La BCE commet une faute... et sanctionne la presse !

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La BCE a commis une série de négligences cette semaine
La BCE a commis une série de négligences cette semaine (Crédits : © Kai Pfaffenbach / Reuters)
Benoît Coeuré aurait, suite à une "erreur de procédure", divulgué des informations sensibles à certains hedge funds. La BCE a alors décidé de supprimer l'envoi des discours à la presse sous embargo. Une preuve de plus de l'irresponsabilité juridique de l'institution.

C'est une erreur de communication bien malvenue pour la BCE. Lundi 18 mai au soir, à Londres, Benoît Cœuré, membre du directoire de l'institution de Francfort intervient dans un colloque organisé par plusieurs think tanks et financé par Brewan Howard, un fonds spéculatif (« hedge fund ») de la City. L'assistance est triée sur le volet et comporte plusieurs dirigeants d'autres fonds spéculatifs. Persuadé (selon ses dires) que son intervention est, au même moment, publiée sur le site de la BCE, Benoît Cœuré explique alors que la banque centrale va accélérer ses rachats d'actions avant l'été.

La faute...

L'ennui, c'est que ce discours n'a pas été publié comme l'affirme le Français. Les participants à cette petite rencontre très select de la City ont donc bénéficié d'informations confidentielles. Ce n'est en effet que le 19 mai au matin que le reste du monde apprendra de Benoît Cœuré cette décision de la BCE. Or, ces informations ont été potentiellement très juteuses pour les fonds présents à la réunion de lundi soir. Dans le contexte de remontée des taux longs, cette décision constitue en effet une réponse de la BCE qui ne devait pas manquer de faire baisser les taux et l'euro. Les fonds spéculatifs informés par le membre du directoire lundi soir pouvaient alors simplement prendre des positions pour parier sur ses mouvements pour faire un bon bénéfice.

En dialogue permanent avec les marchés

Ce type de rencontres « confidentielles » entre banquiers centraux et acteurs de marché est courant. De fait, la BCE dépend des marchés pour la transmission de sa politique monétaire. L'institution de Francfort ne peut en effet influencer l'économie réelle directement. Elle passe par les banques en partie, via ses opérations de refinancement, mais surtout par les marchés. C'est aussi la raison pour laquelle cette institution de la zone euro utilise l'anglais comme seule langue officielle. Dans la zone euro, l'anglais n'est pourtant parlé officiellement qu'en Irlande, mais c'est la langue des marchés. Et la BCE parle d'abord aux marchés. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'elle entretienne des « liens privilégiés » avec les acteurs du marché. Le problème commence lorsque certains acteurs sont traités différemment d'autres. Du reste, mercredi, on ne décolérait pas à la City. « Si quelques acteurs de marché ont eu accès à des informations à un autre moment que d'autres, c'est totalement irréfléchi », se plaignait ainsi à Bloomberg un investisseur londonien.

Une série de négligences...

A la BCE, on plaide la bonne foi. Il y a eu une « erreur de procédure » qui a conduit à ne pas publier le discours de Benoît Cœuré lundi soir. Et l'on promet de revoir les procédures et notamment de mettre fin aux envois des discours sous embargo aux journalistes avant qu'ils ne soient prononcés. La défense semble particulièrement étrange. S'il s'agissait réellement d'une « bourde », pourquoi alors ne pas avoir rapidement corrigé en publiant le texte de l'intervention de lundi soir le plus rapidement possible, avant l'ouverture des marchés européens mardi ? Au lieu de cela, l'information a été rendue publique mardi matin, après cette ouverture, comme si rien ne s'était passé lundi soir. A l'erreur de procédure s'ajoute donc, semble-t-il une volonté de « cacher » cette erreur...

Quant à la fin de la transmission des textes sous embargo, c'est une réponse encore très étrange. Aucun journaliste n'a, dans ce cas, brisé l'embargo. On châtie donc des innocents. Mieux même, l'absence d'envoi du texte sous embargo lundi aurait pu (ou dû) agir comme une « alerte » pour les services de la BCE. S'il est impossible de dire s'il y a eu volonté de favoriser une partie du marché, il y a eu une série de négligence immense et une réponse clairement inappropriée.

