Pourquoi la Bourse affiche des records quand l'économie est en crise ?

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« C'est le grand retour des États-Unis ! », a tweeté Mike Pence mardi 18 août, citant le plus haut historique atteint sur l'indice S&P 500, qui regroupe les 500 plus grosses entreprises cotées aux États-Unis. Le Nasdaq enfile de son côté les records depuis des semaines.
« C'est le grand retour des États-Unis ! », a tweeté Mike Pence mardi 18 août, citant le plus haut historique atteint sur l'indice S&P 500, qui regroupe les 500 plus grosses entreprises cotées aux États-Unis. Le Nasdaq enfile de son côté les records depuis des semaines. (Crédits : Carlo Allegri)
En pleine crise liée à la pandémie de Covid-19, les Bourses américaines enchaînent les records depuis des semaines. Certaines entreprises, particulièrement dans la tech, affichent des prévisions de bénéfices à neuf chiffres voire plus. La maxime « la Bourse n'est pas l'économie » n'a jamais été aussi vraie.

Elle est redevenue la courbe favorite de Donald Trump et de son vice-président Mike Pence : Wall Street a battu cette semaine des records historiques alors que les économies américaine et mondiale sont en miettes en pleine pandémie de Covid-19. « C'est le grand retour des États-Unis ! », a encore tweeté Mike Pence mardi 18 août, citant le plus haut historique atteint sur l'indice S&P 500, qui regroupe les 500 plus grosses entreprises cotées aux États-Unis. Le Nasdaq enfile de son côté les records depuis des semaines.

Loin de l'autosatisfecit des dirigeants, pourquoi, alors que chaque jour amène encore son lot de récessions, de taux de chômage à deux chiffres, et de plans sociaux, la Bourse américaine sourit-elle autant ? La traditionnelle maxime « la Bourse n'est pas l'économie », employée lors des envolées et des plongeons boursiers, résonne dans les esprits alors qu'un tel décalage interroge sur une forme d'indécence des marchés financiers. « C'est indécent à un instant T car il y a une incompréhension par rapport à cette déconnexion. Mais cela traduit un fonctionnement des investisseurs qui font des paris sur le long terme », analyse Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque.

Ce long terme semble plus rose pour les entreprises américaines : les prévisions de bénéfices pour les entreprises composant l'indice S&P 500 ont été revues à la hausse pour 2020 après avoir lourdement chuté, selon la société Factset, et pourraient l'être davantage encore en 2021.

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La tech s'en sort le mieux

Nombre d'entreprises ont déjà présenté des chiffres supérieurs aux attentes au deuxième trimestre, marqué par le confinement. Mais à l'ère du télétravail, du streaming et des réseaux sociaux à outrance, l'éclaircie n'irradie pas partout : ce sont bien les stars technologiques internationales qui captent toute la lumière, laissant des miettes à d'autres secteurs sinistrés.

Apple a par exemple présenté un bénéfice net de 11 milliards de dollars entre avril et juin. Le prix de son action a doublé depuis mars et la firme à la pomme a dépassé mercredi les 2.000 milliards de dollars de valeur en Bourse, du jamais-vu à Wall Street.

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Logiquement, la distorsion s'élargit : les entreprises technologiques représentaient près de 20% de l'indice S&P 500 en 2016, elles en pèsent désormais le tiers, calcule Nicholas Colas, cofondateur de la société américaine DataTrek Research. « Savoir si ces entreprises technologiques ont atteint leur pic est la question à plusieurs milliards », estime Richard Hunter, chez Interactive Investor.

Il est permis d'en douter. Car non seulement ces entreprises sont passées entre les gouttes de la crise mais les investisseurs sont tentés de continuer à miser sur elles, protégés par le parapluie bienveillant de la Banque centrale américaine, avec ses taux proches de 0% et des programmes de prêts pour aider les entreprises et collectivités. Ils « restent convaincus que la Fed ne va jamais laisser le scénario du pire se produire », pense Patrick O'Hare, analyste en chef pour Briefing.

