Taxe sur les bénéfices énergétiques : TotalEnergies sanctionne le Royaume-Uni

Le 17 novembre, le ministre des Finances britanniques avait annoncé la hausse de 25% à 35% d'une taxe sur les bénéfices réalisés par les entreprises énergétiques, dont TotalEnergies. Le pétrolier français, qui estime qu'il perdra 100 millions de livres par rapport à ce qui était prévu pour 2023, a donc trouvé une solution pour compenser ce manque à gagner.
TotalEnergies voit d'un mauvais oeil la décision du Royaume-Uni d'augmenter sa taxe sur les profits énergétiques.
TotalEnergies voit d'un mauvais oeil la décision du Royaume-Uni d'augmenter sa taxe sur les profits énergétiques. (Crédits : STEPHANE MAHE)

Taxer les bénéfices des entreprises énergétiques peut en effrayer certaines. En témoigne la décision du groupe TotalEnergies de réduire d'un quart certains de ses investissements prévus en mer du Nord britannique l'an prochain.

En cause, l'augmentation d'une taxe sur les bénéfices énergétiques. Instaurée en mai dernier, le gouvernement a annoncé fin novembre qu'elle passera de 25% à 35% et sera prolongée de trois ans, jusqu'en 2028. Londres compte ainsi mettre à contribution des entreprises qui ont vu leurs bénéfices s'envoler avec la flambée énergétique depuis le début de la guerre en Ukraine.

S'il existe toujours une possibilité de réduire cet impôt en échange d'investissements, ce qui est très critiqué par les écologistes, elle est désormais bien plus incitative pour les projets bas carbone et moins pour les projets pétroliers ou gaziers.

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100 millions de livres en moins

La réaction de TotalEnergies n'a pas tardé : dans une déclaration transmise ce vendredi à l'AFP, Jean-Luc Guiziou, patron de la filiale britannique d'exploration et de production du groupe, a indiqué que le groupe évaluait « l'impact sur ses projets actuels et prévus » d'un « nouveau changement de l'environnement fiscal » au Royaume-Uni. « Pour la seule année 2023, nos investissements seront réduits de 25% », a-t-il affirmé, confirmant des propos publiés jeudi dans Energy Voice. Cela représente 100 millions de livres en moins par rapport à ce qui était jusqu'alors prévu pour l'an prochain.

Parmi les investissements abandonnés par TotalEnergies figure notamment un projet dans le champ d'Elgin, au large d'Aberdeen, en Ecosse, de « puits intercalaire », un forage ajouté aux puits existants pour améliorer la récupération des hydrocarbures.

D'autres entreprises énergétiques ont annoncé que la hausse de cette taxe allait les contraindre à revoir, elles aussi, leurs investissements dans le pays, à l'image de Shell.

C'est un vrai revirement pour le géant britannique dont le patron, Ben van Beurden, avait pourtant estimé en octobre qu'une plus grande contribution du secteur à la protection des ménages les plus durement frappés par la flambée énergétique était « une réalité sociale » qu'il fallait « accepter ».

Un nouveau budget placé sous le signe de l'austérité

Face aux critiques des pétroliers, un porte-parole du gouvernement britannique a réagi ce vendredi même expliquant que cette taxe rehaussée « est conforme à d'autres pays européens, comme l'Italie ».

Il ajoutait :

Si les investissements sont le choix « de chaque entreprise », le gouvernement britannique « considère qu'il est juste que ceux qui ont les épaules les plus larges (...) contribuent le plus, pour que nous puissions continuer à soutenir les personnes vulnérables ».

Le groupe pétrolier aurait pu espérer y échapper tant la majorité conservatrice a longtemps résisté à l'instauration de cette taxe, craignant de décourager l'investissement dans le secteur en pleine crise énergétique. Mais la nécessité de remplir les caisses de l'Etat a finalement eu raison de ses réticences, et la majorité s'est rangée au côté de l'opposition travailliste et des ONG qui militaient activement pour cette taxe.

Pour rappel, le 17 novembre dernier, le ministre des Finances britanniques, Jeremy Blunt, avait présenté un nouveau budget, en profitant pour annoncer le passage de la taxe sur les profits des géants énergétiques de 25% à 35%. Devait également voir le jour « une nouvelle taxe temporaire de 45% sur les producteurs d'électricité ». Au total, ce nouveau budget britannique est fondé sur 55 milliards de livres de hausses d'impôts et taxes et sur des coupes dans la dépense publique.

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La « contribution temporaire de solidarité » de l'UE

Le Royaume-Uni n'est pas le seul à vouloir taxer davantage les entreprises énergétiques qui réalisent des profits. La Commission européenne a lancé fin septembre une « contribution temporaire de solidarité » sur ces profits, fixée à 33% de la part des bénéfices 2022 supérieurs de plus de 20% à la moyenne des années 2019-2021.

TotalEnergies, qui a annoncé un nouveau bénéfice record au troisième trimestre, de 6,6 milliards de dollars, estime qu'il aurait à payer 1 milliard d'euros dans six pays de l'Union européenne en 2022 si cette contribution était appliquée partout. Ce pourrait bien être le cas en France. Cette contribution a, en effet, été transposée dans le projet de budget 2023 actuellement à l'étude.

Pour l'instant, en France, l'idée d'une taxation des « superprofits » des grandes entreprises plus généralement est, elle, systématiquement rejetée comme ce fut le cas, à nouveau, fin novembre, par le Sénat.

(Avec AFP)

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Commentaires 6
à écrit le 11/12/2022 à 10:24
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Dommage que vous ne disiez pas un mot sur les conséquences positives dans le sens de la transition énergétique ! Ni sur le résultat du calcul de Total qui sauvegarde ses profits colossaux au bénéfice de ses actionnaires au lieu de contribuer au réta...

à écrit le 03/12/2022 à 11:08
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Une fois de plus, les ONG qui ne représentent qu’elles même font pression pour un choix politique : en l’occurrence taxer des profits, et dépossèdent les citoyens d’un choix exercé démocratiquement !!

à écrit le 03/12/2022 à 5:53
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Taxer toujours plus cela a des limites.Totalenergies pourrait un jour délocaliser son siège social pour payer moins d impôt et investir plus dans la transition énergétique.En France on va vu ce que donnait la gestion publique d un groupe comme EDF : ...

à écrit le 03/12/2022 à 5:50
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Taxer toujours plus cela a des limites.Totalenergies pourrait un jour délocaliser si siège social pour payer moins d impôt et investir plus dans la transition énergétique.En France on va vu ce que donnait la gestion publique d un groupe comme EDF : d...

à écrit le 02/12/2022 à 21:06
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Bonjour, S'est moche l'ons ne peux avoir l'argent du beurre et le beurre a la fois... La faible fiscalité ne dure jamais indéfiniment

à écrit le 02/12/2022 à 19:38
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Le suicide occidental continue...

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