L'OIT s'inquiète du vieillissement des travailleurs

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Le rapport note que les emplois du secteur des services resteront le principal moteur de la future croissance de l’emploi, tandis que l’emploi continue de décliner dans l’agriculture et le secteur manufacturier.
Le rapport note que les emplois du secteur des services resteront le principal moteur de la future croissance de l’emploi, tandis que l’emploi continue de décliner dans l’agriculture et le secteur manufacturier. (Crédits : Reuters)
L'Organisation internationale du travail (OIT) souligne que le vieillissement de la population active pourrait avoir un fort impact sur la productivité au travail. A l'heure où la population française vieillit, la question démographique devrait constituer un véritable défi pour le gouvernement dans les années à venir.

Dans son dernier rapport consacré à l'emploi et aux questions sociales dans le monde, l'Organisation internationale du travail (OIT) s'alarme du vieillissement de la population mondiale et de son impact sur l'économie. Malgré l'amélioration de la conjoncture économique, l'évolution démographique représente un véritable défi pour garantir une reprise durable de l'économie.

| Lire aussi : Économie mondiale : la reprise est-elle durable ?

Augmentation de l'espérance de vie

Les chercheurs expliquent qu'en raison de l'augmentation de l'espérance de vie et de la baisse des taux de natalité, la croissance démographique "s'est considérablement ralentie et cette trajectoire devrait se poursuivre au cours des prochaines décennies". Une des conséquences immédiates de ce ralentissement est que la croissance de la population active mondiale ne devrait pas permettre de compenser l'augmentation rapide du nombre de retraités, ce qui devrait exercer "une pression sur le système des retraites comme sur le marché du travail dans son ensemble". L'OIT estime que dans les pays développés, il y aura près de cinq personnes âgées de 65 ans et + pour 10 personnes actives, contre 3,5 en 2017.

En parallèle, le vieillissement de la population devrait entraîner une hausse de l'âge moyen des actifs, "ce qui mettra à rude épreuve la capacité des travailleurs de suivre le rythme de l'innovation et des changements structurels sur le marché du travail". Selon les prévisionnistes, l'âge moyen de la population active devrait passer de près de 40 ans en 2017 à 41 ans en 2030, avec une hausse nettement plus rapide en Europe et en Asie de l'Est, notamment en Chine.

| Lire aussi : La Chine confrontée au vieillissement de sa population

D'autres difficultés devraient se présenter selon les auteurs du rapport. Pour le directeur par intérim du Département de la recherche de l'OIT, Sangheon Lee :

"Outre le défi qu'un nombre grandissant de retraités représente pour les systèmes de retraite, une main-d'œuvre de plus en plus vieillissante est aussi susceptible d'avoir un impact direct sur les marchés du travail. Le vieillissement pourrait affaiblir la productivité et ralentir les ajustements du marché du travail suite aux chocs économiques."

Le risque de paupérisation des personnes âgées est également mis en exergue dans le document. "La pauvreté des personnes âgées est sans doute intrinsèquement liée aux inégalités existantes sur le marché du travail, puisque les travailleurs ayant des conditions de travail et des revenus inférieurs ont moins accès à un régime d'épargne-retraite et ont moins les moyens de cotiser." L'institution internationale recommande donc de favoriser l'employabilité des travailleurs âgés grâce à l'apprentissage tout au long de la vie. Des actions ciblées doivent également être menées pour encourager la participation des travailleurs âgés aux programmes de formation et d'amélioration des compétences. Cela devrait "contribuer à réduire le risque d'éloignement du marché du travail et de retraite anticipée".

Un chômage relativement stable

Pour 2018, les chercheurs de l'organisme international estiment que le chômage devrait légèrement baisser pour s'établir à 5,5% en 2018 contre 5,6% en 2017. Mais ils restent prudents sur l'avenir de l'emploi au niveau mondial. "Avec l'arrivée d'un nombre croissant de personnes sur le marché du travail, le nombre total de chômeurs devrait rester stable en 2018, au-dessus de 192 millions. En 2019, le taux de chômage mondial devrait rester pratiquement inchangé, alors que le nombre de chômeurs devrait augmenter de 1,3 million."

