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Espagne : « La réforme fera exploser une fois pour toutes la bulle immobilière »

Gaëlle Lucas, à Madrid.

Publié le 07 février 2012 à 18:00 - Mis à jour le 07 février 2012 à 18:00

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Daniel Pingarrón, stratègiste chez IG Markets à Madrid, répond aux questions de La Tribune sur la réforme du secteur bancaire en Espagne qui impose notamment aux banques de provisionner 50 milliards d'euros sur le risque immobilier.

La réforme financière destinée à assainir une fois pour toutes le bilan des banques espagnoles impose des provisions sur le risque immobilier estimées à 50 milliards d'euros. Les banques doivent s'y soumettre d'ici fin 2012, à moins qu'elles se fusionnent entre elles, auquel cas, elles auront un an de plus pour faire les dotations nécessaires. Daniel Pingarrón, stratègiste chez IG Markets à Madrid, commente cette réforme pour La Tribune.

La Tribune :  La réforme mettra-t-elle un terme à la restructuration du secteur financier espagnol entamée en 2009?

Daniel Pingarrón : Oui. La réforme va atteindre son objectif principal qui est de faire exploser une fois pour toutes la bulle immobilière qui s'est formée depuis 2003. Les prix n'ont baissé qu'entre 15% et 20% depuis 2007, ce qui est insuffisant. Les banques refusaient jusqu'à présent de reconnaître la baisse de valeur réelle des immeubles. Les provisions imposées de 80% pour le sol, 65% pour les promotions en cours et 35% pour le logement replaceront l'immobilier à un juste prix de marché qui permettra que se rencontrent l'offre et la demande.

- Les trois premières banques espagnoles affirment qu'elles peuvent assumer les conséquences de la réforme. Quels établissements seront les plus durement touchés par le texte ?

Toutes les entités espagnoles seront durement affectées par la norme, mises à part les trois plus grandes, Santander, BBVA et Caixabank, et Bankinter, qui est restée en marge de l'engouement pour l'immobilier dans les années 2000. L'idée de la réforme est que les entités les plus faibles bénéficient de la solvabilité des plus grosses en fomentant les absorptions. Mais il est pratiquement certain que des faillites auront lieu. Dans ce cas, si aucune banque ne se porte acquéreur, le FROB (Fonds public destiné à la restructuration du secteur, ndr) s'en emparera, comme pour la CAM.

- Quelles solutions pour les entités les plus exposées à l'immobilier, comme Bankia ?

C'est le cas le plus préoccupant, car il s'agit de la quatrième banque d'Espagne. Le bon sens voudrait que Bankia soit rachetée par une autre banque comme Caixabank. Le problème, c'est que Rodrigo Rato (président de Bankia, ndr) y est réticent. Il préfèrerait acquérir un petit établissement, comme Unnim (saisie par la Banque d'Espagne et actuellement en vente), ce qui lui permettrait de recevoir des aides du FROB. Il n'est pas sûr que le Gouvernement accepte cette solution.

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- Combien d'établissements financiers restera-t-il au terme de la restructuration ? Certains analystes parlent d'une dizaine...

C'est le scénario idéal. Mon idée est que les dirigeants des banques vont empêcher que le processus mène à une telle concentration du secteur, comme dans le cas déjà cité de Bankia : Rodrigo Rato ne veut pas d'une fusion avec CaixaBank parce qu'il passerait de numéro un à numéro deux de l'établissement. Mais il y aura tout de même beaucoup de fusions.

- Les nouvelles exigences gouvernementales sont-elles suffisantes pour relancer le crédit ?

Pas à court terme. En 2012, les banques vont consacrer la plus grande partie de leur capital et de leurs actifs à leur assainissement du fait de la réforme. Et les plus grands devront aussi faire face aux exigences de capital de l'Autorité bancaire européenne (EBA). Il ne leur restera pas beaucoup d'argent pour alimenter le crédit, dont la demande reste faible, du reste. D'ici un an et demi, l'effet positif de la réforme sur le crédit devrait se faire sentir.

Gaëlle Lucas, à Madrid.

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