Régionales : l’Île-de-France, une terre industrielle à la « réputation internationale » ?

RÉGIONALES. Une « forte tradition » industrielle, une main d'œuvre « vaste et bien formée », des emplois industriels qui se maintiennent... L’Île-de-France concentre-t-elle encore la majorité des dépenses de R&D ? Qu'a fait la présidente-candidate Valérie Pécresse en cinq ans ? Que proposent ses rivaux Audrey Pulvar, Clémentine Autain, Julien Bayou et Laurent Saint-Martin ?
César Armand

7 mn

La région-capitale conserve « une forte tradition industrielle » entre un tissu de PME-PMI, « une forte densité d'entreprises technologiques », des pôles de compétitivité de « réputation internationale » et une « des plus fortes » concentrations scientifiques et technologiques en Europe, selon les chiffres-clés 2020.
La région-capitale conserve « une forte tradition industrielle » entre un tissu de PME-PMI, « une forte densité d'entreprises technologiques », des pôles de compétitivité de « réputation internationale » et une « des plus fortes » concentrations scientifiques et technologiques en Europe, selon les chiffres-clés 2020. (Crédits : Iris Ohyama)

Au lendemain des dernières élections régionales, l'industrie francilienne était la « première nationale en termes d'effectifs avec 460.000 emplois » avec une forte composante tertiaire et de nombreux centres de recherche de niveau mondial, relevait l'Institut Paris Région dans une note de janvier 2016 intitulée « Les lieux de l'industrie en Île-de-France ». Sa main d'œuvre apparaissait en outre comme « vaste et bien formée ».

Cinq ans se sont écoulés et la région-capitale conserve « une forte tradition industrielle » entre un tissu de PME-PMI, « une forte densité d'entreprises technologiques », des pôles de compétitivité de « réputation internationale » et une « des plus fortes » concentrations scientifiques et technologiques en Europe, selon les chiffres-clés 2020 de la région, établis par le même Institut Paris Région, l'Insee et la Chambre de commerce et d'industrie Paris IDF.

« L'industrie est décrite en perte de vitesse car il y a moins d'usines, moins de chaînes de fabrication, moins de chaînes de montages, mais il y a encore énormément d'emplois industriels », assure Mickael Le Priol, économiste au Centre régional d'observation du commerce, de l'industrie et des services de la CCI Paris IDF. Avec 40% des dépenses hexagonales, « la R&D est essentiellement implantée en Île-de-France », poursuit-il.

Un Commissariat au plan pour une « réindustrialisation verte »

Pour l'ex-communiste devenue insoumise Clémentine Autain, c'est « Valérie Pécresse [qui] a fait plonger l'économie régionale dans la crise ».

« Le nombre d'inscrits à Pôle emploi a augmenté de 140.000, un emploi industriel sur vingt a disparu et l'économie sociale et solidaire y est la moins développée de tout le pays », écrit dans son programme la députée de la 11e circonscription de Seine-Saint-Denis.

Elle, présidente du conseil régional, se constituera systématiquement « partie civile » dans les accidents de pollution industrielle « type Lafarge » et supprimera, « dès la première année de mandat », la totalité des aides et subventions à l'élevage intensif et/ou industriel. Son concurrent écologiste Julien Bayou ne dit pas autre et promet aussi bien « un plan anti-Lubrizol » - la région comptant 94 sites Seveso - qu'un plan de transition agroécologique régional afin de « sortir de l'agriculture industrielle ». Comme le gouvernement, le chef de file de « L'écologie évidemment » soutiendra l'hydrogène vert pour décarboner l'industrie.

Idem pour la socialiste Audrey Pulvar qui, si elle est élue, lancera un plan régional « hydrogène vert » avec des opérateurs de grands parcs de véhicules industriels : bus, car et camions. Elle créera aussi un Commissariat au plan régional pour investir pour une « réindustrialisation verte » et favoriser le développement de technologies en ce sens. Dans un autre registre, la tête de liste d'«Île-de-France en commun » déclare vouloir « accompagner l'implantation de nouveaux sites industriels » en matière de santé pour relocaliser la production de médicaments, vaccins, masques, seringues et lits de réanimation. « Nous aurons recours à une finance durable » avec des obligations vertes, dit-elle encore.

