En mars 2022, un procès symbolique des mutations du travail actuelles se tiendra au tribunal correctionnel de Paris. La plateforme de livraison de repas Deliveroo et trois de ses ex-dirigeants devront répondre des accusations de "travail dissimulé", soupçonnés d'avoir employé comme "indépendants" des livreurs qui auraient dû être salariés. Ce procès, le premier d'une telle ampleur en France, devra juger s'il y a eu lien de subordination entre les travailleurs et la plateforme. Au-delà des sanctions judiciaires qu'encourt l'entreprise britannique, c'est bien l'ubérisation du travail qui sera - aussi - sur le banc des accusés.
Car, depuis une décennie, l'économie numérique a bouleversé le monde professionnel et remis en cause plusieurs acquis sociaux, précarisant de fait certains travailleurs. Les situations des livreurs à vélo ou des chauffeurs de VTC sont souvent érigées comme les marqueurs de cette révolution 4.0. « Les travailleurs ubérisés sont en quelque sorte les prolétaires du XXIe siècle », écrivait à leurs sujets Karim Amellal dans La Révolution de la servitude (2018), mettant ainsi en exergue les dérives des plateformes numériques sur l'emploi.
L'enjeu des relations de dépendance entre plateformes et travailleurs n'est pas nouveau, mais le procès à venir de Deliveroo ravive les débats et convoque les tentatives d'encadrement législatif. En 2016, la loi Grandguillaume a pour la première fois posé les prémices d'une réglementation, en clarifiant les prérogatives propres aux chauffeurs de véhicules LOTI et celles relevant des VTC. L'initiateur de la loi, Laurent Grandguillaume, souhaitait alors défendre les « pots de terre » contre les « pots de fer » : les taxis, VTC et chauffeurs indépendants contre les plateformes. « Je ne me mettrai pas à genou devant une plateforme qui cherche à imposer son état de fait face à l'État de droit », clamait-il à l'Assemblée.