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Parier sur les actifs risqués

Dans son sillage, le Congrès a adopté en mars un plan gigantesque d'aide de 2.200 milliards de dollars, complété en avril par un autre plan de près de 500 milliards. Un nouveau est en discussion. De quoi encourager les investisseurs à parier sur des actifs de plus en plus risqués afin d'en obtenir du rendement. Ailleurs dans le monde, aucune place financière ne parvient à rivaliser avec Wall Street. « Tous les excédents sont systématiquement canalisés pour aller sur le marché américain en période de crise, ils ne vont pas en Asie ni en Europe », justifie Christopher Dembik.

Deux indices se détachent toutefois : le Nikkei au Japon, très technologique, et le Dax allemand, les deux se rapprochant de leurs plus hauts historiques. L'Europe est « à la traîne » aussi en raison de la forte hausse de l'euro, qui a atteint ces derniers jours un plus haut en deux ans face au dollar et handicape donc les entreprises exportatrices européennes, souligne Daniel Larrouturou, gérant actions pour Dôm Finance.

Wall Street va-t-elle finir par redonner le sourire aux Américains ? Une étude de la Fed montre qu'un peu plus de la moitié d'entre eux possèdent des actions, et ces dernières sont surtout concentrées entre les mains des 10% les plus riches.

Lire aussi : Coronavirus : la Fed craint des dégâts durables sur l'économie américaine

