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ÉconomieInternational

Turquie : virage monétaire d'Erdogan avec la première hausse des taux de la banque centrale depuis deux ans

Isaure Défossé

Publié le 22 juin 2023 à 14:16 - Mis à jour le 22 juin 2023 à 14:29

Erdogan

Les taux directeurs turcs ont été relevés à 15% ce jeudi par la banque centrale du pays.

Reuters

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La Banque centrale turque a relevé à 15% son taux directeur. Cette augmentation, la première depuis deux ans, représente un revirement politique majeur. Le président turc Erdogan, convaincu que des taux élevés alimentent la hausse des prix, menait depuis des mois une politique économique peu conventionnelle contre la hausse des taux. Même si ces convictions restent inchangées, il avait laissé entendre ces derniers jours qu’il accepterait les « mesures nécessaires » pour « ramener l’inflation à un chiffre ».

Le taux directeur de la banque centrale turque a augmenté. Une première depuis deux ans ! Alors qu'il était à 8,5% depuis février, ce taux est désormais passé à 15%, ce qui représente une hausse de 6,5%. Selon la banque centrale, la décision vise « un resserrement monétaire afin d'établir au plus tôt le cours de la désinflation ».

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« Le resserrement monétaire sera renforcé autant que nécessaire, de manière opportune et progressive jusqu'à ce qu'une amélioration significative des perspectives d'inflation soit obtenue », a ajouté l'institution. Cette première hausse pourrait donc être la première d'une série destinée à se poursuivre dans les prochains mois.

Une hausse jugée insuffisante

« L'ampleur de la hausse des taux était inférieure à l'attente moyenne du marché d'une augmentation comprise entre 17 et 20% », estime Hamish Kinnear, analyste du cabinet de conseil en risques Verisk Maplecroft. Pour l'analyste, c'est le « signe que la nouvelle gouverneure cherche à faire preuve de prudence pour éviter un affrontement avec le président Erdogan ».

Nombre d'économistes avaient anticipé une hausse plus conséquente. Avant la décision, Fitch Ratings avait annoncé prévoir une hausse des taux jusqu'à 25% d'ici la fin de l'année. De leur côté, JPMorgan et Bank of America prévoyaient une hausse à 25%. L'économiste Clemens Grafe, de Goldman Sachs, s'était exprimé et avait déclaré qu' « un responsable conventionnel hausserait les taux à 40%, le niveau des taux réels en vigueur ». Ainsi, le relèvement des taux à 15% reste bas par rapport aux attentes des marchés selon les observateurs.

Pour Timothy Ash, ce n'est « pas suffisant. Ils auraient dû augmenter d'un coup », estime l'économiste de BlueBay Asset Management. « De nouvelles hausses sont nécessaires lors des prochaines réunions pour s'attaquer au problème de l'inflation en Turquie », ajoute Liam Peach, analyste des marchés émergents chez Capital Economics.

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La livre turque a chuté de 2,5% par rapport au dollar jeudi après-midi, montrant la déception des investisseurs concernant la décision de la banque centrale d'opter pour une approche progressive au lieu d'une hausse importante.

La fin d'une « politique économique non conventionnelle » ?

Toujours est-il que cette hausse de taux représente un tournant important dans l'économie turque. Jusqu'à présent, Erdogan avait forcé la banque centrale à baisser les taux d'intérêt. La volonté présidentielle étant de privilégier la croissance et la création d'emplois dans un « nouveau modèle économique ». Le chef d'Etat avait aussi soutenu que les taux d'intérêt élevés étaient promus par un « lobby » étranger.

Mais ce choix a contribué à une forte hausse de l'inflation. Selon les chiffres officiels, cette dernière était repassée sous la barre des 40% sur un an en mai. Mais les économistes indépendants contestent ce taux et l'estiment à plus de 100%.

La livre turque a, elle aussi, souffert de cette politique économique et a subi une dépréciation de 80% de sa valeur par rapport au dollar en cinq ans. Début juin, cette monnaie a chuté de 7% et a atteint des records à la baisse par rapport au dollar et à l'euro. Mercredi, la veille de l'augmentation des taux directeurs, un dollar s'échangeait pour environ 23,6 livres turques.

Quant aux réserves de change de la banque centrale turque, elles sont en terrain négatif pour la première fois depuis plus de 20 ans. En effet, 30 milliards de dollars ont été dépensés pour soutenir la monnaie nationale entre le début de l'année et le scrutin présidentiel, une mesure pour laquelle beaucoup d'économistes critiquent l'institution bancaire.

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Vers une « normalisation » de la situation

Depuis sa réélection au mois de mai, le chef d'Etat turc a donné des signes d'une possible inflexion vers une politique plus conventionnelle. D'après Rémi Bourgeot, économiste monétaire, on assiste à une « normalisation » de la situation économique du pays depuis les élections. Ce qui se traduit notamment par de nouvelles nominations à des postes cruciaux.

Hafize Gaye Erkan, ancienne cadre de Wall Street, a été nommée début juin à la tête de la banque centrale turque. Première femme à prendre les rênes de cette institution bancaire, la « fabuleuse Turque » comme l'appelle la presse aura pour mission d'endiguer l'inflation et la dépréciation de la livre turque.

Par ailleurs, c'est Mehmet Simsek, ancien économiste de la banque américaine Merill Lynch, qui occupe désormais le poste de ministre de l'Économie. Ce dernier, déjà ministre de l'Économie de 2009 à 2015 puis vice-Premier ministre chargé de l'Économie jusqu'en 2018, a annoncé dès sa prise de fonctions qu'il faudrait revenir à des « mesures rationnelles » pour redresser l'économie turque.

Le président Erdogan a affirmé mercredi dernier avoir « accepté » que sa nouvelle équipe puisse prendre des mesures qui contredisent ses convictions. Toutefois, certains observateurs restent dubitatifs. Le président turc, habitué à faire valser ministres et gouverneurs de la banque centrale lorsque ceux-ci contredisaient ses décisions, pourrait donner du fil à retordre à sa « nouvelle équipe ». Par exemple, certains observateurs craignent que la gouverneure de la banque centrale, nommée par décret présidentiel, ne puisse pas jouir d'une totale indépendance vis-à-vis du président turc, comme le supposerait sa fonction.

Lire aussiLa Turquie baisse ses taux directeurs de 1,5 point, à rebours du reste du monde

Cette hausse des taux risque surtout de se répercuter sur la croissance et de la faire ralentir. Mais pour Rémi Bourgeot, il n'y a pas d'autres choix. D'après l'économiste, ce développement économique est nourri par des déficits commerciaux, des bulles de financements et d'énormes créances de l'étranger. « La croissance de ces dernières années est élevée, mais elle est artificielle et n'est pas durable », avance-t-il.

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La hausse des taux constitue déjà une sorte de routine pour certaines banques

La Turquie n'est pas le seul pays à faire face à une inflation galopante. Mais, contrairement au pays oriental, de nombreuses banques centrales avaient déjà choisi (et depuis quelque temps) d'augmenter leurs taux. Jeudi 15 juin la BCE a annoncé une huitième hausse de ses taux directeurs. Du côté des Etats-Unis, la FED a augmenté 10 fois ses taux depuis le mois de mars 2022. Actuellement, les taux américains sont compris entre 5% et 5,25%.

Isaure Défossé

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