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ÉconomieUnion européenne

Pologne : fin de partie pour le PiS, l'opposition centriste et pro-européenne remporte les législatives

latribune.fr

Publié le 16 octobre 2023 à 05:46 - Mis à jour le 16 octobre 2023 à 16:30

Donald Tusk, chef de file de l'opposition

Donald Tusk, chef de file de l'opposition

Agencja Gazeta

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L'opposition centriste pro-européenne a remporté la majorité parlementaire aux législatives de dimanche en Pologne, battant les populistes nationalistes au pouvoir (PiS) et l'extrême droite réunis, selon les sondages à la sortie des urnes.

[Article publié le dimanche 15 octobre 2023 à 22h15 et mis à jour lundi à 7h45] C'est le début d'une nouvelle ère pour la Pologne. Au pouvoir depuis 2015, le parti Droit et Justice (PiS) a perdu dimanche les élections législatives. Selon les sondages à la sortie des urnes, les trois partis d'opposition centriste pro-européenne (la Coalition civique de Donald Tusk, les chrétiens-démocrates de la Troisième voie et la Gauche) ont remporté 248 sièges sur 460 au parlement. Ils arrachent ainsi la majorité, battant les populistes nationalistes au pouvoir (212 sièges pour le PiS) et l'extrême-droite réunis. Pour Donald Tusk, le chef de file de l'opposition, c'est la « la fin du règne du PiS. »

« La Pologne a gagné, la démocratie a gagné, nous les avons chassés du pouvoir (...) c'est la fin de cette mauvaise période, c'est la fin du règne du PiS », a-t-il déclaré immédiatement après la publication des sondages.

Âgé de 66 ans, Donald Tusk a été Premier ministre polonais entre 2007 et 2014 et président du Conseil européen entre 2014 et 2019. Il a promis de rétablir de bonnes relations avec l'Union européenne et de débloquer les fonds européens gelés par Bruxelles, en raison des différends survenus au cours des deux mandats du gouvernement PiS. Il a également assuré son intention de libéraliser le droit à l'avortement, un point de désaccord majeur avec le gouvernement PiS qui a mis l'accent sur les valeurs catholiques.

Conflit en vue avec le président ?

Le chef du PiS, Jaroslaw Kaczynski, a salué le succès relatif de son mouvement qui disposera de 200 sièges parlementaires, mais sans majorité permettant de former un gouvernement. « Que nous soyons au pouvoir ou dans l'opposition, (...) nous ne permettrons pas que la Pologne soit trahie », a-t-il toutefois averti. Selon Stanislaw Mocek, politologue et président de l'université Collegium Civitas, il y a maintenant « une chance pour qu'un gouvernement d'opposition émerge ». « Je pense que c'est en fait la fin du gouvernement PiS (...). C'est une chance pour nous de reconstruire notre position, avant tout en Europe », a-t-il déclaré.

Michal Baranowski, analyste du German Marshall Fund, a estimé que la Pologne pourrait désormais « revenir au centre décisionnel de l'Union européenne ». Il a ajouté que le sondage à la sortie des urnes laissait entrevoir la possibilité d'un « gouvernement d'opposition stable ». Toutefois, les analystes ont également averti que toute coalition gouvernementale formée par l'opposition pourrait être confrontée à des conflits fréquents avec le président Andrzej Duda, allié du PiS.

Les chiffres du sondage de sortie des urnes ne donnent pas aux alliés potentiels de l'opposition la majorité des trois cinquièmes requise pour pouvoir renverser les vetos présidentiels. Le taux de participation a été élevé - le sondage de sortie des urnes estimant le taux national à 72,9%. « Le taux de participation est probablement, et de loin, le plus élevé de l'histoire de la Troisième République », en 1989 ce taux étant de 62,7%, a déclaré à la presse Sylwester Marciniak, président de la Commission électorale nationale.

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Le PiS pourtant en tête dans les sondages

Avant le vote, le PiS était pourtant crédité de 32 à 34%, soit quelques points de plus que la Coalition civique (KO). Mais l'opposition ne cessait de réduire l'écart. Résultat, un gouvernement de coalition des libéraux, de la gauche et des centristes, devenait de plus en plus crédible. Pour beaucoup, « il s'agissait du scrutin le plus important depuis 1989. Car ce qui est en jeu, c'est l'avenir de la démocratie en Pologne et l'avenir de la Pologne en tant que démocratie et Etat de droit », déclarait avant le vote à l'AFP Dorota Dakowska, professeure de science politique à Sciences Po Aix-en-Provence (France).

