Grèce : pourquoi Athènes demande une prolongation du programme de 2012

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Le programme continuera-t-il jusqu'en 2016 ?
Le programme continuera-t-il jusqu'en 2016 ? (Crédits : © Francois Lenoir / Reuters)
Le gouvernement grec a demandé la prolongation du programme d'aide jusqu'en mars 2016. Une décision qui ne se comprend que dans le cadre d'un accord global qui changerait la nature de l'aide.

Mercredi 10 juin, Athènes a demandé à ses créanciers la prolongation du programme de mars 2012 pour neuf mois supplémentaires. En théorie, ce programme devait s'achever le 31 décembre 2014. La troïka l'avait déjà prolongé en décembre jusqu'au 28 février 2015 alors que des élections anticipées devenaient incontournables en Grèce. Le 20 février, l'accord péniblement trouvé entre Athènes et ses créanciers avait prolongé à nouveau ce programme jusqu'au 30 juin 2015. Mais cet accord est en réalité resté lettre morte puisque les plans de réformes grecs ont tous été rejetés par les créanciers.

Utiliser l'ensemble des fonds et trouver un accord

Cette fois, donc, le gouvernement grec propose de prolonger le programme jusqu'au 31 mars 2016. Dans quel but ? Il ne s'agit pas de prolonger pendant neuf mois la situation actuelle où l'on négocierait encore sur des plans de réformes. En réalité, cette prolongation ne peut se comprendre que dans le cadre d'un accord avec les créanciers. Le premier but de cette prolongation est, du reste, de parvenir à cet accord. La date d'expiration du 30 juin laisse en effet peu de chance à ce que les 7,2 milliards d'euros qui restent disponibles soient libérés. Le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a, à de nombreuses reprises, prévenu que les fonds ne seraient libérés qu'une fois les « réformes mises en place », donc après l'adoption de la législation et l'atteinte de certains objectifs. La prolongation de l'accord permettrait donc de mettre à disposition de la Grèce l'ensemble des fonds.

Faire passer la dette grecque de la BCE au MES

Mais surtout, cette prolongation s'accompagnerait d'autres mesures visant à réduire le poids de la dette dans le budget hellénique. Ainsi, Athènes remet sur le tapis deux propositions jusqu'ici refusées par les créanciers et la BCE. La première consiste à faire racheter par le Mécanisme européen de Stabilité (MES) les 27 milliards d'euros d'obligations grecques détenues par la BCE dans le cadre de son programme de rachats de titre SMP en 2010 et 2011. Le MES échangerait alors ces titres, dont deux lignes arrivent à échéance cet été pour un montant total de 6,7 milliards d'euros, contre de nouvelles obligations ayant une maturité plus éloignée. Ceci éloignerait la question du remboursement de ces titres à la BCE cet été qui est peut-être l'obstacle le plus élevé que doit traverser la Grèce.

Utiliser les fonds du HFSF

La deuxième solution est l'utilisation des sommes restant dans le Fonds hellénique de stabilité financière (HFSF), l'organisme chargé de renflouer les banques. 10,9 milliards d'euros sont encore disponibles. Mais cet argent a été versé dans le cadre du programme de 2012. Il faut donc pouvoir prolonger ce dernier pour pouvoir l'utiliser. Athènes aimerait pouvoir user de ces fonds pour rembourser la BCE cet été (si la solution précédente échoue) et ses échéances du FMI. D'ici à la fin de l'année, la Grèce doit encore rembourser 5,1 milliards d'euros au FMI. Soit pas moins de 2,7 % du PIB. Libérer les fonds du HFSF permettait donc de rembourser le FMI sans presser davantage le budget.

Utiliser les fonds du programme pour l'économie grecque

L'idéal serait évidemment une solution mixte. Dans ce cas, pour cette année, l'Etat grec se verrait ôter la nécessité de rembourser pas moins de 11,8 milliards d'euros. Avec les fonds du programme, il pourrait alors non pas rembourser les créanciers, comme cela a été le cas jusqu'ici (90 % des fonds versés à la Grèce ont été reversés aux créanciers), mais utiliser cette « aide » pour rembourser les arriérés de l'Etat et investir dans le tissu économique, notamment dans les PME comme le prévoyait le programme de Thessalonique de Syriza. C'est pourquoi mercredi 10 juin au soir, après sa rencontre avec Angela Merkel et François Hollande, le premier ministre Alexis Tsipras a parlé d'une solution capable de « redresser l'économie grecque et pas seulement de rembourser les créanciers. » Bref, ce serait une modification majeure de la logique du programme de 2012.

Avec cette solution globale, il paraît évident que le gouvernement grec pourrait accepter des conditions plus sévères, non pas tant sur les aspects « structurels » comme les retraites ou le marché du travail que sur les objectifs d'excédent budgétaire primaire (hors service de la dette). Les 1 % du PIB, soit 1,9 milliard d'euros, visés par les créanciers semblent alors atteignables.