(Les données ont été harmonisées et peuvent différer de celles déclarées à l'échelle nationale. Les données pour 1991-2017 sont des estimations tandis que celles pour 2018-2019 sont des projections.)

En ce qui concerne la France, les économistes de l'OIT se révèlent également prudents. Contrairement à l'Insee, ils prévoient une stabilisation du chômage (9,7%) pour la fin de l'année 2018 puis une baisse pour 2019 (9,4%).

| Lire aussi l'interview de l'économiste de Natixis, Véronique Janod : « Le chômage devrait peu reculer en 2018 »

Une hausse de l'emploi vulnérable

Les économistes prévoient également que le nombre de travailleurs dans des formes d'emploi vulnérable (travailleurs pour leur propre compte et travailleurs familiaux collaborant à l'économie familiale) devrait s'accroître dans les années à venir.

"On estime qu'environ 42% des travailleurs dans le monde (soit 1,4 milliard) occupent des emplois vulnérables en 2017, et cette proportion devrait rester particulièrement élevée dans les pays en développement et les pays émergents, dépassant 76% et 46%, respectivement. Fait inquiétant, les projections actuelles indiquent que [...] le nombre de personnes occupant des emplois vulnérables augmenterait de 17 millions par an en 2018 et 2019."

| Lire aussi : L'Insee révise à la hausse sa prévision de croissance pour 2018

Le long ralentissement de la pauvreté au travail

Malgré une hausse de l'emploi vulnérable, le rapport signale que la pauvreté au travail continue de reculer dans les pays émergents, où le nombre de personnes se trouvant dans l'extrême pauvreté au travail devrait atteindre 176 millions en 2018, soit 7,2 % de l'ensemble des personnes employées. Pour Stefan Kühn, économiste à l'OIT et principal auteur du rapport :

"La réduction de la pauvreté au travail n'avance pas suffisamment vite pour compenser l'expansion de la population active [dans les pays développés]. Le nombre de travailleurs vivant dans l'extrême pauvreté devrait rester obstinément au-delà des 114 millions pour les années à venir, touchant 40% de l'ensemble des travailleurs en 2018."

Des variations contrastées

Les tendances enregistrées dans le monde en matière d'emploi présentent des évolutions divergentes en fonction des niveaux de développement :

  • Les pays développées devraient connaître leur sixième année consécutive de baisse du chômage. Il devrait tomber à 5,5% en 2018, soit le taux le plus bas enregistré depuis 2007. "Pourtant, de nombreux pays continuent de faire état de taux élevés de sous-utilisation de la main-d'œuvre, avec une forte proportion de travailleurs découragés et une incidence croissante d'emploi à temps partiel contraint."
  • Dans les pays émergents, le chômage a connu une hausse significative entre 2014 et 2017, "sous l'effet de forts ralentissements économiques, en partie dus à la chute des prix des matières premières dans bon nombre de grandes économies, comme le Brésil et la Fédération de Russie".
  • Dans les économies développées, le nombre de chômeurs devrait augmenter "d'un demi-million par an en 2018 et 2019, le taux de chômage restant aux alentours de 5,3%. Toutefois, la persistance d'emplois de qualité médiocre et la pauvreté des travailleurs restent les principaux problèmes de nombreux pays en développement et émergents".

Des inégalités persistantes

Plusieurs inégalités ont été mises en exergue dans le document de l'OIT. Parmi elles,  figurent les écarts entre les femmes et les hommes, qui sont à cet égard, "particulièrement préoccupants".

En moyenne, les femmes sont moins susceptibles de participer au marché du travail, les inégalités mondiales entre les sexes dépassant les 26 points de pourcentage, et ont moins de chances de trouver un emploi lorsqu'elles y participent.