Des sites clés en main purgés de tout recours

Dans ce domaine, la majorité actuelle a, elle, subventionné à hauteur de 800.000 euros l'implantation d'une site de production de masques japonais Iris Ohyama à Lieusaint. Sur ce territoire de Seine-et-Marne, le conseil régional finalise d'ailleurs l'implantation d'une « usine du futur » qui s'adapte aux besoins de l'occupant grâce aux outils numériques sans revoir le permis de construire.

« L'idée est de concevoir une coque à la géométrie standardisée avec la capacité de procéder à des choix mobiliers et techniques », explique le directeur de l'ETI Elcimai, Christophe Chauvet. « Sa conception souple permettra une évolutivité du bâtiment », renchérit la directrice de l'établissement public d'aménagement Sénart, Aude Debreuil.

Ces sites clés en main sont devenus la partie la plus visible de la politique industrielle de Valérie Pécresse (Libres !). En novembre dernier, avec son agence d'attractivité Choose Paris Region, le conseil régional a présenté 7 terrains avec du bâti neuf ou à réhabiliter et 19 autres terrains terrains vierges de toute implantation où les industriels ont la possibilité d'avoir un site opérationnel en moins de deux ans. Les fonciers sont préservés de tout recours, étant des terres apportées par l'Etat situées sur des opérations d'intérêt national.

« Investir dans l'industrie, c'est investir dans l'avenir des Franciliens », a l'habitude de répéter la présidente sortante.

Une « place prééminente » dans l'industrie aéronautique

Durant le dernier mandat, elle a notamment piloté une stratégie « Smart Industrie » dotée de 300 millions d'euros pour « diversifier, moderniser, numériser et valoriser » ces métiers, un appel à projets « Relance industrie » d'un montant total de 170 millions d'euros ainsi qu'un « pack relance » avec PwC pour conseiller voire repositionner les entreprises demandeuses. Sa dernière-née, la société d'économie mixte Île-de-France Investissements et territoires va aider l'industriel de la tôle Lewis à relocaliser des emplois roumains à Nemours (77), assure Alexandra Dublanche, vice-présidente chargée de l'attractivité et du « dév'éco' ».

En complément de l'action menée par cette SEM, l'équipe candidate à sa succession propose de définir une trentaine de zones de reconquête économique avec des « financements renforcés » sur des territoires fragilisés économiquement. Ou encore un fonds d'investissement stratégique régional de 200 millions d'euros pour aider les TPE-PME et ETI à « traverser les turbulences » et notamment chez les sous-traitants de l'aéronautique et de l'automobile. Sur le même modèle ou presque, le "marcheur" Lauurent Saint-Martin propose, lui, de créer un fonds d'épargne populaire pour favoriser le développement des investissements industriels.

L'industrie est donc revenue à l'agenda politique francilien. Il serait temps. Depuis près de cinquante ans, souligne l'Institut Paris Région, entre la concurrence internationale, l'automatisation des lignes de production et l'externalisation d'activité vers des services, elle ne cesse de perdre des emplois. Malgré tout, au regard de chiffres de 2018, l'Île-de-France occupe, encore, une « place prééminente » dans l'industrie aéronautique, spatiale et de défense (100.000 emplois) de la même manière que la filière automobile recense 73.200 personnes.

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Commentaires 2
à écrit le 18/06/2021 à 12:40
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Ambigu qd même cet article, car si l'île de France concentre une forte part de RD du pays, les territoires industriels qui concentrent l'essentiel des cols bleus, se retrouve ds le Nord et l'est de la France pour l'automobile, le ferroviaire, la méca...

à écrit le 17/06/2021 à 20:52
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Quand je pense que cela fait 40 ans que l'on démantele aveuglement l'industrie Française et on n'a pas fait dans la frappe chirurgicale . La destruction créatrice chère à Schumpeter ,la seule différence c'est que nous nous reconstruisons en partie c...

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