Difficultés

Il existe cependant quelques difficultés à ce plan. D'abord, la prolongation du programme doit être votée par certains parlements nationaux, notamment le Bundestag. Ce dernier devra aussi accorder au MES la possibilité de racheter la dette de la BCE. Ensuite, il faudra que la BCE accepte de vendre sa dette grecque au MES et qu'elle accepte aussi de libérer les 10,9 milliards d'euros du HFSF. Pour éviter précisément cette utilisation « budgétaire » de ces fonds, les créanciers avaient en effet exigé le 20 février que ces 10,9 milliards d'euros soient réservés aux banques et avaient placé le fonds sous la responsabilité de la BCE. Enfin, cette solution s'accompagnera sans doute de la part des créanciers d'une conditionnalité renforcée. Demanderont-ils alors à nouveau de toucher aux retraites ou au marché du travail ? L'objet actuel des discussions porte sans doute sur ce plan global porté par Athènes.

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Commentaires
a écrit le 12/06/2015 à 18:04 :
Parmi les créanciers de la Grèce, il y a le FMI, qui n'est pas Européen et qui n'a aucun compte à rendre à Juncker, Merkel ou autre. Et le FMI ne négocie pas: il dit voilà mes conditions pour un nouveau prêt, point. C'est dû à ses statuts, et Christine Lagarde est très encadrée par son comité directeur. Comme le FMI est une pièce maîtresse dans la négociation, il n'y a qu'une solution, que la Grèce accepte les conditions du FMI, et les autres suivront. Ce ne sont ni Merkel, ni Juncker qui détiennent la clé.
a écrit le 12/06/2015 à 9:49 :
La Grèce a le choix, soit de rester "sous tutelle" de l'UE et donc d'être juridiquement irresponsable, soit de reprendre sa souveraineté et ne point reconnaître les dettes faites sous la pression de son "tuteur" (qui a pour nom Union Européenne)!
a écrit le 11/06/2015 à 17:41 :
NON, NON et NON !!! Ils se moquent du monde, n'ont aucunement l'intention de changer quoi que ce soit et attendent que les autres les engraissent !!! Il faut les virer illico presto !!!
Réponse de le 12/06/2015 à 0:29 :
Virez les certes, mais ils s'en iront avec votre epargne...ou votre augmentation d'impôt...au choix.

Si vous devez 1000€ à votre banquier que vous ne pouvez lui rembourser,vous avez un problème.