Le chômage des jeunes est également pointé dans le rapport. Selon les experts, les jeunes sont beaucoup moins susceptibles d'avoir un emploi que les adultes, "le taux mondial de chômage des jeunes étant trois fois plus élevé (13%) que celui des adultes (4,3%)".

| Lire aussi : Emploi : les inégalités femmes-hommes persistent en Europe

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Commentaires
a écrit le 03/02/2018 à 12:57 :
Et en ramenant l'âge du départ à la retraite à 67 ans (Grèce et Japon déjà, certains autres pays européens aussi, objectif avoué également de tous les ultralibéraux), o aura de plus en plus de travailleurs vieux et crevés et de plus en plus de chômeurs jeunes
a écrit le 24/01/2018 à 16:48 :
IL Y A UN GROS MESONGE QUI RESISTE ? LES RETRAITES QUI PARTIRAIS PLUS TOT ON NE POURRAIS PAS LES REPLACER PARS DES JEUNES ? ALORS QU IL Y EN A PLEIN QUI ARRIVE DE L ETRANGE QUI NE DEMANDENT QU A TRAVAILLE???
a écrit le 24/01/2018 à 12:17 :
Il n'y a pas de croissance économique sans croissance sociale. La casse sociale en marche depuis quelques années écrase toute perspective de croissance. La Chine fait l'inverse...
Réponse de le 03/02/2018 à 13:00 :
Logique! ce ne sont pas les partisans de l'ordolibéralisme allemand qui gouvernent la Chine!
a écrit le 24/01/2018 à 9:21 :
La doctrine néolibérale a vécu quelques années sur les acquis des dernières décennies de croissance socio-économique. Elle est arrivée aujourd'hui à bout de souffle, et elle se rend compte que c'est le travailleur qui créé finalement la richesse, l'investissement n'étant qu'un outil pour y parvenir. Ou est la passé la croyance béate en la béquille technologique et financière ?
a écrit le 24/01/2018 à 8:57 :
Comme le dit atlee, « cela fait 30 ans que l’on lit ce type d’enquête ». Pour compenser le vieillissement, il faut une démographie dynamique, mais lorsque cette génération vieillit à son tour, il faut une démographie encore plus importante, mais lorsque cette génération vieillit à son tour… Au bout de quelques décennies on arrivera à une surpopulation que la terre ne pourra plus « supporter ». Ce type d’analyse purement économique et comptable va bientôt atteindre ses limites. D'autant que nous vivons déjà à crédit sur les ressources potentiellement limitées de la terre et que légitimement les pays pauvres aspirent à atteindre le niveau de vie « occidental » et donc de consommer d’avantage…
Il appartient à nos dirigeants de penser autrement le monde futur à la fois au plan démographique et au plan des nouvelles technologies qui devront remplacer l’humain sans le déshumaniser… Tout un programme que les économistes, banquiers et même certains pays sont loin d’accepter.
Réponse de le 24/01/2018 à 16:44 :
EXAT? VOILA UNE QUESTION A POSEZ AUX GRAND DE CE MONDE A DAVOS? ? ? A QUOI SERT TOUTES CES FORTUNES AMASSEZ PARS LES GRAND MILLIARDAIRESCOMMENT PEUVENT T IL VIVRE A COTE DE TANT DE MISERE? AUJOURDHUI ON VIENT D APRENDRE QUE TROIS GROSSE FORTUNE AMERICAINE POSEDENT PLUS QUE LA MOITIE DES AMERICAINS ???
a écrit le 23/01/2018 à 19:16 :
30 ans que l'on lit ce type d'enquête, 30 ans à appeler à l'ouverture des frontières aux migrants. Bizarrement des migrants sans qualifications sont une richesse pour la France, mais des chômeurs français, sans qualifications, issue pour une partie de l'immigration, sont eux une charge. Va comprendre Charles...
a écrit le 23/01/2018 à 18:39 :
Vieillissement de la population....retraite...financement....on y arrive : Soleil vert, soleil jaune....😁
a écrit le 23/01/2018 à 12:37 :
Cet article développe bien ce préjugé anti-vieux qui plomberait la productivité. Il donne aussi une clé d'un retournement : continuer de former les vieux au-delà de 45 ans. Les vieux ont l'expérience et font l'admiration des jeunes dans les traditions africaines et asiatiques. Les vieux ont aussi la joie d'initier les jeunes à la discipline du travail. Il est important qu'ils ne soient pas frappés obsolescence programmée au nom de la théorie socialiste du travail rare. Le président américain, dont l'esprit d'innovation perturbe les plus conservateurs, crée de ce fait une valeur incroyable sur les marchés financiers et indirectement des emplois de croissance.
Réponse de le 24/01/2018 à 4:52 :
Je crains que vos elements de langage soient depasses. En Asie, saufs les emergents, les jeunes ne veulent aucunement ressembler a leurs anciens. Idem en Afrique. Ces modeles sont depasses depuis longtemps et les nouvelles generations le savent. Voyagez et observez.
a écrit le 23/01/2018 à 12:05 :
Ils ont fait une enquete, ça a duré un an, mobilisé leurs forces créatrices et decouvert que tout un chacun, je dis bien tout un chacun, vous moi tous le monde vieillit d'un an par an.
Ce fut un choc et un emerveillement, l'un de ces technocrates pensant qu'ils pourraient postuler au prix nobel.
Ils se sont empressés d'en faire un rapport, 1777 pages avec moults grapiques, chateaux de cartes, powerpoint, l'éclate totale, l'épanouissement du bureaucrate.
a écrit le 23/01/2018 à 11:03 :
"A l'heure où la population française vieillit"

