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ÉconomieUnion européenne

Jeroen Dijsselbloem restera-t-il président de l'Eurogroupe ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 10 janvier 2017 à 14:05 - Mis à jour le 10 janvier 2017 à 14:06

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Le ministre des Finances néerlandais devrait perdre son poste après les élections du 15 mars 2017. Restera-t-il en président de l'Eurogroupe ensuite ? L'enjeu pourrait être plus important qu'on ne le croit.

Qui dirigera l'Eurogroupe après les élections néerlandaises du 15 mars 2017 ? La question commence à se poser dans les couloirs de Bruxelles et des grandes capitales françaises. Depuis le 21 janvier 2013, le ministre néerlandais des Finances, Jeroen Dijsselbloem préside cette réunion des ministres des Finances des 19 Etats membres de la zone euro. Son mandat de deux et demi a été renouvelé en juillet 2015 et court donc jusqu'au mois de janvier 2018. Mais il y a un problème : il y a de fortes probabilités que le politicien diplômé d'économie agricole à l'université de Wageningen, en Gueldre, ne soit plus après les élections législatives ministre des Finances. Pourra-t-il alors rester chef de l'Eurogroupe ?

Des élections en forme de désastre pour Jeroen Dijsselbloem

Les Néerlandais sont en effet appelés à renouveler le 15 mars prochain la Deuxième Chambre des Etats-Généraux, la chambre basse du parlement du Royaume. Or, les dernières enquêtes d'opinion ne sont pas très favorables au parti travailliste (PvdA, social-démocrate) de Jeroen Dijsselbloem. Ce dernier devrait, selon le sondage réalisé par l'institut Peil du 2 au 8 janvier 2017, passer de 38 à 10 sièges dans une assemblée qui en compte 150. Un niveau inédit pour ce parti. Le ministre des Finances, fer de lance d'une austérité particulièrement violente depuis 2012, n'est sans doute pas pour rien dans ce désastre. Il n'est donc pas certain que Jeroen Dijsselbloem reste à son poste, même si le PvdA demeure dans une coalition au pouvoir, ce qui n'est pas acquis.

En tout cas, la future coalition ne sera pas celle qui gouverne depuis 2012 et qui regroupe les Travaillistes et les Libéraux du VVD du premier ministre Mark Rutte qui, eux, perdaient 18 sièges à 23 élus seulement. Avec 33 élus, la coalition sortante sera fort loin des 76 sièges nécessaires à la majorité. Et il est peu probable que les partis qui viendraient rejoindre éventuellement les deux partis pour former une coalition (fragile) contre l'extrême-droite du PVV (donnée en tête avec 35 sièges contre 15 en 2012) acceptent de maintenir Jeroen Dijsselbloem aux Finances.

Aucune règle fixe

Si, donc, Jeroen Dijsselbloem doit quitter son portefeuille, pourrait-il rester président de l'Eurogroupe ? A priori, aucune règle ne l'empêche. L'Eurogroupe n'est pas une institution officielle : elle ne figure pas dans les traités européens, mais dans le troisième protocole du traité de Lisbonne de 2009 qui précise seulement que « les ministres des Finances des Etats dont la monnaie est l'euro se réunissent entre eux de façon informelle » et que cette instance élit « un président pour un mandat de deux ans et demi à la majorité de ces Etats membres ». Le reste n'est régi par aucune règle autre que celle que décident d'instituer les membres de l'Eurogroupe. Jusqu'ici, la tradition a été d'élire un d'entre eux comme président, d'abord Jean-Claude Juncker (de 2009 à 2013), alors premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg, puis, donc, Jeroen Dijsselbloem. Mais, rien n'empêche les membres de l'Eurogroupe de ne pas lier ce mandat à la qualité de membre. Dans ce cas, le Néerlandais pourrait demeurer en place une fois son portefeuille perdu à La Haye.

Les arguments en faveur de Jeroen Dijsselbloem

Plusieurs éléments plaident en faveur de ce scénario et du maintien de Jeroen Dijsselbloem. D'abord, le Néerlandais, après des débuts difficiles, a pleinement joué le rôle que ses collègues les plus influents, à commencer par Wolfgang Schäuble, son homologue allemand, attendaient de lui. Durant la crise chypriote en 2013 et encore davantage durant la seconde crise grecque au deuxième trimestre 2015, Jeroen Dijsselbloem s'est montré un inflexible défenseur des intérêts créanciers des Etats de la zone euro et de la ligne austéritaire. Sous sa férule, l'Eurogroupe a clairement fermé la porte à tout compromis avec le gouvernement Tsipras, puis, dans l'application du troisième mémorandum, a su progressivement renforcer sa mainmise et ses exigences sur Athènes. Jeroen Dijsselbloem est un défenseur convaincu de la ligne Schäuble : il a critiqué les bienveillances budgétaires de la Commission et a rejeté le projet de relance en zone euro. En cela, Berlin y voit un allié sûr dont il n'a pas forcément envie de se débarrasser. Si le ministre allemand se tait, car, officiellement, il ne veut pas soutenir de social-démocrate, le ministre slovaque Peter Kažimír a jugé que le Néerlandais « devrait rester en place ». Ce Peter Kažimír, quoique social-démocrate, est un allié sûr de Berlin au sein de l'Eurogroupe.

