Pour tout savoir (ou presque) sur l'affaire Madoff, le plus gros scandale financier de l'histoire

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En fin de semaine dernière, un nouveau scandale financier a éclaté. Le gérant de fonds Bernard Madoff est accusé d'avoir monté une fraude pyramidale portant sur 50 milliards de dollars. Retour sur une -nouvelle - affaire qui secoue à nouveau la planète finance.

Itinéraire d'une arnaque


La fraude "pyramidale" que Bernard Madoff est accusé d'avoir monté fonctionne de manière très simple. Il aurait commencé à démarcher de riches investisseurs et des banques pour leur proposer des placements avec rendements élevés (8% à 13%). Officiellement, il devait placer ces fonds en actions et reverser une partie des gains à ses clients. En réalité, Bernard Madoff aurait entrepris d'attirer toujours plus d'investisseurs, utilisant ses nouvelles liquidités pour rembourser les premiers selon le vieux principe de la "cavalerie".
Si la supercherie a pu tenir, c'est avant tout en raison de la réputation de l'homme qui a même dirigé le Nasdaq, la célèbre Bourse américaine des valeurs technologiques. Très introduit dans les milieux financiers de New York et les riches familles de Long Beach et Palm Beach, il a utilisé son réseau pour recruter ses premiers clients. Parmi les plus grosses victimes de son arnaque, figurent beaucoup de ses "amis" de longue date.
Mais l'élément qui a permis à Madoff de faire décoller son affaire tient surtout à un procédé machiavélique, qui n'a rien à voir avec la finance. Rapidement, le bouche à oreille a fait son ?uvre: les "placements Madoff" rapportaient beaucoup plus que les autres. Les clients potentiels se sont bousculés pour confier leur argent au gérant surdoué. Et au lieu de les accueillir à bras ouvert, il a fait la fine bouche. Il s'est permis de refuser des investisseurs fortunés à la réputation irréprochable. En quelques années, ses fonds sont devenus des placements exclusifs et réservés à une élite. Certains le suppliaient de s'occuper de leur argent. Un plan marketing impeccable.


Une société "sulfureuse"
Les premiers soupçons de la SEC (Securities Exchange Commission), le gendarme de Wall Street, sont apparus en 1992. L'institution avait enquêté sur deux comptables qui recrutaient des investisseurs pour le compte de Bernard Madoff. L'agence n'a cependant pas réussi à prouver l'existence d'une fraude pyramidale.
En 1999, Harry Markopolos, un investisseur d'une firme rivale, a alerté l'autorité de régulation boursière. Sommé par son employeur d'obtenir les mêmes résultats que les "fonds Madoff", il avait étudié la stratégie de ces derniers et conclu que de tels rendements étaient impossibles à obtenir à moins de reposer sur une fraude. Par la suite, il a encore alerté la SEC en 2005 et 2006, mais ses plaintes n'ont mené à rien.
Un peu partout dans le monde financier, une série de doutes régnaient sur les fonds gérés par l'accusé. D'après Charles Monot, le président d'Iceberg Finance, le principe de fonctionnement de ces fonds était réputé "sulfureux", Bernard Madoff étant soupçonné de bénéficier d'une information sur les flux grâce à son statut de courtier alors que c'était strictement interdit. Dans le milieu, il était supposé que l'homme était protégé par son réseau, notamment en tant qu'ancien président du Nasdaq.
Le manque de crédibilité de la société d'audit du groupe de Bernard Madoff était également jugé suspect. Il s'agissait en effet d'une petite société new yorkaise, Friehling & Horowitz, "inconnue et sans référence", selon Charles Monot et avec très peu de personnel.
L'absence d'un administrateur indépendant, la présence de plusieurs membres de la famille de Madoff dans son entreprise et l'inaccessibilité de l'homme lui-même, ne rassuraient pas de nombreux professionnels de la finance.