Si vous devez 100000000000€ à votre banquier que vous ne pouvez rembourser,c'est votre banquier qui a un problème....
Réponse de le 12/06/2015 à 12:23 :
@Géo: il faut savoir à un moment donné savoir, comme en bourse, essuyer ses pertes et tourner la page. Quand on est dans un marécage et que l'on s'enfonce de plus en plus, on est pas idiot et on fait marche arrière pour ne pas s'embourber un peu plus :-) Quant à partir avec l'argent du contribuable européen, c'est ce qu'ils ont déjà fait, non ?
a écrit le 11/06/2015 à 17:11 :
le Grexit est désormais reporté à 2016, puis en 2017 puis aux calendes ....
Arrêtez de croire jour après jour depuis 2008 à la fin de l'Euro, à l'explosion des monnaies, des banques ou des états et à l'arrivée d'un nouvel ordre mondial : les Maîtres du Monde disposent de tous les moyens de persuasion ou de coercition politiques, financiers et médiatiques pour amener les populations à penser qu'il n'y a pas d'autre choix que de se soumettre à cette technostructure ( par définition non élue ) assurant bien être matériel même relatif, protection individuelle même imparfaite et liberté contrainte
a écrit le 11/06/2015 à 17:06 :
Le problème grec aurait pu être réglé depuis plusieurs années, par la CE, car tout le monde savait qu'ils ne pourraient payer intégralement leur dette. Les banques ne ont irréprochables car elles ont continué à leur prêter de l'argent à des taux élevé et donc à s'enrichir sur le dos des Grecs. Cette politique a amplifié la déroute du pays, plongeant une grande partie de la population dans la misère. Ce qui les a privés encore plus de toute possibilité de rebond et donc de remboursement.
Quand à la France, elle n'a certainement pas besoin du prétexte de la Grèce pour sombrer dans les mêmes problèmes. Il suffit d'une simple remontée des taux d’intérêt et c'est la panique à bord. "La cigale ayant chanté tout l'été..."
Faute de VRAIES reformes et de réduction du train de vie de l’état et du secteur public, nous voila encore soumis aux coups de rabots bêtes et méchants. On n'a pas de leçons à donner aux Grecs.
a écrit le 11/06/2015 à 16:56 :
Comme en Espagne ce sont très souvent les retraités qui permettent aux jeune de leur famille de ne pas crever de faim. S'en prendre à eux reviendrait à précipiter la Grèce dans le chaos. Pour "Aube Dorée, voire pour Poutine, ce serait une belle aubaine.
a écrit le 11/06/2015 à 16:49 :
Malheureusement, les banques françaises vont se faire encore avoir, avec un risque, in fine pour les usagers des banques françaises et les contribuables français. Le couple américano-allemand qui règne sur l'Europe est vraiment délétère pour nos équilibres.
a écrit le 11/06/2015 à 16:33 :
Le grand perdant de cette bérézina, c'est la France et ces contribuables car les banques françaises, très exposées a la dette grecque, vont sans doute devoir être backées et renflouées par l’État. Les 2 grands gagnants sont la Grèce et l'Allemagne qui prennent l'ascendant a leur manière. D'autant que l'Espagne et l'Italie vont sans doute réclamer leur gamelle d'ici peu...
a écrit le 11/06/2015 à 14:33 :
Je me suis laissé dire que la moyenne des retraites en GRECE est d'environ 1000 euros pour un pays qui n'a presque rien à produire ni à vendre alors que le minimum retraite est en FRANCE d'environ 800 euros avec un cout de la vie bien supérieur. Je me demande parfois si on ne se fait pas enfler car en attendant la GRECE s'accroche à l' EUROPE et elle sait pourquoi.
Réponse de le 11/06/2015 à 17:27 :
"je me suis laissé dire" ? N’écoutez-pas tout ce que l'on vous dit !
Le minimum retraite en Grèce est de ... 360 euros et il faut trois ou quatre ans d'attente pour la toucher Le coût de la vie est plus ou moins équivalent a celui en France (en particulier du au matraquage fiscal ces dernières années). Quant a la moyenne des retraites en France elle est de 1.306 euros : http://www.latribune.fr/economie/france/la-pension-moyenne-de-retraite-s-eleve-a-1-306-euros-bruts-mensuels-475756.html
a écrit le 11/06/2015 à 13:26 :
"Il existe cependant quelques difficultés à ce plan" Ha bon ? Emprunter plus tout en remboursant moins...
Combien de circonvolutions avant de revenir au seul choix possible depuis le départ : faire défaut et quitter la zone Euro ou rendre réaliste son économie aux exigences de ma monnaie unique.
a écrit le 11/06/2015 à 12:55 :
Les banques sont responsables de la crise , elles devraient payer une partie de la dette grecque. C'est scandaleux de vouloir faire payer les retraités. Une taxe sur les transactions financières permettrait aussi de désendetter les états de l'UE qui ont déjà suffisamment taxé les contribuables.
Réponse de le 11/06/2015 à 13:25 :
Les banques ont déjà payé.
Réponse de le 11/06/2015 à 15:18 :
Une taxe est toujours payée par la classe moyenne à la fin et c est comme ça depuis toujours
Réponse de le 11/06/2015 à 15:36 :
en Grèce, pas une retraite en dessous de 1000 € : on aimerait bien la même chose en France !!!!!!!!!!!!!
Réponse de le 11/06/2015 à 15:51 :
Non seulement les banques n'ont pas payé pour les risques qu'elles ont pris en prettant de l'argent qu'elles n'avaient pas dès le départ, mais en plus elles ont reçues en retour des contribuables de l'EU, les hypotétiques intérêts qu'elles escomptaient gagner. Un véritable Casino dans lequel vous entrez quasiment sans le sous, vous misez 1000 fois plus que ce que vous avez, vous perdez tout...mais à la sortie on fait cadeau non seulement votre découvert mais en plus on vous offre un Bonus pour venir jouer la prochaine fois. Elle est pas belle la vie?
Réponse de le 11/06/2015 à 17:32 :
@bertrand :
retraire minimum en Grèce = 360 euros (de mémoire 280 euros pour les agriculteurs).
Age pleine retraite secteur privé : 67 ans ...
Vous voulez échanger votre place avec un grec ?
Réponse de le 11/06/2015 à 19:03 :
Vous avez raison, je dirais malheureusement . les 1000 euros sont rares.!!!
Réponse de le 12/06/2015 à 16:17 :
@guyb: et au Bangladesh, ils n'ont pas de retraite du tout. Il faudrait peut-être comparer ce qui est comparable plutôt que de lancer des chiffres qui ne correspondent pas à grand chose. Si les Grecs sont dans cette situation, ce n'est pas un hasard. Thomas Jefferson ne disait-il pas qu'on a jamais que le gouvernement qu'on mérite !!! Et encore ont-ils la chance de bénéficier de l'argent du contribuable européen :-)

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