L'ONU veut durcir le contrôle sur les exportations de voitures d'occasion

L'Europe, les États-Unis et le Japon ont la fâcheuse tendance à envoyer leurs vieilles voitures d'occasion vers les pays en développement, d'Afrique en premier lieu. Des exportations, de véhicules généralement très polluants, qui nécessitent d'être mieux contrôlées d'après le Programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE). Objectif : « rendre plus propre la flotte mondiale pour atteindre les objectifs climatiques et de qualité de l'air ».
(Crédits : Pascal Rossignol)

Des véhicules « vieux, polluants, énergivores et dangereux », voilà le profil des voitures d'occasion exportées dans le monde. Bien souvent des grandes puissances - Europe, États-Unis, Japon - vers les pays en développement. C'est ce que révèle un rapport publié ce lundi 26 octobre par le PNUE. Pour la première fois, des données d'habitude éparpillées dans les registres nationaux sont ainsi compilées dans un seul et même document.

« Ce n'est pas beau à voir », a souligné Rob de Jong, qui dirige l'unité Mobilités durables du PNUE, lors d'une conférence de presse. Alors que le nombre de véhicules pourrait au moins doubler d'ici à 2050, et atteindre les deux milliards d'unités la planète, il devient urgent de mieux réglementer ces exports, souligne le PNUE. D'autant plus que la Chine, qui interdisait l'exportation d'occasions jusqu'en 2019, pourrait très vite devenir un acteur majeur de ce marché.

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Plus de la moitié des exportations vers l'Afrique

14 millions de véhicules légers d'occasion ont été exportés dans le monde entre 2015 et 2018, selon le rapport du PNUE. « Des millions de voitures, fourgonnettes et minibus d'occasion de piètre qualité » exportées depuis l'Europe, les États-Unis et le Japon vers les pays en développement. Environ 80% de ces exportations ont en effet été effectuées vers des pays à faible et moyen revenu, dont plus de la moitié vers l'Afrique.

Les pays européens, qui représentent plus de la moitié des exportations, envoient leurs vieilles voitures notamment vers l'Est, mais aussi au Nigeria et en Libye, depuis les ports d'Anvers ou du Havre. Le Japon les envoie au Moyen-Orient et en Afrique australe, et les États-Unis au Mexique et aux Émirats arabes unis.

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« Approche coordonnée » nécessaire

Les Pays-Bas, par l'intermédiaire de leurs ports, sont l'un des exportateurs de véhicules d'occasion en provenance d'Europe. Dans le port d'Amsterdam, lors d'une inspection des autorités néerlandaises fin 2019, l'âge moyen des véhicules en attente était de 18 ans et leur compteur dépassait les 200.000 km en moyenne. Pas moins de 93% étaient aux normes Euro 3 (commercialisées au début de la décennie 2000) ou inférieures. Une partie des véhicules était hors d'usage, certains avaient leur pot catalytique scié. Les plus âgés partaient pour la Gambie, les plus jeunes pour le Maroc.

« Ces résultats montrent qu'il est urgent de prendre des mesures pour améliorer la qualité des véhicules d'occasion exportés d'Europe », a déclaré la ministre néerlandaise de l'environnement Stientje Van Veldhoven. Selon elle, les Pays-Bas ne peuvent pas s'attaquer seuls à ce problème.

« J'en appelle à une approche européenne coordonnée et à une coopération étroite entre les gouvernements européens et africains, afin de garantir que l'UE n'exporte que des véhicules adaptés à leur destination et conformes aux normes fixées par les pays importateurs », souhaite-t-elle.

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Par ailleurs, la part de véhicules diesel a explosé ces dernières années dans les exportations, leur étoile ayant pâli sur les marchés occidentaux. « Rendre la flotte mondiale plus propre est une priorité pour atteindre nos objectifs climatiques et de qualité de l'air », souligne dans un communiqué Inger Andersen, qui dirige le PNUE.