Les défaillances de la SEC
Après l'échec de l'enquête de 1992, plusieurs experts de Wall Street pensent que la SEC a eu moins d'ardeur à déclencher de nouvelles investigations. Reste que l'agence a été alerté à trois reprises des activités suspectes de Bernard Madoff et qu'elle n'a pas cherché à investiguer plus avant.
Une enquête interne a été ordonnée par Christopher Cox, le président de la Sec jusqu'à son remplacement par Mary Shapiro nommée par Barak Obama hier. L'enquête interne du gendarme de Wall Street devra établir pourquoi les allégations de Harry Markopolos n'ont pas été jugées crédibles. Elle portera également sur les liens entre son personnel et la famille ou les sociétés de Bernard Madoff.

 

Les victimes de la fraude Madoff

Les petits épargnants
C'est la question du moment en France. Si au début, on a crû que les pertes consécutives à l'effondrement du château de cartes de Bernard Madoff ne concernaient que des clients institutionnels ou très fortunés, il semble que de petits épargnants soient également touchés à leur insu.
L'AMF, l'autorité des marchés financiers, a créé la panique en annonçant que 8% des 500 millions de pertes possibles sur les fonds français toucheraient le grand public. On retrouve en effet des "fonds Madoff" dans des Sicav et des FCP distribués en France. Les épargnants ont en effet investi dans des fonds de fonds, des structures qui détenaient elles-mêmes des participations dans deux fonds bourrés d'actifs Madoff: le fonds luxembourgeois Luxalpha, propriété du géant suisse UBS et le fonds irlandais Thema Fund International, piloté par la première banque européenne, HSBC.
Par un phénomène de "poupées russes", des petits épargnants se sont donc retrouvés exposés aux produits de Bernard Madoff, sans même le savoir. Cependant, ces participations sont diluées dans des portefeuilles diversifiés et les pertes seront plus limitées que pour les investisseurs exposés directement. C'est ce qu'ont voulu expliquer le gouvernement et même l'AMF dans un second temps pour tenter de calmer le jeu.

Les grosses fortunes
La base du système Madoff reposait en partie sur sa réputation et son carnet d'adresse auprès des personnalités les plus riches et les plus influentes des Etats-Unis. Parmi ses victimes, on retrouve notamment l'ancien magnat du textile, Cal Shapiro, un "ami" de plus de cinquante ans de Bernard Madoff. Il aurait investi plus de 500 millions de dollars (350 millions d'euros), dans les fonds de son ami. Autre victime médiatique, le réalisateur hollywoodien Steven Spielberg, des familles fortunées de New York, Boston et Palm Beach en particulier celle de la communauté juive, Bernard Madoff étant particulièrement bien introduit au Country Club, un club ultra-select fondé par des résidents juifs dans les années 50.
En France, on évoque les noms des familles Bettancourt (L'Oréal) et Récamier (Vuitton), des noms de la publicité et de hauts fonctionnaires. Le prince saoudien Al-Walid aurait quant à lui perdu 4 milliards de dollars dans l'affaire.
Enfin, de nombreuses fondations américaines, qui avaient confié leurs fonds à Bernard Madoff, se retrouvent aujourd'hui en grande difficulté. Celle du prix Nobel de la Paix Elie Wiesel (également touché à titre personnel) a perdu "l'essentiel de sa fortune", soit 15,2 millions de dollars, selon le quotidien "Libération". La JEHT, une association new yorkaise consacrée à la réforme du système judiciaire, va elle devoir mettre la clé sous la porte en janvier, ruinée.

Les professionnels
Dénombrer l'ensemble des banques et des fonds touchés par la fraude présumée de Bernard Madoff serait trop fastidieux. Dans un monde de la finance mondialisé, les victimes se retrouvent sur tous les continents. En France, BNP Paribas et Natixis semblent les principales victimes de cette fraude pyramidale hors norme. La banque de la rue d'Antin risque une perte de 350 millions d'euros, tandis que la filiale des groupes Caisses d'Epargne et Banque Populaire a déclaré y être exposée indirectement à hauteur de 450 millions d'euros via les placements de certains de ses clients. En Espagne, le scandale pourrait avoir un impact supérieur à la faillite de Lehman Brothers en septembre sur les banques et la britannique HSBC va abandonner 1 milliard de dollars dans l'affaire.

