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Entreprises & FinanceAssurance

Le coût de votre assurance auto indexé sur votre conduite ?

Photo de Ivan Best

Ivan Best

Publié le 20 mars 2016 à 08:00

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Près de 15.000 assurés ont déjà franchi le pas, optant pour une assurance auto au prix variable selon la qualité de la conduite. Les assureurs voient là un modèle d'avenir : à long terme, les clients devront-ils accepter que leur profil de risque soit mesuré à l'aide du big data? Faute de quoi, ils paieraient plus? Bienvenue chez Big Brother...

« Acceptez-vous que votre conduite soit notée en permanence ? » Espérant payer moins cher leur assurance auto, environ 15.000 automobilistes ont franchi le pas. C'est évidemment peu, en comparaison des 34 millions de voitures que possèdent les particuliers en France... Mais le mouvement est là, initié depuis quelques mois. Bien après le succès grandissant de cette formule dans des pays comme le Royaume-Uni, l'Italie, les États-Unis ou même l'Afrique du Sud.

Direct Assurance (filiale d'Axa) a tenu à ouvrir le feu avec YouDrive, au printemps 2015, sous forme d'un format test, avant de se lancer vraiment en novembre, tandis qu'Allianz avait proposé son offre en octobre. Amaguiz (Groupama) débarque actuellement sur ce nouveau marché. Les assureurs manquent évidemment de recul. Mais ils estiment que la demande française est bien là.

«À ce jour, nous totalisons 7.000 ventes en"Pay how you drive",nous constatons d'ailleurs une accélération des souscriptions »,affirme Delphine Asseraf, directrice Digital, marque et communication d'Allianz France.

Chez Direct Assurance, l'ordre de grandeur est le même. Ce sont donc au moins 15.000 assurés qui ont opté pour ce type d'assurance. Le modèle est contraignant. Pas techniquement -, il suffit de connecter un boîtier sur un « port » disponible sur toutes les voitures mises en circulation depuis 2001. La contrainte est de voir sa conduite surveillée en permanence. Les données sont communiquées au smartphone du conducteur, qui les transmet automatiquement à l'assureur. Déconnecter le smartphone est inutile : lors de la re-connection, le boitier transmet toutes les données du dernier déplacement. YouDrive retient quatre critères de « bonne conduite » : l'accélération, le freinage, la prise de virage (plus ou moins brutale) et l'allure. Allianz prend en compte aussi la fréquence d'utilisation.

Le principe est le même, celui de donner une prime à la bonne conduite, sous forme de baisse du coût de l'assurance.

«Notre objectif est d'offrir une assistance à la conduite, un accompagnement, et de valoriser les bons comportements »,souligne Delphine Asseraf.

Chez Allianz, en conduisant très bien, il est possible d'obtenir jusqu'à 30 % de réduction de sa prime d'assurance. Amaguiz promet jusqu'à -36%. Quant à YouDrive (Direct Assurance), les très bons conducteurs peuvent obtenir jusqu'à 50% de remise. Le paiement ayant lieu par prélèvement mensuel, la prime est ajustée chaque mois.

Seul YouDrive prévoit de faire payer plus cher ceux qui ne conduisent pas bien (+10% maximum par rapport au tarif de base). Pour les autres, la prime annoncée initialement ne peut être augmentée. Mais la comparaison est difficile, sachant que le public visé n'est pas le même.

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Pour tous ou réservé aux jeunes conducteurs ?

Allianz et Direct Assurance (YouDrive) s'opposent dans le choix de la clientèle cible. Direct Assurance réserve cette offre aux jeunes assurés (moins de sept ans de permis ou première assurance). Allianz, qui propose la formule à tout automobiliste, entend faire de cette large ouverture un atout commercial.

«Nous ne voulons pas réserver cette offre à telle ou telle catégorie d'assurés, il faut que chacun puisse s'y reconnaître »,souligne Delphine Asseraf. «Il y a une vraie maturité des Français, désormais prêts à retenir ce genre de formule innovante. »

La moitié des clients ont entre 30 et 50 ans, annonce-t-elle, et pour 64 % ce sont des hommes.

Chez Direct Assurance, Anne-Gaëlle Moisy, en charge de YouDrive, explique le choix de réserver l'offre aux jeunes conducteurs.

Trois raisons sont mises en avant.

«D'abord, ils sont les plus touchés par les accidents, et doivent donc payer des primes d'assurance considérables. C'est pour eux qu'une réduction est la plus incitative. Ensuite, avec ces jeunes conducteurs qui n'ont pas d'antécédent d'assurance, la volatilité du risque est très grande. Le tarif est a priori élevé en raison notamment de cette méconnaissance de leur comportement. La "DriveBox" permet de lever cette incertitude rapidement, un très bon conducteur peut obtenir une réduction de 50% de sa prime immédiatement, sans attendre treize ans (le délai légal pour obtenir une telle réduction, avec le système bien connu de bonus). En revanche, pour un assuré plus âgé, qui aurait déjà le bonus de 50%, la possibilité de baisser le tarif est bien plus faible. L'intérêt est donc moins évident. Enfin, cette offre implique des coûts - installation, gestion - que nous aurions du mal à imputer sur une prime d'assurance déjà faible a priori. »

Pourtant, en dépit d'une cible commerciale différente, l'écart de gain pour l'assuré n'est pas si important entre Allianz et YouDrive.