Au début du mois, Donald Tusk avait réussi à rassembler des centaines de milliers de personnes dans les rues de Varsovie, lors d'une démonstration de force sans précédent. Néanmoins, il a concentré sa campagne sur les zones rurales et les petites villes où le soutien au parti au pouvoir reste fort, mettant l'accent sur l'économie. Le taux d'inflation reste élevé en Pologne, l'UE prévoyant 11,4% sur 2023, tandis que la croissance sera faible, à +0,5% du PIB.

Attaques personnelles

Le PiS s'est concentré sur la sécurité et la souveraineté nationale. En outre, il a lancé des attaques personnelles contre Donald Tusk lui-même, l'accusant d'être antipatriotique et de représenter les intérêts de Moscou et de Berlin. Le leader du PiS, Jaroslaw Kaczynski, véritable détenteur du pouvoir en Pologne, a même qualifié Donald Tusk de « personnification du mal absolu » et l'a accusé de « trahison nationale ». Les médias d'État et le réseau de médias régionaux contrôlé par le géant de l'énergie Orlen ont amplifié ces attaques.

En termes de politique étrangère, une nouvelle victoire du PiS aurait aggravé les tensions et fait de la Pologne un partenaire encore plus imprévisible au sein de l'UE. Le gouvernement actuel reste en effet à couteaux tirés avec Bruxelles depuis des années, principalement en raison des réformes judiciaires considérées comme une atteinte à la démocratie et à l'État de droit, mais aussi en raison des restrictions à la liberté des médias et aux droits des migrants. Ses relations avec l'Ukraine sont également fragiles, même si la Pologne a été jusqu'à présent l'un des principaux soutiens de Kiev envahi par la Russie.

Plus d'un million de réfugiés ukrainiens

La Pologne a accueilli plus d'un million de réfugiés ukrainiens, y a envoyé des quantités d'armes et d'aide, et joue le rôle clé dans le transit pour les approvisionnements occidentaux. Mais la décision de Varsovie d'arrêter les importations de céréales ukrainiennes pour protéger ses propres agriculteurs a irrité Kiev et, lors d'un conflit diplomatique très médiatisé, Varsovie a menacé de restreindre ses livraisons d'armes. Le président Duda est allé jusqu'à comparer l'Ukraine à un « homme qui se noie » et qui pourrait tirer ses sauveteurs sous l'eau.

Cette rhétorique visait probablement à gagner des voix nationalistes, mais elle reflétait aussi la « lassitude de la guerre » chez les Polonais. Un récent sondage a révélé qu'environ 40% des Polonais sont opposés à l'extension des dispositions permettant aux Ukrainiens d'accéder au marché du travail, aux soins de santé, à l'éducation et aux prestations sociales.

Le PiS a présenté l'élection comme un choix entre la sécurité face à une migration sans entrave, que ses opposants soutiennent, et une occidentalisation rampante qu'il considère comme contraire au caractère catholique de la Pologne.

« Cette élection montrera si la Pologne sera gouvernée par les Polonais, ou par Berlin ou Bruxelles », avait déclaré Jaroslaw Kaczynski, chef de file du PiS, à ses partisans lors du dernier rassemblement de campagne du parti vendredi.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2015, le parti a été accusé de saper les contrôles et les équilibres démocratiques, de politiser les tribunaux, d'utiliser les médias publics pour diffuser sa propre propagande et d'attiser l'homophobie. Le PiS a rejeté ces accusations et a nié vouloir quitter l'UE. Le parti affirme que ses réformes visaient à rendre le pays et son économie plus équitables, tout en supprimant les derniers vestiges du communisme. Il a construit son soutien sur des aides sociales généreuses, et affirme que les partis rivaux y mettront fin.

Annuler les réformes du PiS

Ancien président du Conseil européen Donald Tusk, a fait campagne en promettant d'annuler les réformes du PiS, de demander des comptes à ses dirigeants et de résoudre les conflits avec Bruxelles au sujet du régime démocratique. Donald Tusk affirme que son parti maintiendra les aides sociales.

Quel que soit le vainqueur, les agences de notation estimaient qu'il sera difficile de revenir sur les promesses d'augmentation des dépenses sociales, ce qui soulève des questions sur les finances publiques et rend les marchés nerveux.

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Les investisseurs étrangers ont retiré 2,3 milliards de dollars des obligations d'État nationales et détenaient en juillet moins de 15% des obligations en circulation, soit le niveau le plus bas depuis plus de dix ans et en dessous de la moyenne historique de 20%, selon les calculs de JPMorgan.

(Avec agences)

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