 

Quid de Bernard Madoff?
L'ancien gérant de fonds a été assigné à résidence après avoir échoué à trouver suffisamment de garants pour sa caution. Mais il reste en liberté. Sa société a été mise en liquidation.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
My God!!! A l'allure où vont les choses je me demande à qui il faut faire maintenant.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
J'ai crû => verbe croître. J'ai cru => verbe croire !!! Relisez-vous attentivement !!!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
A quoi mène et mènera toujours l'appät du gain !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
l'histoire de la pyramide, est celle de celui qui est au sommet, mais j'en suis sur à prévu d'épargner pour lui et les siens, dans des lieux au paradis fiscal ou il est impossible d'y avoir accès même les états, quoique là je n'en suis plus sur, malgré l'arnaque qu'il a monté, il faudrait que l'argent qu'il a mis de coté pour lui ou les sien soient saisi comme pour le président dictateur des Philippines Marcos à la rue en temps que clodos, mais en lui donnant les médailles du mérite. avoir réussi à rouler dans la farine les institutions de la finance !!!!!!!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
vite la prison !!!! et que l'on continue les enquètes car il y en a bien d'autres qui la méritent ......
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Comme je l'ai déjà écrit on finira par imputer à Madoff plus qu'il n'en a fait, tant que le détail de sa martingale n'est pas dressé.
Mais surtout je constate à la lecture de l'article que les banquiers, qu'il est pourtant d'usage d'accuser de tous les maux sans administrer jamais aucune preuve, se sont tenus à l'écart des fonds Madoff, non seulement parce qu'ils n'avaient pas confiance mais parce qu'ils avaient des doutes. Donc globalement ils ont été conséquents et sages.
Le comportement des soupçonneux qui voient le mal partout est bien connu en sociologie, toujours jeter le discrédit sur les postes auxquels ils ne peuvent accéder et les hommes qui y sont parvenus. Exemples, le "tous pourris" des hommes politiques, sauf les maires ; idem pour les sportifs sauf les présidents de club.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
C'est caricatural ! vu la gueule et le nom ... Ca me rappelle la pièce des années 60 : "le système Fabbrizzi" . Même chose . Servir des intérêts énormes aux premiers soucripteurs , payés sur les dépôts des derniers . Rien de changé , sauf que là , c'est la réalité .
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Je ne souhaite pas prendre la défense de cet homme que je ne connais pas mais les propos résolument à charge de votre article ne sont pas convaincants.Les différentes autorités de controle, et audit aux USA n'ont une fois de plus pas fonctionnés cependant je ne peux pas croire à une pyramide montée depuis 1992 mais plutôt à de graves erreurs de gestions plus récentes.
1 Toute société de gestion qui crée un fonds est obligée de collecter des fonds, via des marketeurs ou des apporteurs d'affaires. C'est une pratique normale!!!
2 le rendement de 10% proposé par Madoff n'est pas aberrant puisque c'est le rendement moyen d'un portefeuille 100% action sur 10 ans.
3 sur les 15 dernières années certains fonds alternatifs ont faits des performances bien supèrieures à 15%.
Ainsi il me semble que Madoff n'a pas voulu spécialement nuire ou créer une pyramide de toute pièce mais que ses probables erreurs de gestions, sur certains produits dérivés à effets démultiplicateurs font qu'il s'est trouvé acculé à rembourser les rachats par les sousriptions nouvelles.
Ce n'est que mon point de vue,je regrette qu'une telle faillite et de telles affaires décrédibilisent une multitude de gérants et de conseillers patrimoniaux qui font leur travail consciencieusement.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Au secours, tout s'écroule dans la finance !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Bonjour,

