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Assurance vie : "Nous avons les liquidités suffisantes pour faire face à la décollecte"

Propos recueillis par Séverine Sollier

Publié le 26 octobre 2011 à 10:47 - Mis à jour le 26 octobre 2011 à 11:00

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Dans un entretien avec la Tribune, Nicolas Moreau, directeur général d'Axa en France explique pourquoi les assureurs n'ont pas de problèmes de liquidités. Il estime aussi que l'épargne investie en assurance vie n'est pas menacée par la crise.

La Tribune : Les assureurs sont-ils dans une situation comparable à celles des banques ?

Non les banques et les compagnies d'assurance ont des problématiques différentes car leurs métiers même sont différents. Les assureurs ne prêtent pas d'argent ; ils collectent des primes en assurance dommages pour pouvoir indemniser les sinistres de leurs clients, et en assurance vie ils collectent, placent et gèrent de l'épargne, le plus souvent sur le long terme.

Et du point de vue des fonds propres ?

Tout dépend de la structure des portefeuilles. Chez Axa France, le taux de solvabilité (Solvabilité 1), s'est amélioré et seuls 5% actifs sont investis en actions. Par ailleurs, la baisse des taux d'intérêt à long terme a généré des plus values latentes importantes qui ont plus que compensé la baisse des marchés d'actions.

L'épargne investie en assurance vie n'est donc pas menacée par la crise actuelle ?

Les clients qui ont placé de l'argent sur un fonds en euros dans une assurance vie bénéficient d'une garantie sur le capital investi. Cette garantie repose en premier lieu sur les actifs financiers du fonds en euros et dans un deuxième temps, si besoin, sur les fonds propres de l'assureur. La compagnie met en effet en réserve, pour constituer sa marge de solvabilité, l'équivalent de 4% de l'épargne placée sur le fonds en euros. Le capital investi sur les unités de comptes d'un contrat d'assurance vie n'est, lui, pas garanti mais son rendement peut varier à la hausse comme à la baisse en fonction de l'état des marchés.

Les fonds en euros, qui concentrent plus de 80% de l'assurance vie en France, contiennent une part importante d'obligations souveraines, notamment grecques. Que va-t-il se passer pour ces titres ?

A supposer qu'il y ait un défaut des titres grecs, cela ne sera pas un problème pour ce qui concerne Axa, car l'exposition est très faible et notre bilan est suffisamment solide pour absorber d'éventuels défauts sur certains actifs comme cela a été le cas par exemple en 2008. En ce qui concerne la dépréciation des titres grecs, ce ne sera pas la première fois que les fonds en euros sont confrontés à une baisse de valeur d'un actif .

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Même si la décote dépasse les 21% prévus au début de l'été ?

Il a été entériné lors du sommet européen du 21 juillet, une dépréciation de 21% des obligations grecques qui seraient apportées par les créanciers privés dans le cadre du plan d'aide à la Grèce. Sans attendre, Axa a décidé pour les fonds de ses assurés de déprécier dans ses comptes les titres grecs au 30 juin à leur valeur de marché, soit davantage que leur valeur d'échange prévue. Compte tenu de la faible part des titres grecs dans l'ensemble de nos actifs, le rendement des fonds en euros n'est pas touché par cette dépréciation.

Le rendement des fonds en euros va-t-il beaucoup baisser ?

Les taux de rendement de l'assurance vie en euros sur le marché devraient se situer autour de 3 %. Tout dépendra cependant du contexte financier d'ici la fin de l'année.

La forte baisse de la collecte ces derniers mois pourrait-elle poser un problème aux assureurs si elle se transforme en décollecte durable?

Je ne suis pas inquiet car nous avons les liquidités suffisantes pour y faire face [sorties supérieures aux versements sur les contrats, NDLR]. Cela n'aura pas d'impact sur la rentabilité, puisqu'elle dépend des encours, donc de l'épargne en stock, et non des flux. Cependant, même si je pense que nous ne connaîtrons plus les grandes collectes de ces dernières années, je suis convaincu que l'assurance vie a encore un rôle important à jouer dans la vie des Français (épargne, retraite, transmission, etc.), car c'est un placement très souple.

Comment expliquez-vous alors que les Français l'apprécient moins ?

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Actuellement, la conjoncture n'est pas favorable et il y a un effet de génération. En effet, un grand nombre de contrats d'assurance vie ont été souscrits il y a plus de 30 ans avec l'objectif de constituer un complément de retraite ou de transmission. Nos clients ont tout simplement vieilli et ils utilisent leur épargne comme prévu. Une autre explication est la forte concurrence actuellement d'autres placements comme le livret A, les livrets bancaires ou même l'immobilier. Cependant, si l'on reprend un peu de perspective, l'assurance vie, dans les années 70, ne pesait que quelques milliards d'euros ; aujourd'hui 3 Français sur 5 en ont une et elle atteint presque 1 400 Mds? d'encours, un montant qui a tout simplement doublé en 10 ans...

Propos recueillis par Séverine Sollier

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