Pourquoi les « midterms » sont aussi un référendum sur les « Bidenomics »

Depuis son élection, le président américain a mis en œuvre un vaste plan de relance visant à verdir et réindustrialiser l’économie, tout en réduisant les inégalités et renforçant la suprématie technologique du pays. Une politique de dépenses tous azimuts qui, en stimulant l’inflation, pourrait toutefois coûter cher à son parti lors des élections de mi-mandat.
(Crédits : JONATHAN ERNST)

Ce mardi, les Américains se rendent aux urnes dans les cadre des élections de mi-mandat (ou « midterms »), afin d'élire leurs représentants aux deux chambres du Congrès, qui contrôle le pouvoir législatif aux États-Unis. Les sondages prévoient pour la plupart un basculement de la Chambre des Représentants (la chambre basse du Congrès) dans le camp des républicains.

La course au contrôle du Sénat (chambre haute) demeure quant à elle une grande inconnue, démocrates et républicains ayant tous deux de bonnes chances de l'emporter, dans une élection qui risque de se jouer à une poignée de sièges près. Depuis janvier 2021, les démocrates bénéficient d'une marge microscopique au Sénat, les deux camps comptant chacun 50 sénateurs, et la majorité démocrate étant assurée par Kamala Harris qui, en tant que vice-présidente, confère une voix supplémentaire à son parti.

L'économie, priorité numéro 1 des électeurs

Si des problématiques comme le droit à l'avortement, la hausse de la criminalité et la protection de l'environnement sont toutes importantes aux yeux des électeurs, les sondages montrent les uns après les autres que l'économie (et en particulier l'inflation) est largement en tête de leurs priorités. Ces élections vont donc aussi prendre la forme d'un référendum sur les politiques économiques conduites par Joe Biden depuis son élection, qualifiées outre-Atlantique, en vertu d'une tradition remontant à la présidence Reagan, de « Bidenomics. »

Le président a en effet profité de sa majorité aux deux chambres du Congrès pour lancer durant les deux premières années de son mandat un ambitieux programme de relance économique d'inspiration keynésienne. L'objectif : stimuler la reprise après le marasme économique entraîné par la pandémie. Mais aussi réindustrialiser le pays (notamment à travers les énergies propres) et renforcer son autonomie dans les industries critiques. Sur ces deux derniers points, l'aspect écologique mis à part, il a d'ailleurs repris le virage amorcé par Donald Trump après des décennies de consensus autour du libre-échange, tout en gommant les excès rhétoriques de son prédécesseur.

« Sur les questions commerciales et industrielles, la continuité entre Trump et Biden est frappante. La rhétorique de Biden est plus polie vis-à-vis des alliées, mais il est tout aussi dur envers la Chine, et sa politique commerciale est quasiment identique », note ainsi Gary Hufbauer, économiste au Peterson Institute for International Economics, un laboratoire d'idées non partisan basé à Washington.

Relance et protectionnisme

Le président est notamment parvenu à faire voter trois grandes lois qui constituent la colonne vertébrale de son programme de relance économique « Build Back Better ». Un vaste plan d'investissement dans les infrastructures, doté de 1.200 milliards de dollars, un autre consacrant 280 milliards de dollars à la recherche autour des semi-conducteurs (le CHIPS and Science Act), ainsi qu'à leur production sur le sol national, et enfin une loi débloquant 390 milliards de dollars pour investir dans les énergies renouvelables.

Soit un peu moins de 1.800 milliards de dollars qui seront dépensés au cours de la prochaine décennie, ce qui représente chaque année environ 1% du PIB américain. L'administration Biden entend ainsi accomplir plusieurs buts : accélérer la transition énergétique pour atteindre l'objectif de zéro émission carbone en 2050, générer des emplois industriels pour les cols bleus (qui ont tendance à délaisser le parti démocrate au profit du parti républicain depuis plusieurs années), accroître la résilience de l'économie américaine dans un monde de plus en plus instable, et conserver son avancée technologique vis-à-vis du rival chinois.

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Dans cette optique, Joe Biden a maintenu en place la plupart des tarifs douaniers instaurés par Donald Trump. Début octobre, il en a également remis une couche en interdisant aux entreprises américaines d'exporter certaines puces haut de gamme vers l'Empire du Milieu, ainsi que le matériel et logiciel nécessaire à leur production. Mais aussi en empêchant les individus dotés de la citoyenneté américaine ou du statut de résident permanent de travailler dans l'industrie chinoise des microprocesseurs de pointe.

