Les syndicats belges s'insurgent contre les "réformes" du gouvernement

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Les syndicats belges s'opposent à la politique de réformes du gouvernement.
Les syndicats belges s'opposent à la politique de "réformes" du gouvernement. (Crédits : © Yves Herman / Reuters)
La Belgique a connu d'importantes manifestations syndicales dans la semaine du 1er avril. En cause : la politique du nouveau gouvernement de droite. Mais ce dernier ne devrait pas réduire le rythme des "réformes."

En Belgique, la politique budgétaire du nouveau gouvernement de droite (le premier sans le PS depuis plus de 25 ans) de Charles Michel, entré en fonction en octobre 2014, est très contestée. Dimanche 29 mars, 17.000 personnes ont défilé dans Bruxelles contre cette politique (contre 5.000 environ attendus). Toute la semaine, des défilés et des grèves ont été organisés en régions, là aussi avec une bonne mobilisation. Les mouvements devraient en théorie se poursuivre jusqu'au 22 avril où ils culmineront avec une grève générale à laquelle a appelé pour le moment le syndicat de la fonction publique CGSP.

Réforme des retraites

Pourquoi cette colère ? Deux mesures exaspèrent les syndicats. La première est la réforme des retraites qui portera l'âge légal de départ à la retraite de 65 ans aujourd'hui à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030. D'autant que, selon Etienne de Callataÿ, chef économiste chez Bank Degroof à Bruxelles, « le gouvernement prépare des mesures sévères pour décourager les départs anticipés en renforçant les conditions de ces départs. » Or, en 2013, le précédent gouvernement mené par le socialiste francophone Elio di Rupo avait déjà durci les conditions de départ en « prépension » et la Belgique a vu son âge moyen effectif de départ à la retraite passer de 56,8 ans en 2001 à 61,6 ans en 2007 (derniers chiffres disponibles chez Eurostat). Le Belge partirait ainsi plus tôt que le Néerlandais (63,5 ans) et l'Allemand (62,7 ans), mais plus tard que le Français (60,2). Globalement, cet âge de départ effectif est dans la moyenne de la zone euro. Le gouvernement belge tente donc de faire passer le pays dans la partie supérieure du tableau. Ce qui exaspère Fidel Gavilan, conseiller au syndicat FGTB Metal à Gand, « avec 600.000 chômeurs, explique-t-il, la solution ne peut pas être de travailler plus longtemps. »

Le "saut d'index"

Même logique avec la deuxième mesure qui exaspère les syndicats : le « saut d'index. » La Belgique est un des rares pays européens (avec l'Autriche) à avoir conservé une « scala mobile », une indexation systématique et obligatoire des salaires sur l'inflation. Les milieux patronaux s'en plaignent amèrement depuis des années, mettant en avant une « perte de compétitivité. » Pour autant, le nouveau gouvernement de droite n'a pas osé supprimer une indexation à laquelle les Belges sont très attachés. Il a donc été décidé de faire un « saut. » Tant que les prix n'ont pas progressé de 2 %, l'indexation est gelée. Autrement dit, le gouvernement demande aux salariés belges d'accepter une perte de pouvoir d'achat jusqu'à 2 %.

Cette mesure de « saut d'index » est d'autant plus mal acceptée que l'indexation n'a pas provoqué les catastrophes économiques que les théories prédisent aux pays qui maintiennent de tels systèmes. Le pays reste fortement exportateur : la part des exportations dans le PIB  a même progressé de 77 % à 82 % entre 2010 et 2014. Mieux même, la Belgique a échappé à la récession de la zone euro, en grande partie parce que le pouvoir d'achat des salariés a été maintenu, ce qui a soutenu la consommation. Cette indexation est, compte tenu de l'actuelle situation (hausse des salaires réels en Allemagne et faible inflation), sans réel impact sur la compétitivité du pays. Depuis 2010, le coût du travail belge a progressé de 8,7 %, soit juste un peu plus que l'Allemagne (8,3 %).

Vers de nouvelles mesures d'austérité ?

Les syndicats interprètent ces mesures comme une volonté du gouvernement de diriger la Belgique vers une politique d'austérité. « Le gouvernement belge mène une politique de casse des acquis sociaux qui correspond à la vision très « thatchérienne » du parti nationaliste flamand N-VA soutenue désormais par le patronat flamand », explique Fidel Gavilan. Sans souscrire évidemment à cette analyse, Etienne de Callataÿ considère néanmoins qu'il faut s'attendre, avant la fin de la législature, à de nouvelles mesures d'économie sur la sécurité sociale et le service public. Par ailleurs, le gouvernement prévoit une réorganisation fiscale (« tax shift ») qui ferait peser l'impôt davantage sur la consommation, le capital et la pollution et moins sur le travail, ce qui risque de faire grincer des dents.

Les régions invitées à faire des économies

L'impression de mise en place d'une politique d'austérité est renforcée par le dernier « contrôle » budgétaire qui a révélé que les trois régions fédérées du pays (Flandre, Wallonie et Bruxelles-Capitale) devait trouver dès cette année 750 millions d'euros pour boucler leurs budgets. C'est un vrai casse-tête pour les trois entités. La Flandre doit trouver 400 millions d'euros, la Wallonie 250 et Bruxelles 100. Proportionnellement, le choc le plus sévère sera pour la capitale, même si Etienne de Callataÿ rappelle que cette région a bénéficié d'un transfert important cette année.

