Les mutuelles santé veulent révolutionner le système des complémentaires

Propos recueillis par Ivan Best

Propos recueillis par Ivan Best
Les mutuelles santé, regroupées au sein de la Mutualité française, dont le congrès s'ouvre à Nantes ce 11 juin, ont-elles été le dindon de la farce de la généralisation de la complémentaire santé ? Celle-ci, décidée et dessinée par les partenaires sociaux dans le cadre de l'ANI de janvier 2013, et qui entre en vigueur le premier janvier 2016 -tous les employeurs devront alors offrir une « mutuelle » à leurs salariés- ne correspond à l'évidence pas à ce qu'avait espéré le monde mutualiste. Etienne Caniard, président de la Mutualité française, se montre plus critique sur le sujet. Interrogé par la Tribune, il souligne la décalage entre ce que le monde de la mutualité avait imaginé, et la réalité de législation actuelle.
De fait, sur les 4 millions de salariés non couverts par leur employeur au titre de la complémentaire santé, seuls 400.000 bénéficieront de ce nouveau droit. Pour les 3,6 millions autres, il s'agira d'un basculement de l'assurance individuelle vers la collective : la seule nouveauté sera un partage du financement avec l'employeur. Avec, éventuellement, une moins bonne couverture. On est loin d'une complémentaire santé généralisée à toute la population.
D'où l'idée, désormais, d'un véritable changement de système, d'une remise à plat globale.
Ce serait effectivement une révolution, avec la fin de la CMU, remplacée par un crédit d'impôt important pour les ménages à bas revenus. Un crédit d'impôt dégressif à mesure que les ressources augmentent, ce qui permettrait d'éviter les effet de seuil. La participation de l'employeur au financement de la complémentaire santé pourrait être déduite de ce crédit d'impôt.
Le problème, c'est qu'en attendant une telle réforme encore très hypothétique, les mutuelles santé vont sans doute perdre du marché, sous l'effet du transfert des complémentaires santé de l'individuel vers le collectif, d'ici le premier janvier. D'autant que la bataille est rude entre mutuelles santé, mutuelles généralistes, bancasssureurs, Institutions de prévoyance.... Nombre d'acteurs proposent aux employeurs des contrats de base, correspondant au nouveau socle de remboursement, dit ANI autour de 20 euros par mois par salarié : un montant qui, de l'avis de tous les experts, ne couvre par les frais.
Etienne Caniard le déplore :
Il s'agit notamment des bancassureurs, nouveaux sur le marché de la collective santé, et qui entendent dupliquer leur succès dans d'autres domaines de l'assurance (vie, bien sûr, mais aussi dommages...) et d'assureurs généralistes -y compris certaines mutuelles- qui peuvent vendre à perte des contrats collectif santé et se rattraper par ailleurs. Les mutuelles peuvent-elles se permettre de perdre des parts de marché, en attendant la grande réforme qu'elles appellent de leurs voeux?
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Propos recueillis par Ivan Best
Éolien en mer flottant : la filière est prête à passer à l’échelle industrielle en Méditerranée
Nucléaire : EDF s'apprête à signer un méga-contrat pour le génie civil de ses six EPR2
L’accord Trump-TotalEnergies sur l’abandon de l'éolien offshore attaqué en justice par sept États
Solaire résidentiel : la filière dénonce un « dogme fiscal » qui freine les batteries