« Les pays développés doivent arrêter d'exporter des véhicules qui échouent aux tests de sécurité et de pollution, et qui ne pourraient plus rouler dans leur pays d'origine. Les pays importateurs devraient de leur côté adopter des normes de qualité plus sévères », en n'acceptant que des véhicules Euro 4 (depuis 2005-2006) au minimum, selon le dirigeant du PNUE.

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Règles variables selon les pays

Deux tiers des 146 États étudiés par le PNUE ont des règles « faibles » ou « très faibles » concernant l'importation de véhicules. La République démocratique du Congo impose par exemple une limite d'âge de 20 ans et aucune règle en termes d'émissions de gaz polluants. La Géorgie ne les taxe que selon leur cylindrée et présente une des flottes les plus âgées au monde.

Les véhicules d'occasion de mauvaise qualité entraînent également une augmentation du nombre d'accidents de la route. Dans ces pays ayant une réglementation sur les véhicules d'occasion « très faible » ou « faible », comme le Malawi, le Nigeria, le Zimbabwe et le Burundi, le taux de mortalité routière très élevé. A contrario, es pays ayant introduit une réglementation sur les véhicules d'occasion voient également leurs parcs de véhicules plus sûrs et un nombre d'accidents réduit.

Une quarantaine de pays ont justement imposé des règles plus strictes sur les importations. Certains pays comme le Chili ou l'Afrique du Sud interdisent l'importation d'occasions. Le Sri Lanka impose une limite d'âge de trois ans et soutient l'importation de véhicules électriques, dont l'offre en occasion est appelée à se multiplier. Et de son côté, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a récemment décidé qu'elle ne laisserait progressivement plus entrer que des véhicules aux normes Euro 4 au minimum et âgés de 5 ans au maximum.

(Avec Taimaz Szirniks, AFP)

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Commentaires 8
à écrit le 28/10/2020 à 7:58
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Ahhh l'ONU !!! Il est évident que c'est la priorité du moment 🤣🤣🤣🤣 !!

à écrit le 27/10/2020 à 19:36
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Les vieux véhicules ne vont pas à la casse ? Ils sont sauvés de la destruction en les vendant ailleurs ? Ben dites donc..... Plus assez bien pour nous, ça ira laargement bien pour eux... Ce qui est "dommage" c'est qu'un moteur c'est souvent résistant...

à écrit le 26/10/2020 à 21:03
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Les riches , innondés de gros et polluants SUV , veulent la qualité de l'air . Les pauvres veulent de la mobilité à prix réduit . Au nom de quoi les riches vont ils imposer leurs désirs aux autres ? Pas très démocratique yout ça .

à écrit le 26/10/2020 à 19:47
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Tout véhicule de +10 ans repris par un vendeur contre l'achat d'un véhicule neuf devrait être systématiquement depollue, détruit et recyclé.

à écrit le 26/10/2020 à 19:13
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La durée de vie moyenne d'un véhicule en Europe c'est 8 ans.... en Afrique on les fait durer 15 ans de plus et pourtant ils en voient de toutes les couleurs. Il n'y a pas non plus de véhicules qui roulent à vide, au contraire, ils sont plus souvent ...

le 26/10/2020 à 21:49
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"La durée de vie moyenne d'un véhicule en Europe c'est 8 ans": complètement faux. En Europe occidentale, c'est l'âge moyen des voitures particulières qui est de l'ordre de 8 à 9 ans. La durée de vie, elle, est très supérieure. Elle dépend bien sûr de...

le 27/10/2020 à 0:12
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Tout a fait exact, mais cela ne rentre pas dans les cases bureaucratiques !!

le 28/10/2020 à 16:23
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Oui, effectivement, les vieilles voitures sont la cause de la pollution. En occident, ils doivent tenir compte de l'amortissement d'une voiture, sa durée de vie comptable. Malgré ça, des concessionnaires, après avoir récupéré leur argent sur la vent...

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