Arrivés en tête avec presque 30 % d'intentions de vote, Friedrich Merz et les deux partis conservateurs, CDU (Union chrétienne-démocrate d'Allemagne) et CSU (Union chrétienne-sociale en Bavière) risquent d'avoir du pain sur la planche.
Arrivé en tête des élections, le parti de la CDU mené par Friedrich Merz, va devoir rapidement conclure des alliances pour trouver une majorité et espérer sortir le pays du marasme économique.
[Article publié le vendredi 21 février 2025 à 11h45 et mis à jour le lundi 24 février à 14h18] L'Allemagne va-t-elle enfin retrouver de la stabilité depuis la dissolution de son Parlement en décembre ? Les Allemands se sont rendus aux urnes dimanche dans le cadre des élections fédérales anticipées. Arrivés en tête avec presque 30 % d'intentions de vote, Friedrich Merz et les deux partis conservateurs, CDU (Union chrétienne-démocrate d'Allemagne) et CSU (Union chrétienne-sociale en Bavière) risquent d'avoir du pain sur la planche.
D'autant plus que pour gouverner, la CDU va devoir trouver des alliés pour atteindre la majorité à l'assemblée parlementaire allemande. Les partis devront se mettre d'accord sur un programme commun, ce qui peut prendre des semaines, voire des mois. En 2021, dix semaines avaient été nécessaires pour former une coalition.
Un des scénarios les plus envisagés est un rapprochement de la CDU/CSU avec le SPD, le Parti social-démocrate d'Allemagne du chancelier sortant Olaf Scholz, qui a atteint environ 16,4 % selon les premiers résultats. Friedrich Merz a ainsi confirmé ce lundi son souhait de « mener de bonnes discussions rapides et constructives avec les sociaux-démocrates ».
« Une coalition CDU/CSU et SPD pourrait donner une marge de manœuvre en matière de politique économique », pointe François Cabau, économiste senior zone euro chez AXA Investment Managers. Il ajoute que les derniers points du programme économique publié en début d'année par la CDU se rapprochaient un peu plus de la ligne politique du SPD. Une telle coalition pourrait aussi inclure Les Verts (donnés à 13 %), ce qui donnerait une configuration noire-rouge-verte.
Trouver rapidement une coalition est d'autant plus important que l'Allemagne est en plein marasme économique. Un sujet au cœur des élections, le moteur de l'Europe ayant enregistré une récession deux années de suite (-0,3 % en 2023, -0,2 % en 2024). « Tout l'enjeu pour le pays est d'avoir un gouvernement stable pour sortir de l'ornière, et qui soit capable de donner un plan à suivre pour les prochaines années », commente François Cabau. La stabilité est l'un des prérequis pour relancer la croissance allemande, et réduire le niveau d'incertitude des ménages et des entreprises qui ralentit l'activité.
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Mais les sujets d'achoppement entre les partis sur les questions économiques sont nombreux. Parmi les principaux points de discordes : le «frein à l'endettement». Inscrite dans la Constitution allemande, cette règle limite les nouveaux emprunts à 0,35 % du PIB par an. Un carcan budgétaire qui a amené le pays à sous-investir en période de croissance, notamment dans les infrastructures comme les transports, la défense, la transition écologique, etc.
Réformer le «frein à l'investissement», comme le prône le SPD, risque d'être compliqué : sans être complètement fermés sur le sujet, les conservateurs se montrent plutôt réticents. Pour d'autres partis, comme l'AfD, le parti d'extrême droite qui arriverait deuxième selon les sondages (environ 20 % des voix), ou le parti libéral du FDP (crédité pour le moment de 4,3 %, un score insuffisant pour rentrer au Bundestag), c'est un non catégorique. «Plus il y a de formations qui rentrent au Bundestag, plus il y a de chance qu'une minorité bloquante puisse s'opposer à la réforme du frein à l'endettement», ajoute François Cabau.
Autre dossier tendu : les politiques énergétiques. La hausse des prix de l'énergie a mis à mal l'industrie allemande et sa compétitivité face aux concurrents étrangers, comme la Chine. Entre la fin du gaz russe et sa sortie progressive du charbon, le pays a misé sur les énergies renouvelables. La CDU a émis l'idée de relancer le nucléaire en Allemagne. Une proposition qui ne tiendra jamais face aux Verts ou au SPD.
Parmi les autres sujets qui font débat, l'immigration est un thème récurrent de la campagne, par ailleurs marquée récemment par plusieurs attaques meurtrières. Il y a également le sujet des aides sociales, les conservateurs souhaitant mettre fin à une réforme du gouvernement sortant d'une allocation citoyenne.
Instabilité géopolitique
Les tensions géopolitiques se sont aussi invitées dans les élections, les partis n'étant pas tous d'accord, par exemple, sur la nature de l'aide à apporter à l'Ukraine. Alors que la CDU est pour la livraison d'arme à Kiev, le SPD préfère agir avec «prudence» sur cette question pour éviter une aggravation du conflit. D'autres formations, comme l'AfD, la gauche radicale Die Linke et le nouveau parti de la gauche conservatrice BSW, veulent, quant à eux, stopper de telles livraisons et conclure rapidement un accord de paix.
Des questions qui divisent l'Allemagne au moment où l'Union européenne se retrouve de plus en plus mise à l'écart d'éventuelles négociations de paix sur l'Ukraine entre la Russie et les États-Unis. « Alors qu'ellesemble actuellement écartée de potentielles négociations russo-ukrainiennes, l'Union Européenne aurait besoin encore plus rapidement d'une Allemagne forte », commente François Cabau.
Enfin, Bruxelles et Berlin vont se retrouver affaiblis par les droits de douane mis en place au fur et à mesure par Donald Trump. Cela pourrait coûter cher à la croissance allemande. Mardi dernier, le président américain a même annoncé qu'il comptait imposer 25 % de taxes aux voitures importées aux États-Unis. Un coup dur pour le secteur automobile allemand déjà en crise.