«Les premières échéances arrivent pour nos abonnés à l'"Allianz Conduite connectée", et nous constatons qu'ils bénéficient effectivement d'une réduction de leur prime : en moyenne, elle sera diminuée de 15 % »,affirme Delphine Asseraf.

Quand le type de conduite induit l'accidentologie

C'est un peu plus pour YouDrive.

«À ce jour, 90% des assurés bénéficient d'une réduction par rapport à leur tarif de base. En moyenne, cette réduction est supérieure à 20% »,déclare Anne-Gaëlle Moisy.

Mais il est plus facile de diminuer une prime d'assurance de l'ordre de 1.500 euros par an - un montant souvent atteint pour les jeunes conducteurs - que d'accorder une ristourne significative quand le coût annuel de l'assurance est limité à 400 euros.

Du point de vue de l'assureur, la qualité de la conduite est une donnée intéressante dans la mesure où une corrélation peut s'établir avec le nombre d'accidents, seuls déterminants des coûts. De ce point de vue, à l'heure où le big data s'implante à peine, l'incertitude demeure. « On ne sait pas encore vraiment ce qu'est un bon conducteur, quel lien il y a précisément entre le mode de conduite et la sinistralité », souligne Julien Hue, Directeur Innovations et télématique chez Amaguiz. Anne-Gaëlle Moisy confirme: « Notre préoccupation est que la réduction de la prime soit cohérente avec l'accidentologie. »

Pour les dirigeants de la branche assurance du groupe Société générale, qui n'excluent pas de se lancer eux aussi dans le « Pay how you drive » d'ici quelques mois, cela ne fait plus de doute : le lien entre bonne conduite et réduction des accidents est bel et bien établi. À l'appui de cette affirmation, leur expérience d'assurance de flottes de voitures en Italie équipées de capteurs. Ils ont pu constater que les conducteurs prudents, roulant plutôt lentement, avaient effectivement moins d'accidents. On s'en doutait, encore fallait-il vérifier.

Un panel de services liés à la voiture connectée

Amaguiz, qui vient de se lancer sur ce nouveau marché, conçoit le « Pay how you drive » comme partie prenante d'une offre globale d'assurance connectée.

« Nous voulons développer une véritable offre d'assurance connectée, souligne Julien Hue. Elle comprend le « Pay how you drive », mais pas seulement. Dans le courant de l'année, nous voudrons offrir un service de partage de véhicule, et de covoiturage (domicile-travail, par exemple). La réduction de la prime d'assurance accordée aux bons conducteurs prendra la forme de bons d'achats cumulables mois après mois. Au-delà, c'est un véritable panel de services attachés à la voiture connectée que nous voulons offrir. Au besoin, directement sur la voiture. »

Afficher sa bonne conduite ?

Véritables pionniers, les clients du « pay how you drive » aiment bien sûr les nouvelles technologies. Et ils en redemandent. "Les utilisateurs sont très friands de données détaillées sur leur conduite », souligne Anne-Gaëlle Moisy. « Nous leur fournissons déjà un accès en temps réel à l'analyse de leurs trajets et de leur score de conduite, mais ils réclament encore plus d'informations".
De cet intérêt, on tirait la conclusion chez Allianz, que les abonnés au nouveau service seraient demandeurs de partage sur les réseaux sociaux, prêts à afficher leurs progrès en matière de conduite auto. Or, c'est une surprise, les réticences semblent importantes à cet égard. « Ce qui rencontre moins de succès, c'est le partage des notes de conduite : les assurés ne sont manifestement pas « fans » », relève Delphine Asseraf.

Démutualisation

Ces offres connectées s'inscrivent dans un mouvement de démutualisation de l'assurance : de plus en plus, les assureurs abandonnent l'idée traditionnelle d'un tarif commun à tous, les bons risques payant peu ou prou pour les mauvais. À l'avenir, chacun paiera quasiment selon son propre risque, celui qu'il fait courir à l'assureur, les données collectées (big data) permettant de le mesurer.

Qu'arrivera-t-il à ceux qui ne voudront pas jouer le jeu, qui refuseront, en l'occurrence, de connecter leur voiture ? « Aujourd'hui, ces clients ne sont pas concernés, ils ont droit au tarif de base auto, qui évolue pour eux avec le système de bonus-malus, relève un analyste financier. Mais, à l'avenir, on peut imaginer que ce prix de base soit relevé. Pour obtenir un tarif d'assurance auto intéressant, il faudra sans doute accepter de se connecter. » « Off the record », un assureur confirme :

«De plus en plus, nous allons faire payer les clients selon leur profil de risque. Ceux qui ne veulent pas qu'on le mesure devront, dans un avenir plus ou moins lointain, accepter des tarifs plus élevés. »

Le règne de Big Brother ? Un autre assureur le déplore, en tant qu'automobiliste.

«Vous vous rendez compte, il faudra passer son temps à surveiller sa conduite, être rivé chaque soir sur son score du jour. Qui a envie de ça, à la longue ? »

Ivan Best

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