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ÉconomieInternational

Le FMI s'inquiète des tensions commerciales sino-américaines

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 19 avril 2018 à 04:30 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:04

christine lagarde

christine lagarde

Reuters

Le Quotidien Numérique

17 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'escalade des tensions entre la Chine et les États-Unis pourrait affaiblir après 2020 la solide croissance mondiale selon le Fonds monétaire international (FMI).

La guerre commerciale pourrait fragiliser la reprise. Selon les dernières perspectives du Fonds monétaire internationale (FMI) publiées mardi, les chiffres de la croissance pourraient sérieusement ralentir dans les années à venir. La montée en puissance du discours protectionniste aux États-Unis et l'exacerbation des tensions avec la Chine ne rassurent pas les prévisionnistes de l'institution internationale, réunis à l'occasion des réunions de printemps jusqu'au 23 avril à Washington. Selon le directeur du département des études du FMI Maurice Obstfeld, "la perspective de restrictions aux échanges commerciaux et de mesures de rétorsion menace de saper la confiance et de faire dérailler prématurément la croissance mondiale."

"Le fait que les grandes économies flirtent avec une guerre commerciale en période d'expansion économique généralisée semble peut-être paradoxal,surtout lorsque cette expansion dépend autant de l'investissement et du commerce."

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Le chef économiste du FMI, Maurice Obstfeld lors d'une rencontre au Pérou en 2015. (Crédits : Reuters/Mariana Bazo)

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Amélioration des perspectives à court terme

À court terme, les économistes du FMI sont optimistes. La croissance mondiale devrait passer de 3,8% à en 2017 à 3,9% en 2018 et 2019, soutenue par une accélération attendue dans les pays émergents et les pays en développement. Les experts ont révisé leurs prévisions à la hausse en raison notamment de la politique budgétaire américaine expansive. Après 2019, la croissance mondiale devrait ralentir progressivement à 3,7%. Pour l'organisation internationale, ce ralentissement repose "entièrement sur les pays avancés, où la croissance devrait se modérer parallèlement à leur modeste croissance potentielle. Dans les pays émergents et les pays en développement, la croissance devrait se stabiliser aux alentours de son niveau actuel."

  • Pour les pays avancés

La croissance dans les pays avancés devrait atteindre 2,5% en 2018, soit 0,2 point de plus qu'en 2017 et 2,2% en 2019. Pour ces deux années, cette projection est bien plus élevée que celle exprimée à l'automne dernier (0,5 et 0,4 point de plus pour 2018 et 2019, respectivement). Outre la politique budgétaire américaine, le FMI indique que cette hausse généralisée s'explique par un affermissement de la croissance dans la zone euro et au Japon qui restent deux moteurs importants de la croissance mondiale. Pour l'union monétaire, la reprise devrait s'accélérer légèrement, la croissance passant de 2,3% en 2017 à 2,4% cette année, avant de tomber à 2% en 2019. Dans l'ouvrage intitulé "L'économie européenne en 2018", l'économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) Christophe Blot souligne très bien que :

"L'économie européenne s'est engagée sur un sentier de croissance robuste, commun à un nombre croissant de pays et caractérisé par une faible inflation [...] Les conséquences du Brexit seraient la principale entorse à ce scénario [...] Cependant, le Brexit n'aurait qu'une incidence limitée sur les autres économies européennes."

Au sein de la zone euro, la croissance de l'Allemagne devrait fortement ralentir entre 2018 et 2019 passant de 2,5% à 2% pour le FMI. En France, le fléchissement devrait être plus contenu sur la même période (2,1% en 2018 contre 2% en 2019). Pour l'Espagne, la chute de l'activité est bien plus marquée (2,8% en 2018 à 2,2% en 2019).

  • Pour les pays émergents et les pays en développement

Dans les pays émergents et les pays en développement, la croissance devrait accélérer dans les prochains trimestres passant de 4,8% en 2017 à 4,9% en 2018 et 5,1% en 2019. Au-delà de 2019, la croissance dans ces pays devrait se stabiliser autour de 5%. Les économistes avancent plusieurs raisons pour expliquer cette stabilisation :

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"Cela s'explique par une nouvelle accélération modeste de la croissance dans les pays exportateurs de produits de base [...]par une baisse continue du taux de croissance de la Chine[...] par une accélération progressive de la croissance en Inde [...] et par la persistance d'une croissance vigoureuse dans les autres pays importateurs de produits de base."

Des tensions commerciales à haut risque

La reprise pourrait rapidement s'essouffler selon le FMI. L'institution basée à Washington anticipe un risque de correction des marchés financiers qui pourrait être provoqué par un renforcement de l'inflation aux États-Unis, "l'impulsion donnée à la demande exercera une pression à la baisse sur un taux de chômage déjà très bas." Le durcissement de la politique monétaire américaine plus rapide que prévu pourrait provoquer un affermissement du dollar et "un recul des cours des actions". Dans un tel scénario, "les conditions financières mondiales pourraient se resserrer drastiquement avec de possibles conséquences négatives pour l'économie mondiale", prévient le Fonds. "Les marchés émergents sont exposés aux répercussions liées au resserrement marqué des conditions financières mondiales", a-t-il ajouté.

Parmi les facteurs économiques, les spécialistes du FMI évoquent également les risques relatifs au commerce mondial. Les négociations en cours sur le traité de libre-échange Alena et sur les relations commerciales entre le Royaume-Uni et l'Union européenne pourraient affecter les investissements.

"Une augmentation des obstacles au commerce et des modifications réglementaires, dans le contexte de ces négociations ou ailleurs,pèseraient sur l'investissement mondial et réduiraient l'efficience de la production, ce qui freinerait la croissance potentielle dans les pays avancés, les pays émergents et les pays en développement."

Du côté des facteurs non-économiques, les projections de l'économie mondiale sont assombries par des tensions géopolitiques, notamment en Asie de l'Est et au Moyen-Orient. De nombreuses incertitudes politiques pèsent également sur la confiance des investisseurs notamment au Brésil ou en Italie, où la montée des populismes aux dernières élections législatives a plongé la péninsule dans un long cycle de négociations à la finalité incertaine. Un point de vue néanmoins relativisé par Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque.

"La beauté de l'Italie, c'est que peu importe l'instabilité politique, la stagnation économique a été la norme au cours des vingt dernières années et le résultat d'hier soir ne va très certainement rien changer à cela".

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  • La pythie Lagarde voit "des nuages plus sombres" se profiler sur la croissance mondiale

Enfin, le changement climatique et les conditions météorologiques sont également des éléments qui pourraient peser sur la croissance mondiale. Ces événements infligent "des coûts humanitaires et des pertes économiques dévastateurs aux régions touchées". La multiplication des catastrophes climatiques pourraient encore accentuer les flux migratoires, mettant encore sous pression des pays d'accueil divisés sur l'accueil des réfugiés climatiques.

Grégoire Normand

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