L'inflation, corollaire des « Bidenomics »

Mais si les ambitions déployées par la présidence Biden forment un pari sur le long terme, la politique est quant à elle plutôt le domaine du court terme. Or, la plupart des commentateurs s'accordent aujourd'hui pour dire que les sommes importantes injectées par le président dans l'économie ont contribué à un phénomène devenu la première source d'inquiétude des électeurs : l'inflation, qui a atteint un pic de 9,1% en juin dernier, un pic inédit depuis 40 ans. Elle est depuis redescendue à un peu plus de 8%, ce qui demeure très élevé par rapport à ce que l'économie américaine a connu au cours des dernières décennies.

Les démocrates peuvent certes souligner que l'inflation est aujourd'hui un phénomène mondial, causé par des phénomènes hors du contrôle de Joe Biden, comme le ralentissement de l'offre à cause du Covid, la guerre en Ukraine et le maintien de la politique zéro Covid en Chine. Si la relance a sans aucun doute aggravé le mal, elle ne l'a pas créé de toutes pièces.

D'autres soulignent les bénéfices qu'en dépit de l'inflation, la politique du président a eu pour l'économie, et en partie les classes populaires. Avec 3,5% de chômage, l'économie américaine connaît actuellement le plein emploi, et le pays a connu une croissance de 2,6% au troisième trimestre, battant les estimations, tandis que le déficit commercial s'est réduit.

Dans les colonnes du New York Times, l'économiste Paul Krugman, proche du parti démocrate, pointe ainsi que « les revenus du travail des américains, ajustés par rapport à l'inflation, ont crû de 3,5% entre janvier 2021 et juillet 2022. En outre, les gains les plus importants sont allés aux travailleurs les moins bien payés. »

Les républicains font leur miel de l'inflation galopante...

Les républicains, de leur côté, affirment que l'économie était déjà en phase de redémarrage avant le plan d'investissement déployé par Joe Biden. Celui-ci serait donc venu apporter un excès artificiel de demande, aggravant l'inflation. Les conservateurs américains voient également dans la politique climatique de Joe Biden un danger pour la croissance. Alors que les États-Unis mettent largement la main au portefeuille pour permettre à l'Ukraine de repousser l'agression russe, le chroniqueur du medium conservateur The Wall Street Journal, Daniel Henninger, accuse ainsi les « Bidenomics »  de faire le jeu du Kremlin en affaiblissant l'économie américaine :

« Le problème économique mondial numéro 1 est l'inflation. Les démocrates viennent à cet égard de passer l'Inflation Reduction Act. Mais une lecture rapide du communiqué de la Maison Blanche sur cette nouvelle loi montre que l'inflation est ici un cheval de Troie pour promouvoir un ensemble de subventions et crédits d'impôts en faveur des énergies propres. Les conseillers de Vladimir Poutine peuvent ainsi constater que les démocrates sont désormais obsédés par la dépense sur le climat, avec peu de perspectives en matière de politiques pro-croissance sur les deux années à venir. »

...tandis que les démocrates dénoncent les attaques de Trump contre la démocratie

Les arguments des démocrates ne semblent guère avoir convaincu les électeurs, qui face à l'éminence du scrutin semblent plutôt sceptiques vis-à-vis de la politique économique de Joe Biden. Un sondage mené par RealClearPolitics montre ainsi que 58% des Américains désapprouvent la façon dont le président gère l'économie, contre 39% qui expriment un avis favorable en la matière. Réalisée par l'Ifop pour le site d'information et de conseils de voyage Partir à New York, une autre étude montre que 59% des Américains pensent que Joe Biden gère moins bien l'inflation que son prédécesseur, Donald Trump.

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L'inflation est en effet visible par chacun au quotidien, tandis que les retombées positives du plan d'investissement du président démocrate le seront à plus long terme. Mais les démocrates souffrent aussi d'un choix stratégique, celui d'avoir fait des attaques contre Donald Trump et son obstination à nier la validité de l'élection de 2020 l'un des thèmes majeurs de leur campagne des « Midterms », là où les républicains ont davantage insisté sur l'économie.

« Les démocrates doivent comprendre que nous pouvons l'emporter grâce à l'économie et l'inflation, mais que la hausse des prix va nous faire perdre si nous évitons la question », écrivaient ainsi récemment Patrick Gaspard, Stan Greenberg, Celinda Lake et Mike Lux, quatre têtes pensantes de la gauche américaine, dans une tribune pour The American Prospect, un magazine ancré à gauche. Fort de ce constat, un nombre croissant de candidats ont réorienté leur message pour parler davantage d'économie au cours des dernières semaines. Trop tard ?

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Commentaires 2
à écrit le 08/11/2022 à 20:43
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En france celui qui a indument dépensé des centaines de milliards d'euro, est toujours au pouvoir, par défaut certes, mais bon le mal continue.

à écrit le 08/11/2022 à 18:48
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Clairement les Bidenomics s'apparentent plus à un Bideconomic...

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