Comment peut-on laisser faire de tels détournements depuis 1992 et ne pas réagir plus tôt!! q'en est-il de la confiance sur les marchés
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Plus l'escroc est sympathique, plus il a de succès!mais de là à trouver des garants de sa caution il ne faut pas trôp exagérer!!La stupidité à des limites Mr MADOFF!!!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
L'argent attire l'argent comme quoi ils n'ont vraiment rien d'autres dans la tête que plus que plus et toujours plus et pourquoi encore un peu plus... Il faut vraiment croire qu'on devient fou quand on en a trop, donc ma morale est simple : "bien fait pour tout le monde" et bravo a la SEC qui montre a quel point ils sont utilent !
Je suis prêt à parier qu'on va maintenant découvrir que certains étaient au courant de la combine, l'arroseur arrosé.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
L'affaire Madoff une fois de plus nous rappelle que l'argent facile ça n'existe pas.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Une seule question essentielle et toute bête :
Où est passé le pognon détourné ?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Que se passe-t-il pour Monsieur Magon de la Villehuchet ?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Après tout ces milliards évaporés vont peut-être faire diminuer le taux de polution car indiscutablement le monde est devenu fou alors peace and love...
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
quells ont été en France les principaux distributeurs ded ces saloperies
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Cette affaire affligeante prouve au moins une chose, encore une fois, mais les gens ont toujours la mémoire courte et sont obnubilés, à chaque fois, par tout ce qui "brille" - à savoir qu'il ne faut jamais "mettre tous ses ?ufs dans le même panier". Si des riches "amis" ont fait cela, ils n'ont qu'à se blâmer eux-mêmes de leur malheur. Plus contestables sont les investissements dans les "fonds des fonds" touchant les petits porteurs. Encore une fois, là aussi (comme pour les prêts subprimes et les produits dérivés associés), personne n'a fait convenablement son travail de contrôle - le SEC, les auditeurs, les fonds, les banques etc. On s'est simplement contenté de "soupçons" pendant 15 ans (premiers doutes en 1992, puis alertes) !

Au fond, tout cela ne fait que souligner l'incompétence et l'insouciance de beaucoup de gens censés protéger l'épargne de telles déboires.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
JE veux répondre à la question de Nardouille "où est passé le pognon détourné?". Pour répondre je dirait que dans le monde de la Finance On assimile toujours la spéculation et les placement en actions à un jeu à somme nulle où les gains réalisés par les uns coincident avec les pertes des autres joueurs. On suppose que tous les joueurs dans ce jeu sont connus et personne n'est cachée mais on a tendance toujours à proteger les hommes les plus forts du monde.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Je crois que les gens qui ont perdu le plus sont ceux qui ont cache leur argent du fisc dans les fonds bases dans les paradis fiscaux soit directement ou indirectement. C'est un systeme tolere par les Gouvernements Americains et Europeens afin de rendre service aux amis privilegies qui possedent les grandes fortunes est qui vont faire le maximum pour garder le secret des pertes. L'avidite de gagner toujours plus a touche egalement les "experts" financiers qui gerent l'argent des riches qui ont confondu l'interet de leurs clients avec le montant des honoraires qu'ils
pouvaient extraire a chaque transaction sans risque. Ils ont simplement oublie volontairement ou involontairement de verifier la qualite des produits financiers qu'ils proposes.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Une anarque digne de pays en voie de developpement!
On peut donc etre super-riche et gogo...
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
en voulant trop gagner ils se sont fait avoir ceux qui ont place leure fric aurait pu donner quelque miette au pauvre pourquoi pleurer alors qu ont ne pense qua soit meme et les autres merde
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Système pyramidal , de Ponti , utilisé par tous les États et quasi depuis la nuit des temps ( Government bonds etc . ) . L'exemple vient toujours d'en haut...Alors pourquoi se scandaliser chez les princes qui gouvernent
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
il détourne plusieurs milliards, fait couler des sociétés et réalimente la crise et il reste en liberté... on va ou la?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
C'est une preuve de plus que l'argent ne crée pas l'argent. Tout le fondement de la banque (prêts avec interes, dépôts avec interes, ...)est faux. Alors qu'il y a de plus en plus de riches il y a cent fois autant plus de pauvres. La crise actuelle le prouve, et ce n'est que le début de l'effondrement de tout le système financier actuel...Juste un peu de temps.

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