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Commentaires
a écrit le 25/08/2020 à 10:16 :
Peut on envisager que les cours soient en partie "orientés" par des acteurs majeurs qui ont tout intérêts à ce que Trump soit réélu?
a écrit le 23/08/2020 à 21:41 :
Je ne vais expliquer ce qui se passe car c'est mon gagne pain ... mais disons que les quants vont pouvoir bientôt mettre à jour leurs modèles statistiques ...
Une partie de wall street a choisi le casino et malheureusement , cela a bien fonctionné jusqu'au moment où la machine déraille comme avec les crédits hypothécaires... Je prédis un avenir à la LTCM à pas mal de pros mais ils auront touché une bonne partie de leur bonus , ce qui est l'essentiel ...
a écrit le 22/08/2020 à 9:44 :
Jusqu'ici une bulle gonflait puis une crise arrivait et la bulle éclatait. Aujourd'hui une crise majeure frappe la planète et les entreprises de la tech montent quand même. Alors les "investisseurs" ne cherchent pas à comprendre, ils achètent...Et la bulle continue à gonfler .
a écrit le 21/08/2020 à 22:33 :
Il n'y a plus d'humain à la bourses .
Quand vous aurez pris cet élément en compte dans vos articles vous comprendrez peut être ce qui se passe.
plus de 85% des transactions qui sont faite dans les bourses mondiale sont faite par des machines, des serveurs, des IA, des calculateurs, des algorithmes mathématique .
ça réagis à la nano secondes et ça faits des transaction de vente et d'achats pour atteindre les objectifs et pour ne pas couler la banque .
le reste c'est 4 types qui font les beaux dans une salle mais qui ne représentent plus la bourses moderne .
a écrit le 21/08/2020 à 22:02 :
Relisez Zola et l'Argent...vous comprendrez.
a écrit le 21/08/2020 à 15:39 :
Paul Volker avait remonté les taux d’intérêts de 10 points d’un coup sous Regan.Ce faisant il a flingue l’inflation,corrige les distorsions boursières,les boîtes pourries ont dégagées et l’economie est repartie sur des bases plus saine pour quelques années.Il a été un des hommes les plus détesté ,maus il le savait.La légende veut que sa femme se soit jetée a ses pieds en le suppliant de ne pas prendre le job,il l’a tendrement poussé sur le côté et il est parti prendre les commandes de la FED
a écrit le 21/08/2020 à 13:51 :
Suis-je le seul à trouver cette analyse ridicule? Il est plus que surprenant d’entendre que la hausse s‘explique par le fait que les “investisseurs qui font des paris sur le long terme”. Il faut être bien naif pour croire cela surtout quand on sait que les fonds “vautours” n’hésite pas à démanteler des grands groupes sous prétexte qu’ils génèrent ainsi plus de valeurs à court terme. Chez nous on aime d’ailleurs à dire qu’un trader qui investi à long terme est un trader qui se fera virer à court terme! En fait les raisons de cette hausse sont ailleurs à savoir les subventions massive des Etats aux grandes entreprises ainsi que l’interventionnisme des banques centrales qui pompent elle-même plusieurs centaine de millards dans les marches financiers (pour les initiés allez consulter le solde TARGET 2 de la BCE, voici un scandale qui ne dit pas son nom…). Cet interventionnisme agressif détraque les rouages financier et incite les acteurs économique à prendre toujours plus de risque. Je caricature un peu mais dans le capitalisme moderne les profits sont privatisés et les pertes nationalisées se qui nous insite à prendre un maximum de risque. Cette perte d’équilibre cré fatalement une distorsion entre la sphere réelle et les marchés financier qui est vouée a s’accentuer notamment lors de la prochaine crise car un retour en arrière est impossible. Les marchés sont des junkies à l’argent facile et sont dorénavant près à scier la branche sur laquel ils sont assis pour avoir leur dose.
Il ne faut pas être un grand mage pour savoir qu’à long terme cela finiera très mal. Vous comprenez maintenant pourquoi les marchés investissent en majorité à court terme…
Réponse de le 21/08/2020 à 15:47 :
Merci pour votre analyse et votre argumentaire convaincant
Réponse de le 22/08/2020 à 2:40 :
@Atos : entièrement d'accord avec vous !
Réponse de le 22/08/2020 à 13:44 :
Quand on a compris que les bulles spéculatives servent à financer la dette des états, on comprend mieux comment les marchés réagissent. Et on comprends aussi mieux pourquoi ces états défendent avec conviction ce système financier.
a écrit le 21/08/2020 à 13:24 :
Tt ça n'est pas nouveau.
Tt investisseur boursier vous dira que le cours d'une valeur monte surtout ds les phases de réorganisation avec plans sociaux à la clé...gage de meilleurs profits futur.
Voir le secteur aérien et aéronautique US et ailleurs, qui n'a pas lésiné en la matière.
La culture bookmaker des investisseurs US n'est plus à démontrer, tant l'histoire financière mondiale vit essentiellement depuis un siècle, au rythme des crises Issues outre atlantique des excès spéculatifs en ts genres qui consacrent la fortune d'une poignée de gagnants aux détriment de ts les perdants de la planète, au 1er chef, les classes moyennes et populaires US qui ont du mal à comprendre collectivement que cette orientation ultra financiarisee depuis tjrs, les conduit progressivement à la ruine et à la disparition.
a écrit le 21/08/2020 à 12:08 :
De l'argent public à gogo qui ne fait que dévaluer leur pognon parasite dans leurs paradis fiscaux leur faisant chercher toujours plus de moyen de se goinfrer d'argent public ou la spirale du déclin.
a écrit le 21/08/2020 à 12:04 :
Ca tiendra jusqu'aux elections US et un peu après mais guère plus.
a écrit le 21/08/2020 à 11:49 :
On recherche toujours des valeurs refuges et on reste sur ses positions! En attendant mieux, il n'y a rien de plus "souple"!
a écrit le 21/08/2020 à 11:23 :
Tout le monde sait que "le thermomètre est cassé" quant à la cohérence des résultats boursiers vis-à-vis de la réalité économique...
Quand l'on voit des entreprises comme c'est le cas d'APPLE donc la capitalisation (2000 milliards de dollars) vaut plus de 20 fois le chiffre d'affaire annuel (environ 100 milliards), cela fait bien sûr penser à une énorme bulle spéculative...
Réponse de le 21/08/2020 à 17:53 :
Et que dire de Tesla ?
Réponse de le 21/08/2020 à 19:17 :
@Pouletcru : j'allais le dire !
Tesla a une capi de 390 milliards, soit 16 fois son CA 2019.
Un peu moins qu'Apple certes, mais Apple affiche un résultat net de 55 milliards (plus de 20%) quand Tesla n'a jamais été bénéficiaire (perte 750 millions en 2019).
Alors oui, Tesla est mystère, et une grosse bulle/bombe potentielle.

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