vont aussi augmenter, de 0,4%. Une décision similaire de la Fed, la Banque centrale américaine, est attendue dans la journée.

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Le Comité de politique monétaire de la BRI a également abaissé ses prévisions de croissance à 7,2% pour l'exercice fiscal 2022-2023.
Le Comité de politique monétaire de la BRI a également abaissé ses prévisions de croissance à 7,2% pour l'exercice fiscal 2022-2023. (Crédits : FRANCIS MASCARENHAS)

La Banque centrale indienne ne l'avait pas précédemment annoncé, mais elle vient pourtant d'instaurer ce mercredi 4 mai une hausse de son taux directeur. Le gouverneur de la Reserve Bank of India (RBI), Shaktikanta Das, a en effet déclaré « augmenter le taux directeur de 40 points de base à 4,40% avec effet immédiat ».

Une hausse du taux directeur pousse ensuite les banques commerciales à proposer des taux d'intérêt plus élevés pour les crédits accordés à leurs clients (pour l'achat d'une maison, d'une voiture, ou encore d'une télévision, par exemple). Le but : faire ralentir la consommation pour alléger la pression sur les prix, au risque toutefois de peser sur la croissance économique.

Le Comité de politique monétaire de la BRI a également abaissé ses prévisions de croissance à 7,2% pour l'exercice fiscal 2022-2023 contre 7,8% prévus précédemment. Et relevé ses prévisions d'inflation à 5,7% pour l'exercice fiscal qui a débuté le 1er avril, contre 4,5% en février.

À la Bourse de Bombay, l'indice de référence Sensex a chuté de 2,50% dans les échanges de l'après-midi, suivant l'annonce surprise.

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Objectif : « stabiliser le navire »

Avec cette hausse inopinée, il s'agit de la première augmentation des taux d'emprunt en Inde, de 0,4%, depuis août 2018. Ce qui met un terme à deux années de taux d'intérêt bas record.

La troisième plus grande économie d'Asie a fortement rebondi après la pandémie avec un des taux de croissance les plus rapides au monde mais elle est à présent confrontée à la hausse des coûts due à l'envolée des cours des matières premières.

« Comme plusieurs tempêtes se sont abattues ensemble, nos actions d'aujourd'hui sont des mesures importantes pour stabiliser le navire », a expliqué le gouverneur, dans une allocution télévisée. « Le plus alarmant, ce sont les pressions inflationnistes persistantes qui se propagent et s'accentuent de jour en jour ».

L'inflation des prix à la consommation a régulièrement dépassé l'objectif de 2 à 6% de la RBI sur les trois premiers mois de l'année, atteignant 6,95% en mars, son plus haut niveau en 17 mois. Les économistes s'attendent même à ce que l'inflation dépasse les 7% en avril.

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Une hausse « opportune »

Pour Aditi Nayar, économiste en chef de l'ICRA, agence indienne indépendante de notation de crédit et d'analyses d'investissement, la hausse du taux est « très opportune, car notre propre projection d'inflation IPC (indice des prix à la consommation) pour avril 2022 est de 7,4%. En avançant la décision sur les taux d'environ un mois, le comité de politique monétaire s'est attaché à empêcher les anticipations inflationnistes de se désancrer dans un environnement de plus en plus incertain ». La réunion du comité sur les taux était initialement fixée au 8 juin.

L'Inde est le plus grand importateur mondial d'huiles comestibles telles que l'huile de palme et l'huile de soja, qui se négocient à des niveaux record. Ce pays de 1,4 milliard d'habitants importe également plus de 80% de ses besoins en pétrole, sa dépendance à l'égard du brut étranger augmentant avec la baisse de la production nationale.

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Les États-Unis veulent aussi réduire l'inflation au plus vite

Cette hausse inopinée du taux directeur indien intervient quelques heures avant que la Réserve fédérale américaine ne procède à sa plus importante hausse de taux en deux décennies pour répondre à l'accélération de l'inflation dans la première économie mondiale.

À l'issue d'une réunion de deux jours ce mercredi 4 mai, le Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed) devrait annoncer une hausse d'un demi-point de pourcentage du taux directeur. Ce serait la première de cette ampleur depuis mai 2000, mais pas la première. Depuis mars, en effet, la Fed a commencé à relever ses taux. Elle avait néanmoins agi avec prudence en les portant dans une fourchette comprise entre 0,25 et 0,50%, soit une hausse de 0,25 point de pourcentage. Elle avait toutefois signalé sa volonté de procéder à six autres hausses cette année, soit autant que de réunions d'ici à fin 2022.

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Depuis, l'inflation a continué de grimper. Aggravée par la guerre en Ukraine, elle a atteint en mars un sommet jamais vu depuis décembre 1981 : +8,5% sur un an, selon l'indice CPI. C'est le président de la puissante institution, Jerome Powell, qui a lui-même annoncé le 21 avril qu'il était « absolument essentiel » de rétablir la stabilité des prix et de relever « rapidement » les taux.

Une stratégie que n'a pas choisi d'opter la Banque centrale européenne qui préfère laisser, pour le moment, ses taux directeurs inchangés depuis près de huit ans (0,5 %, 0% et -0,5%) malgré un taux d'inflation qui a atteint 7,5% en mars sur un an dans la zone euro.

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Commentaire 1
à écrit le 04/05/2022 à 16:38
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J'aimais bien les communiqués de la bc indienne, pour les grands chiffres ils utilisaient les termes la numération indienne incrémentée en 100. C'était poétique mais ils ont apparemment abandonné. C'est dommage.

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