La question de l'irresponsabilité juridique de la BCE

En réalité, cette nouvelle mésaventure de la BCE vient mettre en lumière l'étrange objet juridique qu'est la BCE. Une question soulevée récemment par l'économiste Philippe Legrain, notamment. Protégée par une indépendance qui est conçue de façon fort extensive, la direction de la BCE n'a, en réalité, de comptes à rendre à personne. On l'ignore souvent, mais la BCE, par exemple, établit sa propre législation du travail pour ses salariés. Cette indépendance frôle donc souvent l'irresponsabilité. Toujours prompte à donner des leçons de responsabilité aux partenaires sociaux ou aux Etats, la BCE ne parvient pas à s'appliquer cette règle. Les membres de son directoire sont absolument intouchables juridiquement. La preuve la plus éclatante de ce fait est évidemment le comportement de l'ancien président de l'institution, Jean-Claude Trichet, qui, refusant de répondre de sa responsabilité dans la crise irlandaise devant le parlement irlandais, s'est contenté de se justifier dans une « conférence » à laquelle participaient les membres de la commission d'enquête. Mais en aucun cas, il n'a mis en jeu sa responsabilité, ni risqué une quelconque sanction. La BCE est un « trou noir » juridique qui lave son linge sale en famille et, souvent, ne le lave pas. La décision de sanctionner la presse pour une faute commise en interne illustre parfaitement cette volonté de trouver des « boucs émissaires » à un amateurisme qui s'explique aussi par cette absence de responsabilisation. Or, compte tenu du rôle que joue la BCE dans l'économie de la zone euro, ceci devient fort gênant...