Heu... la population mondiale, même, vieillie à toutes les heures hein et ce depuis toujours... :-)

"La réduction de la pauvreté au travail n'avance pas suffisamment vite pour compenser l'expansion de la population active [dans les pays développés]."

Phrase alambiquée n'osant pas dire que les travailleurs pauvres augmentent.

Merci pour cet article en dissonance totale avec l’enthousiasme un peu indécent des marchés financiers.
a écrit le 23/01/2018 à 9:09 :
C est quoi la solution : faire du lapinisme comme en afrique et concurrencer le Bangladesh avec des rues grouillantes de creve la faim ? euthanasier les vieux pour eviter qu ils sobrent dans la pauvreté ?

Avoir du personnel qui vieillit est certes un challenge. Mais, vu le taux de chomage en france, il y a encore possibilité de rajeunir son personnel sans trop de probleme. Sinon je signale a l auteur de l article qu actuellement c est pas les vieux qui sombrent dans la pauvrete (taux de pauvrete des retraite en france en de 5 %) mais les jeunes (eux ont 20 %)
a écrit le 23/01/2018 à 8:48 :
Il y a deux possibilités:

A- faire confiance à l’humain
Arrêter le pillage des ressources et partager équitablement pour tous
En gros : être réellement «  conscient «  de l’humain et l’humanité

B- on s’en fiche , on accélère les technologies qui ont un impact sur l’homme et l’environnement jusqu’a La complète destruction

Le vieillissement est dû au mutation des modes de vies et des nouveaux codes.
Et personne ne peut pas stopper le processus sauf si on revient au respect de la nature avec les lois de la nature et au respect de l’humain avec les règles de biologies de base sans tricherie scientifique ou autre.

On comprends que ceux qui dirigent ce monde se débine est choisissent l’intelligence artificielle et la robotisation pour se sortir de ce chaos.
Réponse de le 23/01/2018 à 11:06 :
La solution B est plébiscitée par la majorité de la population mondiale ET française.

Dans les milieux aisés très au fait de la situation, de nombreuses personnes en profitent un maximum tout en sachant que leurs enfants n'auront pas le même niveau de vie qu'eux.

Tous se disent qu'ils auront le temps de mourir avant que l'épuisement des ressources ne déclenchent une quatrième guerre mondiale (la 3e est déjà en cours, elle est économique).
Réponse de le 23/01/2018 à 11:26 :
Vous etes pret a voir votre niveau de vie chuter d au moins 50 % ? (car meme si vous vivez chichement en france, vous etes un privilegie (eau courante, electricite, soins medicaux quasi gratuit) au yeux de la majorite des habitants de cette planete. Et de toute facon l appauvrissement de l europe/japon/USA ne reglera pas le probleme vu la demographie africaine (il faudra pomper encore plus de ressources afin de mettre a niveau les nouveaux)


Sinon le respect de la nature va impliquer d avoir disons la population humaine de 1900. Passer de 8 a moins de 2 milliards, va falloir pas mal de guerres et d epidemies. Mais c est possible, apres tout la rome antique avait 1 million d habitant. apres la chute de l empire, peut etre 5000
a écrit le 23/01/2018 à 8:12 :
Quelle découverte ! Eh oui, l'Homme vit, vieillit et meurs !

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