Que vont faire les régions ? Elles peuvent laisser filer leurs déficits, baisser leurs dépenses ou créer de nouveaux impôts. La question se pose notamment pour la Wallonie, dirigée par une coalition de centre-gauche. Si elle creuse le déficit, elle sera la cible de la majorité, notamment des nationalistes flamands de la N-VA qui participent au gouvernement fédéral et qui verront là une raison de plus de fustiger dans le nord du pays les « Wallons dispendieux. » Baisser les dépenses ne semble pas une solution pour le centre-gauche. Reste donc l'alourdissement des taxes. La loi belge laisse les régions libres de créer de nouveaux impôts dans la mesure où l'on n'impose pas deux fois le même objet. Les Socialistes wallons défendent l'idée d'un impôt sur le patrimoine, mais ils ne peuvent l'imposer seulement en Wallonie, car les contribuables iraient se réfugier en Flandre... Il y a donc fort à parier que ce soit la consommation qui soit imposée.

Quels effets et quelle mobilisation ?

Si Fidel Gavilan redoute que les atteintes au pouvoir d'achat n'entraînent une « stagnation » de l'économie belge, Etienne de Callataÿ estime que les effets macroéconomiques du resserrement budgétaire belge seront faibles. « Les effets de l'austérité en Belgique se font surtout ressentir chez nos voisins, car les ménages coupent, par exemple, les vacances à l'étranger. » Bref, la Belgique « exporterait » son austérité.

Quant à la mobilisation sociale, elle pourrait s'essouffler. C'est du moins ce que ressent Fidel Gavilan sur le terrain. « Le refus des syndicats libéraux et chrétiens-démocrates de se joindre au mouvement l'a pénalisé et on sent que la mobilisation commence à diminuer », estime-t-il. Elle pourrait cependant trouver un débouché dans les urnes, notamment par la confirmation de la percée du Parti du Travail belge (PTB) qui a obtenu 5,5 % des voix en Wallonie (2,8 % en Flandre et 3,8 % à Bruxelles) aux élections de juin 2014, et qui est encore donné en progression dans les sondages (8,3 % en Wallonie, 5,6 % à Bruxelles et 3,4 % en Flandre). Le PTB était fortement présent dans les cortèges, mais son poids ne lui permet pas encore de jouer un rôle majeur au niveau fédéral ou régional.

Un débat national qui se "décommunautarise"

Reste une leçon à tirer pour le pays de ce débat budgétaire : progressivement, le débat communautaire semble s'amenuiser au profit du débat économique. Du reste, le PTB est le seul parti non-communautaire de Belgique, et il profite de cette évolution. Plus étonnamment, c'est aussi le choix qui semble être fait par le leader de la N-VA Bart de Wever, le maire d'Anvers. Ce dernier entend mener une politique de droite au niveau fédéral. Et c'est le sens de son alliance avec les libéraux des deux communautés et les chrétiens-démocrates flamands. Il a trouvé en Charles Michel un allié de choix pour mener cette politique voulue depuis longtemps par les milieux patronaux du nord du pays. Du coup, il a défendu le choix de l'Etat fédéral de demander l'effort de 750 millions d'euros aux régions, contre les entités fédérales, y compris la Flandre. On s'est donc retrouvé dans une situation apparemment ubuesque où les socialistes wallons fédéralistes criaient à l'étranglement des régions, tandis que les nationalistes flamands défendaient l'Etat fédéral... mais ce ne pourrait être qu'une illusion d'optique.

Comme le souligne Etienne de Callataÿ, la N-VA pourrait chercher à gagner sur tous les tableaux. Si l'économie est effectivement dynamisée par les réformes, Bart de Wever se présentera en champion du succès belge. Sinon, il pourra toujours accuser les Francophones d'avoir fait échouer ses « efforts » et il reviendra à une ligne plus régionaliste.

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Commentaires
a écrit le 07/04/2015 à 23:52 :
Belgique n'existe plus, y a 2 pays : le nord et le sud, et entre les deux bruxelles ...
Sans parler des impots trop trop élevé en belgique, tout ça pour aider des chomeurs par millions...
a écrit le 07/04/2015 à 9:26 :
La Belgique est un des pays dont les institutions sont parmi les plus corrompues d'Europe, au point que la justice locale y est utilisée pour pour servir les intérêts de quelques potentats locaux.
Voyez la démonstration de ce qui précède sur le site www.smallcountrysmallminds.com
La présence des institutions européennes à Bruxelles est à peu près aussi ridiculement hypocrite que celle de Mr Juncker à la tête de la Commission.
a écrit le 06/04/2015 à 10:48 :
Il faut soutenir le gouvernement belge. Grace aux reformes le cout du travail belge baissera...ce qui permettra d'augmenter les dividendes aux actionnaires (au moins les efforts ne seront pas vains et profiteront à quelques uns) mais aussi d'amplifier la concurrence entre salariés europeens, les francais en particulier....Le systeme liberal fonctionne à merveille...comme naguere l'ideologie collectiviste, la surenchere et le toujours plus progresse en continu....

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