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Vers une présidence permanente ?

Mais il y a plus : la confirmation de Jeroen Dijsselbloem pourrait ouvrir la voie à une présidence à plein temps de l'Eurogroupe. Peter Kažimír ne s'en est pas caché : « Ce serait l'occasion de se pencher sur une présidence permanente de l'Eurogroupe. » Cette présidence dédiée à l'Eurogroupe serait en réalité, un premier pas vers un « ministre des Finances » de la zone euro, un des objectifs de Wolfgang Schäuble qui souhaite, du reste, confier à un tel responsable le contrôle budgétaire des Etats membres, aujourd'hui aux mains de la Commission. Il est certain qu'une telle présidence renforcerait encore le pouvoir informel de l'Eurogroupe qui s'est déjà considérablement renforcé avec la crise de la dette de la zone euro. Le ministre des Finances allemand, qui n'a que des raisons de se féliciter du travail de Jeroen Dijsselbloem, pourrait y voir une bonne occasion de faire avancer sa conception de l'Europe. Et de renforcer ainsi son contrôle de cette instance.

Un autre social-démocrate ?

Tout n'est cependant pas si simple et il faut compter également avec la politique européenne qui, en ce début d'année 2017, est fort complexe. La décision concernant l'Eurogroupe pourrait aussi dépendre de l'élection ce 17 janvier du nouveau président du parlement européen. Si le conservateur Antonio Tajani décroche le perchoir, il sera difficile de refuser à un social-démocrate le poste de président de l'Eurogroupe, car les Conservateurs auront les principaux postes clés : présidence de la Commission, du Conseil et du parlement. Or, Jeroen Dijsselbloem n'est pas le plus apprécié par ses camarades socialistes européens qui l'ont beaucoup critiqué pour son attitude face à la Grèce, notamment lorsque l'Eurogroupe a validé la suspension de la restructuration de la dette grecque après les annonces de primes pour les retraités par Alexis Tsipras en décembre. Sans légitimité nationale, il pourrait perdre le soutien des socialistes européens qui pourraient être tentés de placer quelqu'un d'autre à ce poste. Problème : les candidats ne sont pas nombreux. Il ne resterait guère que Peter Kažimír, puisque Michel Sapin est menacé par les élections françaises et que Wolfgang Schäuble n'acceptera évidemment jamais un candidat portugais, italien ou grec à ce poste. Mais la nomination du Slovaque sera une victoire à la Pyrrhus pour les socialistes : elle ne changerait rien dans le fond. Peter Kažimír est un défenseur de la stricte orthodoxie budgétaire qui, en juillet 2015 s'était réjoui d'avoir « mis fin au printemps d'Athènes ».

Un Conservateur ?

Reste enfin un dernier cas de figure. Si ni l'option d'un président sans mandat national, ni celle d'un autre social-démocrate, la majorité s'appliquera. Or, la majorité de l'Eurogroupe est clairement conservatrice ou proche des conceptions de Wolfgang Schäuble. Le tour de l'espagnol Luis de Guindos, mollement défendu par Berlin en 2015, serait alors peut-être venu, même si, les dérapages budgétaires espagnols jouent contre lui. Autrement, Wolfgang Schäuble pourrait préférer soutenir un conservateur du nord, autrichien, néerlandais, belge ou finlandais, par exemple.

Un vrai gouvernement économique de la zone euro

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Quoi qu'il arrive, l'Eurogroupe de 2016 est une des instances les plus puissantes de la zone euro. Cette réunion gère de facto le plan grec, puisqu'elle est formée des membres du conseil d'administration du Mécanisme européen de Stabilité (MES), organisme qui distribue les fonds à Athènes. Mais son rôle est clairement plus vaste : il s'agit d'un véritable « gouvernement économique » de la zone euro qui donne les grandes orientations communes à l'union monétaire. C'est ainsi qu'il a renforcé le chemin d'une politique refusant tout soutien public à la politique de la BCE en repoussant l'idée de la Commission européenne d'une relance de 0,5 % du PIB pour 2017. De même, en 2015, les Chefs d'Etats et de gouvernements ont clairement laissé l'Eurogroupe s'assurer du maintien d'un « ordre » budgétaire en zone euro dans le cas grec, et c'est précisément ce qu'Alexis Tsipras n'avait pas, alors, réussi à contourner. De ce point de vue, le choix de la succession ou non de Jeroen Dijsselbloem semble davantage important pour l'avenir de la zone euro que l'élection présidentielle française, malgré les vastes projets de réformes des candidats. Car si Berlin maintien son contrôle sur cette instance ou le renforce, aucun de ces beaux projets ne pourront voir le jour.

Romaric Godin

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