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Commentaires
a écrit le 23/05/2015 à 10:04 :
moi j appelle cela de la haute trahison
a écrit le 22/05/2015 à 17:27 :
Si Mr Kerviel est coupable, d’autres erreurs ne sont-elles pas impunies ? On pourrait demander des remboursements de subvention pour les mises au chômage. Si des salariés qui ne sont que ingénieurs ou diplômés n’ont pas accès à la vie active, quelle est la définition pour mérite alors qu’il y aurait des rentiers de niches ou bien d’Etat, on ferait un FEODALISME D’ETAT contre le développement ? Quelles pertes sont récompensées de médailles, quelles pertes sont sanctionnées ? Une banque qui en Europe ruine de petits épargnants n’est-elle pas fautive au royaume français des grosses commissions et nombreux cabinets avec des cacadémies? Et pour le traité de MAASTRICHE, Y AURA-T-IL REMBOURSEMENT à 60% par Mr le boomster ? L’Europe ne cocotte-t-elle pas le chômage ?
a écrit le 22/05/2015 à 10:16 :
Mais ce n'est pas le Grec ou le Latin la langue officielle de la BCE ?
a écrit le 21/05/2015 à 22:41 :
haha les gens se disent choqués. C'est comme le droit de cuissage de l'époque médiévale. Vous pouvez vous offusquer du viol de vous ou de votre femme - mais pas en présence du roi ou de sa garde. Sinon vous perdez la vie (ou êtes traités de fachiste nazi).
a écrit le 21/05/2015 à 20:54 :
Pourquoi la presse serait - elle au-dessus de sanctions, A-t-elle tout pouvoir?Aurait-elle le monopole de la liberté d'expression?
a écrit le 21/05/2015 à 20:53 :
Pourquoi la presse serait - elle au-dessus de sanctions, A-t-elle tout pouvoir?Aurait-elle le monopole de la liberté d'expression?
a écrit le 21/05/2015 à 20:35 :
Comme si le fait d'informer les acteurs financiers ensemble ou plus ou moins de manière initiée allait changer le fait que la spéculation financière dans son ensemble n'a aucun effet sur l'économie réelle... La BCE est indépendante du pouvoir politique et donc des citoyens mais bat monnaie pour le seul bénéfice des banques et des fonds spéculatifs dans ces grands casinos où l'on parie sur des prix que sont les marchés. ça c'est le scandale, le reste n'est qu'une bataille entre joueurs sous la houlette du croupier.
a écrit le 21/05/2015 à 18:02 :
Quand un discours est "sous embargo", on ne l'envoie pas à la presse. Il faut être "hors sol" pour agir autrement... Le délit d'initié concerne tout le monde, non ? Alors pourquoi risquer de le favoriser ?
a écrit le 21/05/2015 à 16:11 :
Une erreur.. ou pas...un ballon d'essai...?
a écrit le 21/05/2015 à 11:28 :
Ils ont fabriqué du délit d'initié. La bonne blague. Ils ne le savaient pas? Il faudrait leur envoyer le Présigland François Hollande pour les réprimander.
a écrit le 21/05/2015 à 11:04 :
Juridiquement, ne s'agit-il pas d'un délit d'initié et donc répréhensible par la loi même si la BCE n'a de comptes à rendre à personne.
Il est temps que les citoyens français - et européens - se rendent compte qu'i faut sortir urgemment de l'UE et de l'euro car la BCE, la Commission Européenne ( non élues et "intouchables" ) et nos gouvernants européistes à la solde des banques et des ETN mènent les peuples au chaos.
Réponse de le 21/05/2015 à 11:25 :
Je le dis depuis des années mais on ne m'écoute pas….
Réponse de le 21/05/2015 à 17:05 :
avec le référendum en Autriche dans un mois, celui au RU et le possible Grexit de la Grèce, la situation pourrait vite évoluer.
a écrit le 21/05/2015 à 10:30 :
IL FAUT TOUJOUR CHERCHER A QUI PROFITE LE DELIE? MAIS MALEUREUSEMENTS LES LOUPS NE SE MANGENT PAS ENTRE EUX? LES LOIS NE SONT TOUJOURS APLICABLE QUE POUR LES PETITS ET LES FAIBLES DE LA BASE???
a écrit le 21/05/2015 à 10:25 :
Je ne comprends pas pourquoi l'independence politique d'une banque centrale va de paire avec une irresponsabilite juridique. Responsabilite juridique et independence politque peuvent tres bien aller de paire.
a écrit le 21/05/2015 à 10:10 :
Ce n'est pas sanctionner la presse que de cesser de lui partager des info confidentielles. La BCE y voyait un avantage auquel elle renonce du fait de son incapacité de gérer finement plusieurs niveaux de partage de la confidentialité. C'est une preuve de modestie, et c'est plus sain. Laissons l'art de laisser fuiter des informations aux exécutifs politiciens, aux juges et aux "whistle blowers".
a écrit le 21/05/2015 à 9:45 :
irresponsabilité? ou plutôt connivence! Tout le monde sait que les instances européennes et la finances sont très fusionnels! et quand en plus ils ne risquent rien pourquoi se priver!
Réponse de le 21/05/2015 à 10:05 :
D'autant plus que le maitre d'ouvrage est un ancien banquier, nous sommes dirigés par des gens qui nous prennent pour des "neu-neu"Bandes de truands !!!!!!!
a écrit le 21/05/2015 à 9:40 :
Ce genre de fuite est aussi gênante quand elle vient de la BCE que quand elle vient de .... Bercy.

Que dire en effet de l'information concernant la croissance du PIB France T1 tombe dans la rédaction des Echos le 12:05 0 22H00 alors que la publication officielle devait avoir lieu le 13/05 à 7H30.

Après enquête, on constate que l'information n'a pas fuité de l'INSEE, mais de Bercy.
a écrit le 21/05/2015 à 9:33 :
Ah parce que c'est seulement une faute ça! Je pensais que c'était même punishable par la justice ... laquelle vous allez me dire?

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