Ukraine, Syrie, propagande: Macron veut imposer des lignes rouges à Poutine
Aline Robert, Euractiv
Aline Robert, Euractiv
Au terme d'un marathon diplomatique sans précédent, le président français Emmanuel Macron a accueilli lundi 29 mai à Versailles son homologue russe Vladimir Poutine, après avoir rencontré Donald Trump ainsi que tous les dirigeants européens à l'Otan, jeudi à Bruxelles, puis au G7 en Sicile vendredi et samedi derniers.
L'invitation, lancée début mai par Emmanuel Macron pour l'inauguration d'une exposition sur la visite du tsar Pierre le Grand en France il y a 300 ans, montre le besoin réciproque des deux pays de renouer un dialogue, après des tensions sous François Hollande. L'inauguration abandonnée d'une nouvelle église orthodoxe et dorée au centre de Paris à l'automne dernier avait scellé le blocage de la relation entre les deux pays, même si les échanges se poursuivaient par téléphone sur le dossier ukrainien, sous le format « Normandie ».
Arrivé en retard au palais de Louis XIV, le président russe s'est entretenu et a déjeuné dans le cadre doré du Grand Trianon avec son équivalent français, qui juge qu'il n'y a « pas d'autre choix que de dialoguer avec la Russie ».
Les deux dirigeants ont évoqué longuement la question du terrorisme, avec des angles quelque peu différents, à propos de la Syrie et de l'Ukraine.
« Notre priorité absolue, c'est la lutte contre le terrorisme, et l'éradication de Daesh, et c'est pourquoi je souhaite renforcer notre partenariat avec la Russie», a assuré Emmanuel Macron, alors que Vladimir Poutine estimait de son côté que la crise en Ukraine ne pouvait être traité sans l'éradication des terroristes sur place, ces «fléaux du XXIe siècle».
A propos de l'Ukraine, Macron souhaite « que dans les meilleurs délais se tienne un échange sous le format Normandie [Russie, Ukraine, France et Allemagne, Ndlr] pour un bilan complet des accords de Minsk, et avoir accès à un rapport détaillé de l'OSCE» sur la situation sur place.
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Le président Poutine a, lui, évoqué les sanctions économiques, qui n'étaient pas acceptables dans le cadre de négociations internationales selon lui, et appelé à la levée de ces sanctions pour débloquer la situation en Ukraine. Une position sur laquelle la Commission européenne et la présidence française sont visiblement sur la même longueur d'onde : sans progrès dans le conflit sur place, il est hors de question de lever ces sanctions, qui concernent notamment des hommes d'affaires russes et ukrainiens. A l'inverse, la présidence française n'écarte pas de nouvelles sanctions.
A propos de la Syrie, les deux parties ont convenu de la mise en place d'un groupe de travail commun destiné à rapprocher le partenariat. Mais Emmanuel Macron a prévenu que toute utilisation d'armes chimiques en Syrie ferait l'objet d'une riposte immédiate. Une ligne rouge claire à propos de laquelle le président russe ne s'est pas exprimé.
Peu enclin à la "poutinophilie", le président français semble signer là une attitude plus pragmatique que son prédécesseur, inspirée de son conseiller diplomatique, Philippe Etienne, qui est un grand connaisseur de la Russie.
La relation entre les deux chefs d'Etat est donc aussi, voire surtout, le reflet de désaccords profonds. Mais le fait qu'elle existe rejoint le réalisme de la chancelière Angela Merkel à propos du fait que l'Europe doit désormais prendre son destin en main faute de pouvoir compter sur le Royaume-Uni et les Etats-Unis.
La rencontre Macron-Poutine tendrait à prouver que l'irruption de Donald Trump dans le paysage géopolitique pourrait favoriser un rapprochement de facto entre l'Europe et la Russie. Mais il s'agit d'un premier pas, qui s'inscrit dans une approche de relations internationales multilatérales. La question de la levée des sanctions envers la Russie n'est donc pas d'actualité, même si, pour la Russie, elle représente nécessairement une priorité.
« La priorité française, c'est l'Allemagne et le projet européen, alors que Moscou avait parié sur le délitement de l'Europe », assure-t-on dans l'entourage du président, reconnaissant de facto que la relation avec la Russie n'a rien de prioritaire. En tant qu'europhile convaincu et militant, Emmanuel Macron a été la cible directe si ce n'est du Kremlin, du moins de proches du Kremlin durant la campagne présidentielle.
Les médias Russia Today et Sputnik.fr, proches de la droite dure et financé par le ministère de la Défense russe, ont attaqué le mouvement En Marche sous tous les angles, lequel n'a de son côté pas mâché ses mots à l'encontre du pays qui avait accueilli Marine Le Pen durant la campagne. En Marche a finalement refusé l'accès à l'espace presse de ses meetings aux deux représentants de la propagande russe en fin de campagne électorale.
Interrogé sur le sujet, Emmanuel Macron s'est montré irrité contre les médias qui répandent des contre-vérités à son égard.
« Russia today et Sputnik.fr ne se sont pas comportés comme des organes de presse [pendant la campagne présidentielle], mais de propagande mensongère, ce n'est pas acceptable », a averti le jeune président visiblement irrité par le sujet, assurant qu'il garantirait en revanche l'accès de toute presse internationale à chacun de ses évènements.
Le président français a indiqué qu'il avait évoqué le sujet de l'ingérence russe dans la campagne française au téléphone avec le président russe, juste après son élection, et qu'il n'en avait pas reparlé par pragmatisme. Mais Poutine a, lui, évoqué des affabulations des médias, estimant qu'il n'y avait rien à dire parce que le sujet n'existait pas, et qu'il n'y avait pas d'ingérence.
Le président français a aussi abordé le sujet des droits de l'homme et notamment des gays persécutés en Tchétchénie:
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Les opposants russes à Poutine ainsi qu'une partie de la gauche française avaient reproché, lundi, à Emmanuel Macron d'accueillir le président russe sous les ors du palais de Versailles, et alors que la Russie réclame le rattachement de la Crimée justement au nom de la Russie de Pierre le Grand. « C'est une erreur », avait fustigé l'eurodéputé Vert Yannick Jadot.
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Par Aline Robert, Euractiv.fr
(Article publié le lundi 29 mai 2017 à 18h33 et mis à jour à 18h44)
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Aline Robert, Euractiv
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